S’il n’est pas encore officiellement candidat, l’ancien président sénégalais veut croire en ses chances de succéder à António Guterres. Une ambition qui n’est pas sans se heurter à certains obstacles. […]
Macky Sall n’est plus président du Sénégal depuis le 2 avril 2024, le poste étant maintenant occupé par Bassirou Diomaye Faye. Macky Sall était le président du Sénégal de 2012 à 2024. Actuellement, il est l’envoyé spécial du Pacte de Paris pour les Peuples et la Planète (4P),
Les Assemblées annuelles 2025 de la Banque africaine de développement (BAD) n’étaient pas comme les autres. Elles étaient spéciales. En effet, celles-ci coïncidaient avec l’élection d’un nouveau président à la tête de l’Institution bancaire panafricaine, le président sortant, le Nigérian Akinwumi Adesina, étant au terme de ses deux quinquennats. Ainsi, ouvertes depuis le 27 mai dernier à Abidjan en Côte d’Ivoire, ces Assemblées annuelles ont attiré plus de 6 000 participants. Le point d’orgue de cette importante rencontre annuelle qui s’est penchée sur plusieurs questions majeures de la BAD, a été, comme on pouvait s’y attendre, l’élection le 29 mai dernier, du nouveau président, par les gouverneurs du Groupe de la Banque. Et c’est le Mauritanien Sidi Ould Tah qui a été élu parmi les cinq candidats qui étaient en lice pour succéder au Nigérian.
Les défis restent nombreux pour le nouveau patron de la BAD
Cette élection vient donc mettre fin à 10 bonnes années que Dr Akinwumi Adesina aura passées à la tête de l’une des plus grandes banques multilatérales de développement au monde, avec 81 pays membres, dont 54 africains. Une décennie qui reste marquée par des réalisations historiques à mettre à l’actif du Nigérian qui, lors de ses adieux, a eu droit à un florilège d’hommages mérités. En effet, le président sortant qui a déclaré avoir «donné sincèrement son cœur, son esprit et tout son être à l’Afrique», a un bilan qui force l’admiration et le respect.
En effet, c’est sous son leadership que la BAD a réalisé la plus importante augmentation de capital de son histoire, le faisant passer de 93 milliards de dollars en 2015, quand il prenait ses fonctions, à 318 milliards de dollars aujourd’hui. Sans oublier les nombreuses innovations financières mondiales qu’il a apportées au groupe bancaire, faisant de lui un leader mondial du financement du développement. Dr Adesina a su donc dynamiser son institution qui a eu un impact transformateur sur le continent. C’est dire si le banquier nigérian a placé la barre très haute. Toute chose qui met plus la pression sur les épaules du Mauritanien fraîchement élu, dont le bilan sera jugé à l’aune des réalisations majestueuses de son prédécesseur. C’est donc dire que la tâche s’annonce ardue pour celui qui dirige actuellement la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA). En effet, les défis restent nombreux pour le nouveau patron de la BAD.
Parce qu’en dépit du bilan mirifique de Dr Akinwumi Adesina, couronné par de nombreux investissements dans plusieurs pays du continent, le quotidien de la majorité des Africains n’est guère reluisant. Durement éprouvées par le renchérissement continu du coût de la vie dans certains pays, empêtrées dans une pauvreté endémique, de nombreuses familles en Afrique, peinent encore à s’offrir les deux repas par jour. Et l’accès à l’eau potable, à une couverture sanitaire digne et à une éducation de qualité, demeure un luxe pour beaucoup de citoyens africains. Pourtant, les perspectives de croissance de l’Afrique restent insuffisantes pour répondre aux besoins pressants de ses populations.
L’homme qui a été choisi par le conseil des gouverneurs de la BAD, a le profil de l’emploi
Et l’environnement économique international vers lequel on se tourne en pareille situation, n’est pas non plus des plus sereins. Il reste marqué par une baisse de l’aide internationale au développement, depuis que le président milliardaire a effectué son come-back tonitruant à la Maison Blanche. En effet, Donald Trump, pour ne pas le nommer, a coupé le robinet des financements américains à de nombreux pays africains, et imposé de nouveaux droits de douane affectant 47 pays du continent, selon certaines données, avec des risques élevés d’inflation. Et le dirigeant américain ne compte pas s’arrêter là. En effet, outre ces droits de douane, les Etats-Unis veulent supprimer leur contribution d’un demi-milliard de dollars au fonds de la BAD destiné aux pays africains à faible revenu.
C’est dans ce contexte précaire et de fragilité économique que le nouveau président Sidi Ould Tah prend les rênes de l’institution financière (il devrait officiellement prendre fonction le 1er septembre 2025). C’est donc peu dire, qu’il a du pain sur la planche. Sera-t-il à la hauteur des nombreux défis qui l’attendent ? On attend de le voir à l’œuvre. Toujours est-il que l’homme qui a été choisi par le conseil des gouverneurs de la BAD, a le profil de l’emploi. D’autant plus qu’il a déjà fait ses preuves ailleurs, notamment au sein de la banque qu’il dirige actuellement. On est d’autant plus optimiste que la BAD se trompe rarement dans le choix de ses dirigeants qui, en général, ont des compétences avérées dans les domaines qui concernent les activités, la gestion et l’administration de la Banque. Et c’est tout à l’honneur de cette institution qui dispose de l’un des processus les plus démocratiques pour élire ses présidents.
Sidi Ould Tah devient le premier Mauritanien à diriger la Banque africaine de développement, succédant au Nigérian Akinwumi Adesina. Économiste chevronné, il mise sur son expérience internationale pour relever les défis à venir, dont le désengagement financier des États-Unis. pic.twitter.com/7gxjNUaiDm
— Le journal Afrique TV5MONDE (@JTAtv5monde) May 29, 2025
Le Premier Ministre du Sénégal, Ousmane Sonko, est arrivé à Abidjan ce jeudi 29 mai 2025, dans la soirée. M. Sonko est en Côte d’Ivoire dans le cadre d’une visite officielle en Côte d’Ivoire, qui se poursuivra jusqu’au 1er juin 2025. Il a été chaleureusement accueilli à l’aéroport international Félix Houphouët-Boigny par son homologue ivoirien, le Premier Ministre Dr Robert Beugré Mambé.
Cette visite marque une étape importante dans le renforcement de la coopération bilatérale entre la Côte d’Ivoire et le Sénégal. Durant son séjour, le chef du gouvernement sénégalais aura plusieurs séances de travail avec les autorités ivoiriennes. Ces échanges porteront notamment sur les questions économiques, sécuritaires, culturelles et sur les projets de coopération décentralisée entre les deux pays.
L’un des temps forts de cette visite sera le déplacement du Premier Ministre Sonko à Bouaké, dans le centre du pays. Cette ville est engagée dans un projet de jumelage avec Ziguinchor, capitale de la région naturelle de Casamance au Sénégal, dont Ousmane Sonko est originaire. Ce jumelage vise à promouvoir les échanges culturels, économiques et sociaux entre les deux collectivités.
Par ailleurs, le Premier Ministre sénégalais rencontrera la communauté sénégalaise vivant en Côte d’Ivoire, l’une des plus importantes de la diaspora sénégalaise en Afrique de l’Ouest. Cette rencontre permettra d’échanger sur les préoccupations de ses compatriotes et de leur réaffirmer le soutien du gouvernement sénégalais.
La visite d’Ousmane Sonko en Côte d’Ivoire s’inscrit dans une dynamique de rapprochement et de coopération renouvelée entre les deux pays, en vue de renforcer leur partenariat historique au service du développement et de l’intégration sous-régionale.
A 60 ans, le Mauritanien Sidi Ould Tah devient le neuvième président de la Banque africaine de développement (BAD), élu ce 29 mai à Abidjan avec 76,18 % des voix. Ses soutiens évoquent un candidat au « projet cohérent » pour l’agenda de l’Afrique.
