Nouveau ministre des Infrastructures, Hien Yacouba Sié face à la pression du bilan d’Alassane Ouattara

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Hien Yacouba Sié, ex-directeur général du Port d’Abidjan, prend le ministère des Infrastructures, un portefeuille stratégique où routes et ponts incarnent le bilan politique d’Alassane Ouattara.

Le président de la République de Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, a nommé vendredi 23 janvier 2026 Hien Yacouba Sié ministre des Infrastructures et de l’Entretien routier. Jusqu’ici directeur général du Port autonome d’Abidjan, il accède à l’un des portefeuilles les plus stratégiques de l’exécutif.

Cette nomination intervient après plus de trente années passées au service du développement portuaire ivoirien. « Cette distinction vient saluer un leadership exemplaire et un engagement constant en faveur du développement et de la modernisation des infrastructures maritimes et portuaires de notre pays », a salué le meme jour la direction du port sur sa page Facebook, en lui adressant ses félicitations et ses vœux de succès pour ses nouvelles fonctions.

Un parcours forgé dans les grands ouvrages

Né le 26 mai 1964 à Adiaké, Hien Yacouba Sié est ingénieur en génie civil, diplômé de l’ENSTP de Yamoussoukro, aujourd’hui INPHB. Il débute sa carrière en 1992 chez FRANZETTI-CI comme chef du bureau d’études, avant de rejoindre le Port autonome d’Abidjan en 1994.

Il y gravit progressivement tous les échelons : directeur des Travaux et Aménagements, conseiller technique du directeur général chargé de la prévention des risques, puis directeur général à partir de 2011.

Sous sa direction, la plateforme portuaire change d’échelle : élargissement et approfondissement du canal de Vridi, construction du deuxième terminal à conteneurs, terminal roulier, terminal céréalier, création de zones industrielles par remblaiement lagunaire.

En parallèle, il s’impose sur la scène internationale, notamment comme vice-président Afrique-Europe de l’Association internationale des ports et rades (IAPH) et président de l’Association des ports d’Afrique de l’Ouest et du Centre (AGPAOC).

Fort de ses 31 ans d’expérience, Hien Yacouba Sié aborde un nouveau défi : la modernisation du réseau routier national. Chargé d’assurer la fluidité du trafic et la durabilité des routes, entre bitumage, entretien et renforcement des infrastructures, il prend la tête d’un ministère dont la portée dépasse largement la technique. Sa nomination n’est pas anodine.

Un choix hautement politique

En confiant les Infrastructures à Hien Yacouba Sié, Alassane Ouattara touche en effet au cœur de son principal marqueur politique. Depuis 2011, routes, ponts, échangeurs et autoroutes constituent l’argument central du pouvoir RHDP pour illustrer la rupture avec la décennie précédente.

« Ce ministère n’est donc pas un simple portefeuille technique. Il est une vitrine. Chaque chantier livré renforce le récit du « pays en chantier » ; chaque retard, chaque route dégradée, l’expose à la critique », admet un membre de son entourage au Port d’Abidjan.

Avec un budget annuel supérieur à 700 milliards de francs CFA, le ministère concentre à la fois des moyens financiers considérables, des attentes sociales fortes et une pression politique permanente.

Ingénieur de formation, habitué aux grands projets, Hien Yacouba Sié n’arrive pas en terrain inconnu. Au Port d’Abidjan, les résultats sont chiffrés : plus de 40 millions de tonnes de trafic en 2024 et 1,6 million de conteneurs EVP traités, positionnant la plateforme comme un hub sous-régional majeur.

Mais la route n’est pas le port. Là où l’activité portuaire reste concentrée, le réseau routier touche directement le quotidien : désenclavement rural, embouteillages urbains, routes dégradées après la saison des pluies. C’est sur ce terrain que la perception populaire se forge.

« On verra si ce nouveau ministre peut vraiment entretenir nos routes, pas seulement inaugurer des chantiers », tempère un opposant politique local.

Un héritage solide, des attentes élevées

Hien Yacouba Sié succède à Amédé Koffi Kouakou, artisan de vastes programmes de réhabilitation dans le cadre du PSGouv. En quinze ans, le réseau routier ivoirien a doublé. Reste un défi central : l’entretien.

Entre 2026 et 2030, les priorités sont clairement identifiées : porter le réseau bitumé à 10 000 km, lancer l’autoroute Abidjan-Lagos, rénover 27 000 km de routes en terre, achever les grands chantiers urbains d’Abidjan et intégrer les contraintes climatiques croissantes.

Autant de projets structurants, mais aussi autant de points de friction. Retards, malfaçons et sentiment d’abandon persistent dans certaines zones rurales et quartiers populaires, malgré les chiffres officiels.

Pour le pouvoir, réussir sur les infrastructures, c’est consolider un récit de stabilité et de progrès. Échouer, ou donner l’impression d’un essoufflement, fragiliserait l’un des rares domaines où le consensus reste large.

Hien Yacouba Sié n’arrive donc pas comme un simple gestionnaire. Il arrive comme un homme-clé du bilan Ouattara. Sur les routes ivoiriennes, chaque kilomètre comptera.

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