Malgré l’annonce de son retrait, Laurent Gbagbo reste au cœur du jeu politique. Le Comité central du PPA-CI lui demande officiellement de poursuivre sa mission à la tête du parti, à l’approche du congrès prévu le 15 mai 2026.
Au Parti des Peuples Africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), la question de la succession de Laurent Gbagbo est désormais officiellement reportée. Réuni en session ordinaire le samedi 24 janvier 2026 à Abidjan, le Comité central du parti a formellement demandé à son président de surseoir à sa décision de se retirer de la vie politique et de poursuivre sa mission à la tête de la formation panafricaine.
La rencontre, tenue de 16h à 18h au cabinet de Laurent Gbagbo à la Riviera-Attoban, s’est déroulée sous sa présidence effective et en présence des responsables des organes et commissions du parti. Elle constituait la première session ordinaire du Comité central depuis les élections législatives de décembre 2025, boycottées par le PPA-CI.
Un parti en repli institutionnel mais mobilisé
En ce début d’année 2026, le PPA-CI évolue dans un contexte politique marqué par l’absence de représentation parlementaire, consécutive à sa décision de ne pas participer aux législatives du 27 décembre 2025. Une ligne politique assumée par la direction du parti, qui continue de dénoncer un processus électoral jugé non crédible et la poursuite de ce qu’il qualifie de « braquage électoral » après la présidentielle d’octobre 2025.
Ce choix stratégique n’a pas été sans conséquences internes. Plusieurs cadres ayant bravé la consigne de boycott ont été traduits devant le Conseil de discipline, conformément aux statuts du parti. Le Comité central a d’ailleurs réitéré sa demande de sanctions à l’encontre des contrevenants, insistant sur la nécessité, même dans l’opposition, de respecter les règles internes comme préalable à l’exercice du pouvoir d’État.
Gbagbo alerte sur la situation nationale
Dans son allocution d’ouverture, Laurent Gbagbo a largement dépassé les seuls enjeux organisationnels. Analysant la situation politique, sociale et économique du pays, l’ancien chef de l’État s’est dit « profondément préoccupé » par les difficultés auxquelles font face les populations ivoiriennes, évoquant notamment la mévente du cacao, la hausse de la TVA sur les produits de première nécessité, le chômage chronique, la vie chère et les déguerpissements.
Il a également dénoncé la persistance des arrestations et détentions liées aux opinions politiques. Selon une communication de l’Initiative pour la Libération des Prisonniers d’Opinion (ILPO), le PPA-CI recenserait près de 1 600 détenus d’opinion. Le Comité central a salué les actions de soutien engagées, notamment l’opération de collecte de fonds « Je donne 1 000 FCFA pour les prisonniers politiques ».
Le Comité central s’oppose au départ de Gbagbo
Mais c’est surtout sur la question du leadership que la session a pris une tournure politique majeure. Examinant le rapport de synthèse de la tournée nationale d’information et d’échanges menée en décembre 2025, le Comité central a endossé les conclusions de la base militante, fermement opposée au départ de Laurent Gbagbo dans le contexte actuel.
« En conséquence, le Comité central demande au Président Laurent Gbagbo de surseoir à sa décision de se retirer et de poursuivre sa mission à la tête du PPA-CI », indique explicitement le communiqué final.
Cette position tranche avec les déclarations publiques de l’ex-président ivoirien, qui avait annoncé, en octobre 2025, son intention de ne plus briguer de fonctions politiques et de quitter la présidence du parti à l’issue du congrès ordinaire. Âgé de 80 ans, Laurent Gbagbo avait alors affirmé vouloir prendre du recul après plusieurs décennies au cœur de la vie politique nationale.
Un congrès fixé à mai 2026
Sur le plan organisationnel, le Comité central a décidé de convoquer le premier congrès ordinaire du PPA-CI le 15 mai 2026, date qui coïnciderait avec la Fête de la Renaissance, afin de rationaliser les coûts. Laurent Gbagbo a reçu mandat pour en fixer le thème, le lieu et désigner les membres du bureau du congrès.
Reste désormais une inconnue majeure : la réponse que donnera Laurent Gbagbo à l’appel de son parti. Le congrès de mai prochain s’annonce d’ores et déjà comme un moment décisif, non seulement pour l’avenir du PPA-CI, mais aussi pour la recomposition de l’opposition ivoirienne.
Samuel KADIO

















