« Maintenant, mettons-nous au travail, je suis prêt ». C’est en ces quelques mots que Sidi Ould Tah – après avoir remercié « [ses] sœurs et frères africains » – a résumé l’état d’esprit qui l’anime suite à son élection. A 60 ans, cet économiste et homme politique mauritanien devient le neuvième président de la Banque africaine de développement (BAD), succédant au Nigérian Akinwumi Adesina. Il a remporté 76,18 % des suffrages exprimés par les 81 gouverneurs de l’institution réunis en conseil ce 29 mai. Dès le premier tour de l’élection, le leader mauritanien a reçu le vote de la majorité des pays africains, avant de faire un quasi-consensus au troisième tour, face au Zambien Samuel Maimbo (20,26%) et le Sénégalais Amadou Hott (3,55%). Tout comme la Côte d’Ivoire ou le Congo, le Gabon est l’un des pays africains qui n’a pas fait de mystère autour du candidat de son choix. « Nous avons effectivement soutenu la candidature de Sidi Ould Tah, parce que nous pensons qu’il était le candidat qui avait un projet cohérent pour accompagner l’Afrique dans son processus de développement, de transformation », déclare à La Tribune Afrique Henri-Claude Oyima, ministre gabonais de l’Economie et des Finances.
C’est aussi une élection sans surprise, puisque son nom prédominait les pronostics depuis l’ouverture des assemblées annuelles de la BAD ce lundi. Des personnalités comme la banquière Frannie Léautier ou l’économiste international Pape Demba Thiam n’ont pas manqué d’afficher leur soutien à Sidi Ould Tah. « Il y a une progressivité dans la réussite de cette élection. Sidi Ould Tah est devenu un plébiscite parce que c’est toute l’Afrique qui s’est rassemblée autour d’un candidat qui a prouvé qu’il avait une offre programmatique, stratégique pour chacun des pays africains et des pays non-régionaux », estime Pape Demba Thiam. Et le Gabon ne dit pas le contraire. « Les thèmes qu’il a défendus correspondent parfaitement au pilier de transformation de nos projets d’entreprise soutenus par notre chef d’État, Brice Clotaire Oligui Nguema », déclare Henri-Claude Oyima.
Une carrière consacrée à la finance de développement
Formé à l’école française, le docteur en économie a fait toute sa carrière dans la finance de développement en Afrique et au Moyen-Orient. Un temps ministre de l’Economie et des Finances de la Mauritanie, il quitte le gouvernement en 2015 et est élu à la présidence de la Banque arabe pour le développement économique de l’Afrique. Ici, son influence internationale s’est accrue si bien que lorsqu’il décide, à la dernière minute fin janvier, de candidater pour la présidence de la BAD, il commence tout de suite à rallier du soutien.
En marge des assemblées annuelles, le nouveau président de la BAD est qualifié tantôt de « doer », tantôt d’ « expert » de son domaine. Mais pour Pape Demba Thiam, le dirigeant mauritanien est tout cela à la fois. « C’est la raison pour laquelle moi qui suis Sénégalais et connu pour être très critique à l’égard des institutions multilatérales, je l’ai soutenu. Sidi Ould Tah est un entrepreneur institutionnel, qui va donc entreprendre au sein de la Banque africaine de développement, sans se contenter d’appliquer des procédures, mais de créer des stratégies afin de repositionner la banque dans un environnement géostratégique, mouvant et contradictoire ».
Un boulevard pour implémenter les « quatre points cardinaux »
Le programme du nouveau président de la BAD est articulé autour de ce qu’il a appelé les « quatre points cardinaux » : transformer le boom démographique en puissance économique et construire des infrastructures résilientes tout en apportant de la valeur ajoutée ; réformer l’architecture financière de l’Afrique ; améliorer l’accès aux capitaux à grande échelle. Tout au long de la campagne justement, ses soutiens mettaient en avant sa capacité à mobiliser les ressources financières pour le continent grâce à « son puissant réseau mondial ». Au-delà, estime un investisseur tchadien, « c’est un bon gestionnaire et un leader pragmatique. Il l’a prouvé à la BADEA ».
Sidi Ould Tah hérite d’une Banque africaine de développement (BAD) de plus en plus sollicitée par les pays, dans un contexte international tendu et alors que la mobilisation des ressources domestiques devient un impératif.
Comment la Russie maintient-elle des liens économiques avec l’Afrique malgré les sanctions occidentales ? Une analyse des investissements, du commerce et des stratégies de contournement déployées par Moscou.
La formation de la « RussAfrique » économique
A Sotchi, la Russie se pose en défenseure des souverainetés africaines A l’occasion du sommet Russie-Afrique, premier du genre, Moscou a aussi envoyé un message de défi à l’intention de l’Occident.
Si l’Afrique est récemment passée de la dernière à la sixième place dans le classement des dix priorités du Concept de politique étrangère russe, la relance des échanges économiques russo-africains date en fait des années 2010-2012, après deux décennies d’échanges limités consécutifs à la dispartion de l’Union soviétique (URSS). En 2021, les échanges commerciaux atteignaient 22 milliards de dollars et comprenaient des ventes d’armes, des produits pétroliers raffinés, des engrais et des biens manufacturés. Ces échanges restreints avaient l’avantage d’être excédentaires pour le commerce russe, ce qui s’expliquait en partie par le fait que les ventes d’armes représentaient l’essentiel des échanges russo-africains (la Russie détenant à l’époque 40 à 50 % du marché africain).
En outre, les entreprises extractives russes s’intéressaient au continent et commençaient à y investir. Les grandes sociétés d’hydrocarbures russes étaient présentes dans la principale région de production africaine, le golfe de Guinée, et signalaient leur intérêt pour un nouvel eldorado gazier, le Mozambique. Des sociétés minières russes investissaient en particulier en Afrique australe. Le projet le plus coûteux fut signé en 2014 au Zimbabwe. Le Great Dyke Investment était un partenariat entre un consortium russe (Vi Holdings, Rostec et Vnesheconombank) et une société zimbabwéenne (Landela Mining Venture) pour le développement d’un des plus grands gisements de platine du monde, pour un coût estimé à trois milliards de dollars. Par ailleurs, le premier producteur mondial de diamants, la compagnie russe Alrosa, était devenue en 2018 le second actionnaire de la mine de diamants de Catoca en Angola.
La relance des échanges économiques russo-africains date en fait des années 2010-2012
Depuis une dizaine d’années, les compagnies russes Lukoil et Rosneft ont fait leur entrée dans la production d’hydrocarbures (upstream) en partenariat avec des compagnies occidentales jouant le rôle d’opérateur. Parmi les compagnies russes d’hydrocarbures, Lukoil est celle qui s’est le plus engagée en Afrique, pour un montant compris entre un et deux milliards de dollars. Elle a pris des participations dans le développement de plusieurs projets dans le golfe de Guinée. Sa plus coûteuse acquisition fut une participation à hauteur de 800 millions de dollars dans le développement de la concession Marine XII, au large des côtes congolaises. ENI est l’opérateur de ce gisement dont Lukoil est partenaire à 25 %. De même, Lukoil est entrée dans des consortiums au Ghana (gisement de Pecan), au Cameroun (gisement d’Etinde) et au Nigeria. En 2019, Rosneft a, en outre, signé un mémorandum avec la Société nationale des hydrocarbures du Mozambique afin de développer des gisements de gaz naturel dans ce pays où elle avait remporté un appel d’offres en 2015. La Russie s’était aussi positionnée sur le marché des infrastructures pétrolières (raffineries, pipelines, etc.), notamment au Nigeria, au Soudan du Sud et en Ouganda.
Mais l’expansion des compagnies russes en Afrique subsaharienne a aussi subi des déconvenues. Le président de Rosneft, l’ancien vice-premier ministre russe Igor Setchine et intime de Poutine, a tenté — sans succès — de prendre des participations en Angola et au Gabon. Gazprom n’est pas parvenu à entrer dans l’offshore gazier mozambicain et Lukoil a vu ses ambitions contrariées dans cette nouvelle zone de production qu’est l’offshore sénégalais. En 2020, la compagnie australienne Woodside Energy a réussi à éviter l’arrivée de Lukoil dans le consortium qui exploite le gisement offshore de Sangomar. Au Mozambique, la banque publique russe VTB Capital avait été impliquée dans le grand scandale des dettes cachées, qui avait éclaté en 2016 et avait provoqué des tensions entre le Fonds monétaire international (FMI) et le régime mozambicain, ainsi que l’arrestation du ministre des Finances. Au bilan, le regain des échanges économiques n’avait pas permis à la Russie de rattraper son retard sur la Chine et l’Union européenne (UE) en Afrique subsaharienne, où elle restait un partenaire commercial et un investisseur négligeables.
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Les investissements africains de Lukoil avant 2022
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Source : LUKOIL — International Projects.
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Les investissements miniers et pétrogaziers des entreprises russes constituaient aussi un outil stratégique qui mettait en relation les oligarques et les dirigeants africains. Par exemple, Viktor Vekselberg, le patron du Renova Group (une compagnie multisectorielle fondée en 1990), a investi avec une société financière de l’African National Congress (ANC) dans la seconde plus grande mine de manganèse d’Afrique du Sud et comptait parmi les donateurs de l’ANC, pour un montant de 826 000 dollars. Les relations financières dissimulées entre le parti qui dirige l’Afrique du Sud et cet oligarque ont alors déclenché une vive polémique politique.
Dans le paysage des relations économiques russo-africaines, Yango, le « Uber russe », représente une exception à double titre. D’une part, cette société, qui a commencé à s’implanter en Afrique en 2018 et est aujourd’hui présente dans treize pays africains, fait partie du secteur tertiaire et non du secteur industriel. Elle offre un service de transport de passagers et de livraison en Afrique, en Europe et en Asie. D’autre part, contrairement à de nombreuses entreprises du secteur extractif russe, son président directeur-général, Arkadi Voloj, qui vit en Israël depuis 2014, n’était pas affilié au régime russe. Après avoir été frappé par des sanctions européennes en 2022, Arkadi Voloj a été réhabilité en 2024.
Titre EditoL’impact des sanctions occidentales
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Si, avant le déclenchement de la guerre en Ukraine en 2022, la Russie disposait d’un portefeuille de projets dans les secteurs extractifs africains et d’un commerce modeste mais structurellement excédentaire avec l’Afrique subsaharienne, les sanctions économiques occidentales ont modifié les équilibres. Faire des affaires avec des entreprises russes est devenu à la fois plus compliqué et plus coûteux, notamment dans le secteur des hydrocarbures.
Les sanctions ont entravé l’expansion des investissements russes. Privées des financements nécessaires à leur expansion, les compagnies extractives russes ont dû adopter des stratégies de repli qui varient selon les investisseurs. Ils ont été contraints de se retirer officiellement, de geler leurs partenariats ou de conserver leurs actifs en fonctionnant au ralenti. Enfin, certains de leurs partenaires occidentaux et africains ont directement mis un terme à leurs partenariats avec les entreprises russes.
Dès 2022, Vi Holdings, un groupe d’investissement international russe, a annoncé qu’il abandonnait le Great Dyke Investment. De même, deux entreprises russes ont renoncé à leurs projets en Afrique du Sud. À la fin de l’année 2023, Nornickel a vendu sa participation dans la mine de Nkomati en Afrique du Sud à son partenaire African Rainbow Minerals. Au début de l’année 2025, le gouvernement sud-africain a confirmé rechercher un financeur de substitution à Gazprombank, qui avait été choisie en 2023 pour financer la relance de la raffinerie de gaz de Mossel Bay. En Angola, c’est le gouvernement qui a annoncé la fin d’un partenariat pourtant ancien avec Alrosa, notamment dans le développement de la mine de diamants de Catoca.
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Les grandes compagnies russes contraintes de se retirer de projets africains du fait des sanctions économiques occidentales
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Sources : Mining.com et Africa Intelligence.
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À l’instar du secteur minier, les investissements russes dans le secteur des hydrocarbures ont été contrariés, voire bloqués. Au Cameroun, le projet d’exploitation est en quête d’un nouveau partenaire. La compagnie franco-britannique Perenco, qui avait envisagé de racheter les parts de New Age et d’en devenir l’opérateur, est revenue sur sa décision en 2023, jugeant un partenariat avec Lukoil trop risqué. Au Ghana, après des rumeurs de revente des parts de Lukoil, l’opérateur norvégien Aker s’est retiré récemment du projet et a revendu ses parts à une compagnie nigériane. Seul le projet de production de gaz naturel liquéfié (GNL) mené en partenariat avec ENI au Congo-Brazzaville avance correctement.
Tandis qu’il est aisé de savoir si les projets d’exploitation gazière ou pétrolière se matérialisent ou non, il est plus compliqué d’évaluer l’évolution des relations commerciales entre la Russie et l’Afrique subsaharienne. Comme dans le cas d’autres pays (Iran, Corée du Nord, etc.), les sanctions économiques contre la Russie ont conduit les autorités à opter pour la « clandestinité économique ». Les statistiques ne sont plus publiées et les activités économiques sont dissimulées. Cependant, il semble que les ventes d’armes aient décliné et que l’exportation de produits pétroliers raffinés ait augmenté.
La Russie a gagné des parts de marché dans le secteur des produits pétroliers raffinés
Sur les échanges pétroliers entre l’Afrique subsaharienne et la Russie, les sanctions occidentales ont eu un résultat paradoxal. Grâce au plafonnement du prix du pétrole russe, la Russie a gagné des parts de marché dans le secteur des produits pétroliers raffinés. De nombreux tankers de la flotte fantôme approvisionnent des ports en Afrique de l’Ouest et de l’Est pour le compte de nouvelles sociétés de trading apparues à Dubaï, depuis 2022. Le pétrole russe à bas prix ne profite pas seulement au marché asiatique mais aussi au marché africain. En revanche, comme indiqué précédemment, les sociétés d’hydrocarbures russes ont vu leurs investissements dans le développement de la production africaine sérieusement entravés.
À l’inverse du pétrole russe, la politique russe de « prix cassé » sur le marché du blé n’a eu qu’un effet limité en Afrique subsaharienne, où la Russie exportait surtout des engrais jusqu’en 2022. Lors du dernier sommet russo-africain en 2023, Vladimir Poutine avait annoncé des livraisons gratuites de blé et d’engrais à des régimes amis, qui furent effectuées en 2024. Si les livraisons de blé étaient destinées à six pays (Somalie, Mali, Burkina Faso, Centrafrique, Érythrée et Zimbabwe), celles d’engrais ont principalement concerné des pays d’Afrique australe (Malawi, Mozambique, Tanzanie et Zimbabwe).
L’Afrique est probablement le premier fournisseur d’or de la Russie
La grande inconnue du commerce russo-africain demeure l’or, qui joue un rôle important dans la stratégie monétaire russe. Bien qu’il soit difficile d’en estimer les volumes, l’Afrique est probablement le premier fournisseur d’or de la Russie. Les réseaux russes d’importation d’or sont constitués de sociétés officielles, telles que NordGold et Emiral Resources, et d’organisations paramilitaires mafieuses, comme le Groupe Wagner qui exploite plusieurs mines d’or en Centrafrique. Avant le déclenchement de la guerre au Soudan, ces deux types d’acteurs russes extrayaient de l’or en même temps dans le pays : Emiral Resources via la mine de Kush et le Groupe Wagner, grâce à son alliance avec les forces rebelles du général Hemeti qui contrôlent des zones aurifères. Au Soudan et au Burkina Faso, les conflits en cours ont contrarié l’exploitation aurifère d’Emiral Resources et de NordGold. Cette dernière a dû fermer sa mine de Taparko pour des raisons de sécurité en 2022 tandis que les sanctions internationales ont contraint NordGold à changer de raffineur et à dissimuler ses exportations grâce à des intermédiaires.
Qu’il s’agisse de pétrole ou d’or, un pays joue un rôle central dans ce commerce russo-africain : les Émirats arabes unis (EAU). Ce pays accueille de nombreuses sociétés-écrans russes et est l’une des principales places de négoce pour l’or. Les équipes de Litasco, la compagnie de trading de Lukoil, se sont rapidement, dès 2022, délocalisées de la Suisse aux EAU, tandis que la plupart des nouvelles sociétés de trading soupçonnées de vendre du pétrole russe sont basées à Dubaï. Bien qu’ils s’en défendent, les EAU ont ainsi joué et continuent de jouer un rôle important dans le contournement des sanctions économiques instaurées contre la Russie. En réponse aux pressions exercées sur les autorités émiraties, les comptes de plusieurs sociétés-écrans ont certes été fermés, mais d’autres continuent d’opérer. Ainsi, le raffinage de l’or de NordGold, qui avait été délocalisé de la Suisse à Dubaï, se fait désormais via une filiale d’une banque émiratie en Turquie. S’ils s’efforcent d’être plus discrets, les EAU n’ont, par conséquent, pas renoncé à leur rôle de courtier du commerce russe.
Titre EditoMaintenir l’illusion du partenariat économique
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En Afrique subsaharienne, les effets des sanctions économiques prises à l’encontre de la Russie sont mitigés. Si la politique d’investissement des entreprises russes sur le continent a été entravée, le commerce russo-africain continue et des discussions sur la coopération économique entre Moscou et les gouvernements africains sont toujours en cours. Le commerce russo-africain pâtit surtout de la baisse des exportations d’armes russes, d’abord et avant tout due au conflit avec l’Ukraine. Paradoxalement, alors que le portefeuille d’investissements russes en Afrique s’est contracté depuis 2022, le dialogue russo-africain sur des projets économiques se poursuit. Ainsi, un forum d’affaires Tanzanie-Russie a eu lieu à Dar-es-Salaam en octobre 2024. De même, les gouvernements du Nigeria et du Kenya ont évoqué des projets d’implantation d’usines d’engrais par Uralchem.
En 2024, un accord pour la construction d’un pipeline au Congo-Brazzaville ainsi qu’un accord pour construire une raffinerie au Soudan du Sud ont été conclus avec Moscou. Des présidents africains continuent d’adresser des demandes d’aide économique à Moscou (Centrafrique, Guinée-Bissau, Guinée équatoriale, etc.), tandis que Rusal envisage un projet de construction d’un port et d’un chemin de fer pour connecter à l’Atlantique (via la Guinée-Bissau) les régimes amis de l’Alliance des États du Sahel.
Parallèlement, Alrosa envisage d’ouvrir des mines au Zimbabwe alors que NordGold vient d’obtenir une nouvelle concession aurifère au Burkina Faso et que Rosatom prévoit de construire de petites centrales nucléaires dans plusieurs pays africains. La plupart des grands projets de coopération économique mis en avant par Moscou en Afrique concernent le secteur énergétique, point de convergence de la demande africaine et de l’expertise russe. Mais cette coopération économique pour de grands projets d’infrastructures énergétiques est plus apparente que réelle, faute de capacités financières suffisantes.
La Russie veut projeter l’image d’une grande puissance économique
La permanence du dialogue sur le partenariat économique reflète une convergence davantage politique qu’économique. Pour le pouvoir russe, il s’agit de projeter l’image d’une grande puissance économique capable d’exporter son savoir-faire, d’en faire profiter les nations pauvres qui subissent le joug de « l’Occident collectif » et de démontrer l’échec de la politique d’isolement politico-économique de ce dernier. Moscou entretient donc un « dialogue publicitaire » avec les gouvernements africains pour promouvoir son image économique, et ce, grâce à divers organismes créés spécialement à cet effet. En juillet 2024, a ainsi été inaugurée à Dakar la Chambre de commerce et d’investissement pour l’Afrique, Russie & Eurasie en présence de Mikhaïl Bogdanov, représentant spécial du président russe pour le Moyen-Orient et l’Afrique, et de Yassine Fall, ministre de l’Intégration africaine et des Affaires étrangères du Sénégal. D’après la diplomatie sénégalaise, cet organisme vise à renforcer « le partenariat stratégique entre la Russie et l’Afrique […] sur un large éventail de secteurs clés tels que l’économie, le commerce, la sécurité, l’agriculture, l’énergie, l’industrie et les transports ». De leur côté, les gouvernements africains ont au moins quatre raisons de continuer d’échanger avec Moscou sur une illusoire coopération économique : une russophilie historique, l’absence d’alternatives, la réussite de la propagande russe ou encore la volonté de ne pas s’aligner sur la politique d’isolement de la Russie promue par les Européens.
Si certains dirigeants africains sont dupés par les prétentions de Moscou, d’autres sont en manque de bailleurs et n’ont pas d’alternatives (Érythrée, Guinée-Bissau, Soudan du Sud, Guinée équatoriale, etc.). Enfin, une grande partie des gouvernements ne veulent pas participer à la stratégie d’isolement de la Russie promue par les Européens et, jusqu’à l’avènement de Donald Trump, par Washington. Cette volonté de ne pas suivre la diplomatie européenne renvoie à plusieurs logiques. La montée des tensions entre grandes puissances et la multi-dépendance dans laquelle se trouvent de nombreux pays africains incitent, en effet, à la neutralité. Mais il peut aussi s’agir d’affirmer par une posture diplomatique différente une plus grande distance vis-à-vis de l’Europe. Les quatre motivations ne sont pas exclusives les unes des autres. Ainsi le gouvernement du Congo-Brazzaville dialogue et signe des accords avec Moscou, probablement pour ces quatre raisons à la fois. À l’inverse, le nouveau gouvernement sénégalais, qui fait actuellement l’objet des attentions du Kremlin, est surtout soucieux de se démarquer de la diplomatie européenne.
La relance des rapports économiques entre la Russie et l’Afrique subsaharienne à partir des années 2010-2012 avait abouti à un commerce modeste, bien que structurellement excédentaire pour Moscou, ainsi qu’à des investissements russes dans les secteurs extractifs miniers et pétrogaziers africains. Quoique faibles, ces échanges avaient une dimension stratégique, dans la mesure où ils concernaient des secteurs comme l’armement ou l’énergie, et impliquaient des acteurs clés des régimes russe et africain.
Les sanctions économiques occidentales contre la Russie ont impacté les relations économiques russo-africaines de manière contradictoire. Elles ont réduit les investissements des grandes entreprises extractives russes sur le continent et ont contraint le commerce russo-africain à la clandestinité économique. Dans le même temps, elles ont permis à Moscou d’accroître ses ventes de produits pétroliers raffinés et, surtout, n’ont pas conduit à une rupture du dialogue sur la coopération économique. Le maintien du dialogue est certes abusivement présenté par Moscou comme une preuve de l’inefficacité des sanctions économiques, mais il est riche d’enseignements sur le comportement des pays tiers, qui permettent au Kremlin de faire illusion. Les sanctions économiques contre un pays comme la Russie ne suffisent pas ; elles doivent être accompagnées d’un discours politique auprès des pays tiers, discours qui fait gravement défaut.
Ce chiffre présenté en marge des assemblées annuelles de la BAD visait à montrer que des institutions publiques africaines de gestion de ressources financières ont la capacité de financer les économies de la région, tout en progressant.
La Caisse Nationale de Prévoyance Sociale de Côte d’Ivoire a indiqué, mercredi 28 mai 2025, en marge des rencontres annuelles du groupe de la Banque africaine de développement qui se déroulent à Abidjan, qu’elle possédait actuellement un peu plus de 1000 milliards de francs CFA (2 milliards $) d’actifs sous gestion, répartis en diverses catégories de produits financiers.
48 % sont des investissements dans des titres d’emprunt des États, notamment sur le marché obligataire et monétaire de l’UEMOA. 35 % ont été placés dans des prises de participation dans des sociétés cotées sur la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières, basée à Abidjan, notamment des sociétés financières. Une autre part des actifs est placée dans des fonds d’investissement, dont un lancé par Amethis ou encore le fonds Africa50, destiné à financer les infrastructures en Afrique. Il y a enfin des participations dans des sociétés non cotées.
En 2012, l’institution réalisait des résultats négatifs et ne disposait que de 40 millions $ d’actifs sous gestion.
Denis-Charles Kouassi, qui dirige l’institution depuis 2013, a expliqué les processus qui ont permis de réaliser une telle croissance. D’une part, il y a eu l’adoption d’une législation favorable qui a repoussé de 5 ans l’âge de départ à la retraite et fait passer les taux de prélèvement de 8 % à 14 %. Dans ce contexte, les obligations de paiement des pensions ont été réduites et la base de cotisation a augmenté.
Mais bien plus que la simple augmentation des ressources, l’équipe de direction de l’institution a adopté une méthode de gestion plus dynamique.
Ces différentes données ont été fournies pour montrer comment les fonds de pension africains peuvent servir à mobiliser des ressources financières institutionnelles pour participer à la croissance des activités économiques. La CNPS de Côte d’Ivoire n’est pas une exception en Afrique. Au Kenya, l’équivalent de l’institution est aussi un investisseur de poids dans le pays, avec une valeur des actifs sous gestion estimée à 3,7 milliards $ à la fin de 2024.
L’Afrique du Sud abrite le plus important investisseur institutionnel du continent, à savoir le Public Investment Corporation, dont la valeur des actifs sous gestion représente plus de 142 milliards $.
La CNPS de Côte d’Ivoire veut suivre le même chemin. Selon son directeur général, son engagement à financer l’économie est la conséquence d’une ambition qui vise à payer les pensions des retraités (anciens travailleurs) non plus avec les cotisations des travailleurs actuels, mais avec le produit des placements des cotisations successives.
Cette manière de voir a été au cœur des échanges visant à démontrer comment et pourquoi les institutions publiques de gestion de ressources financières peuvent participer à apporter les ressources financières dont le continent a besoin pour financer son développement. Au cours des prises de parole, différents intervenants, y compris le vice-président Afrique pour la Société Financière Internationale et le directeur de l’Agence de Régulation des Marchés Financiers au Nigeria (SEC), ont rappelé que la mobilisation des ressources est nécessaire, mais pas suffisante. Pour que des institutions publiques financent les économies africaines efficacement, il faudra en plus travailler sur le partage de connaissances, les partenariats et une mise à jour permanente des méthodes d’investissement.
Le duel Sidi Ould Tah-Samuel Maimbo au troisième tour a donné son verdict : une victoire écrasante du candidat mauritanien qui a obtenu un fort soutien des pays africains désireux de reprendre la main sur ce précieux outil de financement du développement africain.
L’élection , au troisième tour du scrutin, du candidat mauritanien, Sidi Ould Tah, est assurément une bonne nouvelle pour l’Afrique. Avec un programme axé sur quatre points cardinaux dont le premier ; multiplier par dix le volume des financements de la Banque africaine de développement a été fortement accueilli tout au long de la campagne, a désormais les mains libres pour dérouler son audacieux projet pour l’Afrique.
Deuxième du scrutin au premier tour, Ould Tah est passé devant au deuxième tour, avant de l’emporter finalement au troisième tour, face à son challenger immédiat, le Zambien Samuel Maimbo.
Dans un premier discours marqué par la sobriété, l’ancien ministre des affaires économiques et du développement de la Mauritanie a remercié l’Afrique : « pour la confiance qu’elle vient de m’accorder ».
Fait noble : Sidi Ould Tah élu président de la BAD avec un large soutien africain. Candidat du consensus africain, Sidi Ould Tah a bénéficié d’un soutien sans faille des pays régionaux, illustrant une volonté claire du continent de reprendre en main la gouvernance de cette institution forte de financement de l’Afrique tenaillée ces dernières années par la volonté de certains pays membres non-africains de faire prévaloir leurs agendas sur celui du continent. Son adversaire principal, le Zambien Samuel Munzele Maimbo, pourtant en tête au premier tour grâce aux voix des actionnaires non-régionaux, n’est pas parvenu à enrayer la volonté africaine de reprendre le contrôle de la BAD
Cette élection intervient dans un contexte géopolitique tendu, où les enjeux de développement, de souveraineté financière et de réforme institutionnelle sont plus que jamais au cœur des priorités africaines. Mais le Mauritanien, qui entend redonner à l’Afrique la place qu’il faut dans le monde, et à la BAD son rôle central, entend relever ces défis, comme il l’a répété tout au long de sa campagne, avec le soutien de tous.
Quatre-vingt et un (81) actionnaires du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), élisent ce jeudi 29 mai 2025, à Abidjan, de 14h à 19h (GMT, heure locale) les cinq candidats en lice, dont l’unique femme Bajabulile Swazi Tshabalala originaire de l’Afrique du Sud.
Bajabulile Swazi Tshabalala, figure expérimentée, stratégique et constante, a occupé des postes parmi les plus complexes de la finance mondiale. Elle a arpenté les couloirs du pouvoir à Washington et Addis-Abeba, notamment en tant que directrice exécutive adjointe du Fonds monétaire international, où elle représentait 23 pays africains.
Son leadership a transformé les débats au G20, à l’ONU et à l’UA, parce qu’elle était toujours la plus pertinente. Son expérience à la BAD, où elle a occupé les postes de vice-présidente des finances et de directrice financière, lui confère une connaissance approfondie des points forts de la banque et de ses axes d’amélioration.
Abbas Mahamat Tolli, économiste émérite originaire du Tchad, candidat à la présidence de la BAD, totalise plus de 20 ans d’expérience à divers postes de responsabilité au sein d’institutions nationales et sous régionales.
Il est le candidat du Tchad et de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (Ceea), au poste de président de la BAD. Mahamat Tolli a occupé le poste de Gouverneur de la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac).
Il a exercé auparavant les fonctions de président de la Banque de développement des États de l’Afrique centrale et de Secrétaire général de la Commission bancaire de l’Afrique centrale. Il a également occupé d’importantes responsabilités ministérielles dans son pays, notamment en tant que ministre des Finances et ministre des Infrastructures.
Mahamat Tolli Abbas parle le français, l’anglais et l’arabe et a été récompensé par de nombreuses distinctions à travers l’Afrique centrale. Sa candidature repose sur une expérience riche et diversifiée, soutenue par une vision claire et ambitieuse pour l’avenir économique du continent.
Samuel Munzele Maimbo, économiste zambien de renom, est également candidat à la présidence de la Banque africaine de développement (BAD), dont l’élection est prévue ce 29 mai 2025, à Abidjan, en Côte d’Ivoire.
Fort de près de 30 ans d’expérience dans le domaine du développement, des marchés financiers et de la planification stratégique, Samuel Munzele est reconnu pour son expertise et son leadership au sein d’institutions financières internationales.
Il s’est imposé comme une figure de référence dans la conception de stratégies budgétaires, la gestion des ressources, le financement du développement et l’évaluation de la performance institutionnelle. Depuis le 1er juillet 2023, M. Maimbo occupe le poste de vice-président chargé du budget, de l’évaluation des performances et de la planification stratégique à la Banque mondiale.
À ce titre, il supervise un budget opérationnel annuel de 5 milliards de dollars, y compris les budgets des fonds fiduciaires et remboursables, veillant à l’alignement des ressources sur les priorités stratégiques de l’institution, ses objectifs financiers et ses besoins opérationnels. Il est également le principal conseiller de la haute direction pour les allocations budgétaires et la stratégie pluriannuelle.
Auparavant, il a été chef de cabinet des présidents David Malpass et Ajay Banga à la Banque mondiale, jouant un rôle clé dans l’avancement des missions et stratégies institutionnelles au plus haut niveau. Il a également été conseiller principal au sein du bureau du directeur général et directeur financier, contribuant à des programmes liés au financement climatique, aux marchés financiers, et aux infrastructures.
Il a dirigé le département de mobilisation des ressources de l’Association internationale de développement (IDA), où il a supervisé la reconstitution des ressources de l’IDA 20, atteignant un montant record de 93 milliards de dollars avec un an d’avance. Il a aussi occupé le poste de directeur du département des finances d’entreprise de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD).
Avant de rejoindre la Banque mondiale en 2001 dans le cadre du programme des Jeunes professionnels, M. Maimbo a travaillé comme inspecteur bancaire à la Banque de Zambie et comme auditeur chez Price water house Coopers (PwC).
Samuel Maimbo est titulaire d’un doctorat en administration publique (secteur bancaire) de l’Université de Manchester, d’un MBA en finance de l’Université de Nottingham et d’une licence en comptabilité de l’Université Copperbelt en Zambie. Il est également Fellow de l’Association of Chartered Certified Accountants (FCCA) au Royaume-Uni.
Sidi Ould Tah est une figure éminente du développement économique et financier en Afrique. Originaire de Mauritanie, il est candidat au poste de président de la BAD. Il cumule plus de 30 ans d’expérience dans les domaines de l’économie, de la finance, du développement rural et de la coopération internationale.
Depuis 2015, il est à la tête de la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA), qu’il a profondément réformée pour en faire un acteur clé de l’architecture financière du continent. Le parcours académique de Sidi Ould Tah témoigne de son attachement à la rigueur scientifique et à l’expertise technique.
Il est titulaire d’un doctorat en économie du développement de l’Université de Nice-Sophia Antipolis (France), d’un diplôme d’ingénieur agronome de l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II de Rabat (Maroc), ainsi que d’un diplôme de troisième cycle en gestion de projets de l’Université Paris-Dauphine (France).
Ce triptyque formation – agriculture, gestion de projets, économie est le reflet d’un profil polyvalent, apte à comprendre les enjeux multisectoriels du développement africain, des plus locaux aux plus globaux.
Avant de diriger la BADEA, Sidi Ould Tah a occupé plusieurs postes de responsabilité au sein de l’État mauritanien, notamment ministre de l’Agriculture puis ministre de l’Économie et du développement rural. Il a été conseiller économique du Premier ministre et du président de la République.
Directeur général de plusieurs institutions nationales en charge de la planification et du financement du développement rural, il s’est illustré par sa capacité à concevoir et à mettre en œuvre des politiques publiques axées sur la transformation structurelle, la sécurité alimentaire et la lutte contre la pauvreté.
Depuis sa nomination à la BADEA en 2015, Sidi Ould Tah a insufflé une dynamique nouvelle à cette institution panafricaine créée par les pays membres de la Ligue arabe pour soutenir le développement en Afrique subsaharienne. Son bilan est marqué par :
Il a opéré une augmentation significative des engagements financiers de la banque avec la mise en œuvre d’un nouveau plan stratégique (2020–2030) aligné sur les Objectifs de développement durable (ODD) et l’Agenda 2063 de l’Union africaine,
Sous sa direction, la BADEA est devenue un partenaire stratégique des États africains et des institutions continentales, grâce à une approche fondée sur le respect de la souveraineté, la solidarité Sud-Sud et l’efficacité dans l’action.
Sidi Ould Tah porte une vision claire et ambitieuse pour la Banque africaine de développement : faire de la BAD une institution encore plus proche des États, plus agile, plus innovante et pleinement alignée sur les priorités des Africains.
Sa candidature s’appuie sur des convictions fortes : l’urgence d’accélérer l’industrialisation du continent, le renforcement des infrastructures de base et le soutien massif au secteur privé, et l’approfondissement de l’intégration régionale.
Homme de consensus et de dialogue, il sait conjuguer rigueur technocratique et sens politique. Parfaitement trilingue (arabe, français, anglais), il incarne cette nouvelle génération de dirigeants africains, capables de bâtir des passerelles entre les différentes régions du continent et avec les partenaires du Sud comme du Nord.
Amadou Hott, candidat à la présidence de la BAD, est d’origine sénégalaise. Il est titulaire d’une licence et d’une maîtrise en économie, entre 1996 et 1997, et d’un DEA en finance de marchés et gestion bancaire, en 1999.
Fort d’une vaste expérience en tant que dirigeant exécutif au sein des banques multilatérales de développement et dans les secteurs public et privé, Hott est bien positionné pour répondre aux défis de cette institution.
Ancien ministre de l’Économie, du Plan et de la Coopération du Sénégal, il a acquis des compétences et un réseau précieux durant ses fonctions à la BAD et dans d’autres organisations internationales. Sa carrière s’étend sur plus de 25 ans et couvre quatre continents, où il a occupé divers postes de leadership.
Son expérience lui permet de comprendre les besoins de financement du continent et de participer activement aux discussions sur la réforme financière mondiale. La vision d’Amadou Hott pour la BAD s’inscrit dans la réalisation de la nouvelle stratégie décennale (2024-2033), visant à promouvoir la prospérité et la résilience sur le continent africain.
Il se distingue par son engagement en faveur de la croissance économique et du progrès social, ainsi que par sa capacité à mener à bien des projets et initiatives à fort impact. Depuis novembre 2024, Hott a été présenté comme le candidat du Sénégal à la présidence de la BAD.
Son parcours professionnel justifie pleinement cette candidature. Avant cela, il a été membre du conseil d’administration de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank) et a occupé le poste d’envoyé spécial du président pour l’Alliance pour l’infrastructure verte en Afrique.
Il a été ministre de l’Économie du Sénégal, où il a élaboré des politiques économiques pendant la pandémie de COVID-19. Amadou Hott a été Premier Vice-président du complexe énergie, changement climatique et croissance verte à la BAD, où il a contribué à financer d’importants projets dans les domaines de l’énergie et du changement climatique.
En tant que premier directeur général du Fonds souverain pour les investissements stratégiques (FONSIS), il a joué un rôle clé dans la création d’un cadre d’investissement stratégique pour le Sénégal.
Il est considéré comme un candidat idéal pour diriger la Banque africaine de développement. Sa vaste expérience, sa vision stratégique et son engagement envers le développement économique de l’Afrique en font un leader capable de transformer les défis en opportunités.
À peine les Français ont-ils remis les clés de leur base militaire de Port-Bouët aux autorités ivoiriennes que les Américains annoncent leur arrivée. Cette valse à deux temps permet au président Alassane Ouattara de combler un vide laissé par Paris. Néanmoins, les États-Unis ont été contraints de revoir leurs ambitions à la baisse, une nouvelle preuve des profondes mutations en cours sur le continent.
Leslie Varenne
Le 25 février 2025, le ministre de la Défense Sébastien Lecornu cédait officiellement la base militaire française de Port Bouët à son homologue ivoirien, Téné Birahima Ouattara. Ce transfert scellait la fin de 50 années de présence française sur ce site. Il reste néanmoins dans ce pays une petite centaine d’hommes dédiés à la coopération et à la formation, mais sans base et sans commandement autonome. Cette manière de « partir en restant », ou inversement, symbolise l’errance de la pensée élyséenne sur la question. En revanche, il faut reconnaître au président Ouattara d’avoir assez finement joué la partie. D’une part, anticipant le vide laissé par Paris, il a signé une coopération militaire avec la Turquie en octobre 2024. Puis, il a paraphé de nouveaux protocoles avec les Américains en novembre 2024 et enfin il a conclu un accord avec le Maroc en mai 2025. Les nouvelles évolutions du monde couplées à la place vacante laissée par la France, qui suscite de nombreux appétits, ont changé la donne. Elles ont permis au président ivoirien d’élaborer une stratégie afin de ne plus dépendre d’un seul acteur pour l’aider à défendre son territoire et à assurer sa propre sécurité avant l’élection d’octobre 2025.
Cette nouvelle redistribution des cartes lui a également permis de négocier pied à pied avec les Etats-Unis. Qui l’eût cru possible quelques années auparavant ?
Le coup d’Etat de juillet 2023 au Niger a marqué un véritable tournant. Les nouvelles autorités ont obligé les Etats-Unis à quitter le pays et à abandonner Agadez, où se trouvait leur deuxième plus grande base de drones en Afrique. Un départ sans précédent dans l’histoire… Depuis cette date, ils cherchaient un nouveau point d’ancrage. Abidjan s’est très vite imposée comme refuge favori en raison de son orientation géopolitique, de sa position stratégique dans le golfe de Guinée, de sa proximité avec le Sahel et de la bonne coopération entre les deux pays. Au départ, il était question de recréer une infrastructure importante à l’image de celle perdue après le putsch de Niamey. Un temps, le nom d’Odienné a circulé puis les Etats-Unis ont jeté leur dévolu sur Korhogo, ils étaient prêts à construire. Mais finalement après négociations, les Ivoiriens leur ont imposé Bouaké et encore en format réduit. Ils ne leur ont accordé que l’utilisation de la partie est de la piste de l’aéroport de cette ville pour y installer leurs drones.
Lors de sa visite dans la capitale ivoirienne le 16 mai dernier, le général Langley, patron du Commandement américain pour l’Afrique (AFRICOM), a officialisé cette arrivée sans tambour ni trompette. Au cours de cette rencontre, un vague projet de base pour ces aéronefs de dernière génération à Abidjan a été évoqué, mais sans précision sur le calendrier, l’emplacement ou encore la taille de cette future construction.
Néanmoins, il n’est pas certain que cette réduction de leurs ambitions dérange beaucoup les Américains. Les négociations avec la Côte d’Ivoire ont débuté avant que Donald Trump ne prenne ses quartiers à la Maison Blanche. Depuis son arrivée, son administration s’interroge ouvertement sur la nécessité de maintenir une présence militaire significative en Afrique. L’avenir même de l’AFRICOM est remis en question ; cette organisation autonome depuis 2007 pourrait retourner au sein du Commandement européen (EUCOM) pour rationaliser les effectifs et les dépenses, à l’instar de la politique mise en œuvre dans les autres services gouvernementaux.
Les divisions du clan Trump
Cependant, il ne s’agit pas seulement de questions budgétaires, sur l’Afrique, comme sur l’Ukraine et l’Iran, l’équipe du président est divisée. D’un côté, les tenants d’une ligne interventionniste, de l’autre les isolationnistes qui souhaitent rester concentrés sur le slogan « l’Amérique d’abord ». D’intenses débats sont donc en cours à Washington. Dans ce camp MAGA, certains responsables de la défense proches de Donald Trump estiment que la présence américaine en Afrique ne constitue pas une priorité géopolitique et que, par ailleurs les résultats sont mitigés dans la lutte contre le terrorisme. Dans l’autre camp, certains au Pentagone et au Congrès alertent sur les risques d’un retrait ou une réduction drastique des moyens qui pourraient créer un vide sécuritaire au profit des puissances concurrentes, affaiblir la coopération avec les alliés africains, notamment contre les groupes djihadistes. Cette dernière argumentation est spécieuse, puisque la présence militaire des Etats-Unis en Afrique n’a jamais fait refluer ni Al-Qaïda ni l’Etat islamique. Le Niger où ils sont restés plus de dix ans en est le meilleur exemple. La lutte contre le terrorisme a souvent servi de prétexte pour masquer d’autres objectifs. Lors de son audition devant la Commission des forces armées au Sénat le 3 avril dernier, le général Langley en a, d’une certaine manière, attesté. S’il s’est soumis au passage obligé en brandissant la menace des groupes terroristes qui selon lui « continuent de menacer l’Amérique », il a surtout axé son intervention sur les risques géopolitiques. « Négliger l’Afrique, c’est s’exposer à un péril stratégique à long terme » a-t-il déclamé, puis il a agité le chiffon rouge sino-russe : « Nous ne pouvons pas permettre au Parti communiste chinois et à ses partenaires à Moscou de nous surpasser sur le plan stratégique ». Enfin, sans surprise, il a plaidé pour la survie de sa boutique : « la présence d’AFRICOM est essentielle pour contrer les acteurs malveillants et protéger les intérêts américains. » En s’exprimant ainsi, le patron des forces américaines en Afrique a clairement choisi son camp. Il y a encore quelques mois, ses propos seraient passés pour un discours convenu qui lui aurait permis de sauver sa tête. Mais depuis, Donald Trump a renversé la table et le monde marche sur une ligne de crête en attendant qu’il tranche sur tous les grands sujets.
Un équilibrisme à courte vue
La position d’équilibriste du président américain pris au piège entre les deux camps ne peut perdurer. La première décision qu’il doit prendre concerne le conflit entre la Russie et l’Ukraine. La manière dont se décidera la fin de cette guerre aura des répercussions majeures sur l’ensemble des dossiers internationaux. S’il reste fidèle à ses promesses de campagne et à sa ligne isolationniste, Donald Trump choisira de négocier avec la Russie et de se retirer du bourbier ukrainien. Cette évolution modifierait en profondeur la stratégie américaine, non seulement en Europe, mais aussi sur le terrain africain. Dans ce scénario de recherche d’équilibre, Washington cesseraient d’être en confrontation directe avec Moscou en Afrique. La présence américaine sur le continent pourrait encore se réduire, au profit d’une focalisation sur le Pacifique. Ainsi, la résolution du conflit ukrainien servirait de baromètre pour l’ensemble de la politique étrangère américaine, redéfinissant les alliances, les priorités et la nature même de l’engagement de Washington face aux puissances concurrentes.
Pour autant, quelles que soient les décisions prises cela ne changera rien pour le continent. L’époque où les acteurs extérieurs décidaient pour les pays africains est définitivement révolue. La Côte d’Ivoire qui, sous le règne d’Alassane Ouattara, est pourtant une alliée inconditionnelle des Occidentaux en général et des Américains en particulier, vient de le démontrer.
Dans une déclaration conjointe rendue publique, le Conseil Supérieur des Imams, des Mosquées et des Affaires Islamiques (COSIM) et le Conseil des Imams Sunnites (CODISS) ont annoncé que la fête de la Tabaski, également appelée Aïd al-Adha, sera célébrée en Côte d’Ivoire le vendredi 6 juin 2025, correspondant au 10 Zoul-Hijja 1446 de l’Hégire.
Selon ces deux grandes structures représentatives de la communauté musulmane ivoirienne, la station d’Arafat, moment central du pèlerinage à La Mecque, aura lieu le jeudi 5 juin 2025, incha’Allah. En conséquence, le lendemain marquera la célébration de la Tabaski sur l’ensemble du territoire national.
À cette occasion, le COSIM et le CODISS adressent leurs meilleurs vœux de paix, de santé et de solidarité à tous les musulmans de Côte d’Ivoire et d’ailleurs. Ils souhaitent également un bon retour à tous les pèlerins ivoiriens actuellement en Arabie Saoudite pour accomplir le cinquième pilier de l’islam.
Dans la Mauritanie actuelle, le racisme et l’esclavage continuent de porter un sérieux coup aux droits humains. S’il n’existe pas encore à ce jour des statistiques officielles sur le nombre de personnes victimes, plusieurs communautés sont au quotidien confrontées à cette dure réalité, qui constitue une grave atteinte à la dignité humaine selon Dieynaba N’Diom, sociologue et féministe mauritanienne.
« Le régime mauritanien est un régime raciste et esclavagiste »
«Aujourd’hui encore en 2025, on voit de manière très claire et un peu partout qu’on a de l’esclavage qui se pratique ici en Mauritanie sous différentes formes, et c’est le seul pays où vous allez entendre parler du tribunal contre l’esclavage. Rien que la présence de ce tribunal témoigne l’existence aussi de cette pratique. L’esclavage et le racisme sont deux réalités encore au 21 ème siècle en Mauritanie». Ces propos sont ceux de la sociologue Dieynaba N’Diom. Cette féministe engagée martèle que c’est un déni de penser que dans l’État désertique de la Mauritanie, situé au nord-ouest du continent africain, les pratiques esclavagistes et le racisme sont un lointain souvenir.
La pratique de l’esclavage
Bien qu’aboli en 1981, l’esclavage concerne encore des milliers de Mauritaniens issus de la communauté des Maures noirs, les Haratines. Bilal Sidne, porte-parole de l’IRA, une association anti-esclavagiste, dénonce la responsabilité des autorités dans la persistance de la pratique.
Dans les faits, plusieurs personnes vivent par exemple sous le statut d’esclave ou d’ancien esclave. «La personne n’a pas la liberté de ses mouvements. Elle ne jouit pas du droit à l’éducation par exemple. En fait, c’est une personne qui est soumise à d’autres qui l’utilisent à leur guise. Certaines sont des personnes qui ont été « affranchie ». Mais il y a par contre plusieurs autres qui sont encore sous l’esclavage. Dans la mesure où la personne ne peut rien faire d’elle-même, ne peut rien décider, n’a accès à rien du tout. Elle n’est là que pour le désir et le bon vouloir du « maître »», confie la militante des droits humains. Les pratiques esclavagistes malheureusement, restent donc et demeurent encore d’actualité à ce jour en Mauritanie.
Des personnes socialement inférieures aux «autres»
La Mauritanie regroupe plusieurs composantes sociolinguistiques et culturelles. Des Soninkés, Wolofs, Peuls, Maures blancs, Arabes, Berbères et aussi les Bambaras pour ne citer que celles-ci. «C’est dans les communautés Négro-mauritaniens notamment les Wolof, les Poular et les Soninké qu’il existe encore ces pratiques d’esclavagistes, mais sous une forme où c’est une caste qui subit encore toutes les discriminations possibles parce que la personne n’est pas née dans la bonne famille ou elle est considérée comme descendante d’esclaves, entre autres. Donc la personne est de ce fait considérée socialement comme inférieure aux autres», affirme le cœur meurtri, Dieynaba N’Diom avant d’ajouter: «Il y’a aussi les Arabo-berbère qui sont un peu en relation avec la communauté descendant des esclaves qu’on appelle « Haratines ». Ce sont en effet les Arabo-berbères, qui ont soumis les « Haratines” à l’esclavage. Et c’est souvent de cette forme d’esclavage qu’on parle le plus, parce que c’est le plus effroyable et c’est le plus visible aussi en Mauritanie», dit-elle.
Les femmes, principales victimes
Les personnes qui payent le lourd tribut des différentes pratiques esclavagistes, ce sont bien évidemment les femmes. «C’est la femme qui souffre le plus parce qu’elle subit des viols à répétition. Des femmes qui subissent aussi les violences physiques, sexuelles, psychologiques (…). Ce sont des femmes qui n’ont aucune dignité humaine et qui ne sont là que pour le bon vouloir des chefs, des hommes, des mâles, de la tribu», explique Dieynaba N’Diom.
Les personnes anciennement réduites à l’esclavage vivent avec ce poids au sein de la société. Leur libération n’est toujours pas évidente. «Les personnes qui ont été dans cette situation, ce n’est pas facile de les enlever du bras du « maître « . Car une personne qu’on n’a pas outillée, qu’on n’a pas éduqué de telle sorte qu’elle soit autonome, c’est toujours difficile de la libérer. Il y a même certains « esclaves » qui ne veulent pas être libérés. D’autres disent carrément qu’ils préfèrent être « esclaves » à vie. Tout ça, parce que on leur a appris toute leur vie à être dépendants d’autres personnes et forcément pour ces gens, même si on les libère, ils se sentiront selon eux encore plus perdus. Car ils pensent qu’ils n’arriveront pas à s’intégrer de manière optimale dans la société», décrie-t-elle.
L’esclavage et le racisme: deux problèmes bien distincts
De l’avis de Dieynaba N’Diom, l’esclavage est un fait en Mauritanie. Le racisme aussi. Le phénomène dit-elle «touche tous les noirs» dans son pays. Une autre terrible réalité qu’il faut combattre à tout prix. «Tout noir mauritanien qu’il soit issu de l’esclavage ou pas, qu’il soit né libre ou pas subis le racisme. Tout simplement parce que tu es un noir qui évolue en Mauritanie. Une personne peut donc être en Mauritanie ne pas être victime d’esclavage mais être plutôt victime du racisme», argue-t-elle.
Quelle que soit leur classe sociale, quelle que soit leur identité, quelle que soit la communauté à laquelle elles appartiennent, «les personnes noirs subissent toutes, d’une manière ou d’une autre, le racisme». Le racisme en Mauritanie «est d’abord systémique. Ce n’est pas forcément à coup de loi, mais c’est fait de manière très subtile», témoigne l’amazone des droits humains.
Conséquences palpables
L’ampleur du problème est tel que les conséquences ne tardent pas. «Il y a ces discriminations qui sont là, qui planent toujours, qui font que dans ces communautés, les populations sont les plus vulnérables, elles n’ont pas forcément accès à beaucoup de choses, par exemple les terres, les positions politiques dans les villages…et , c’est encore ces personnes qui sont discriminées», lance-t-elle. Le pire c’est qu’«il n’y a aucun levier de pouvoir qui est détenu par des Noirs.
Biram Dah Abeid, président de l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA), est accueilli par des supporteurs à sa sortie de prison, en mai 2016 à Nouackchott.
Depuis la création de la Mauritanie jusqu’à ce jour, il n’y a eu aucun Noir qui a été président du pays. Aucun. Il n’y a aucun Noir en Mauritanie qui dispose par exemple d’une télévision ou d’une radio. Il n’y a aucun Noir en Mauritanie qui a une banque. Il y a aucun Noir en Mauritanie qui occupe un poste de responsabilité stratégique».
En revanche « les Noirs aujourd’hui subissent les foudres du système en place, car ce sont eux malheureusement le maillon faible de la société. Ils n’ont pas accès à une éducation de qualité, n’ont pas accès à un système de santé de qualité, n’ont pas accès aussi au travail», affirme Dieynaba avant de poursuivre son propos. «Dans les années 1986 à 92 il y a eu un génocide qui a visé que les Noirs mauritaniens. Des villages entiers ont été décimés. Ça c’est avant. Mais aujourd’hui, on assiste à une autre forme de génocide qu’on appelle le « génocide biométrique ». On est en train d’enregistrer la population de manière biométrique et on se rend compte que les seules personnes qui ne sont pas faites encore enregistrées et qui ont des difficultés à avoir leurs papiers, ce sont les Noirs», se désole Dieynaba N’Diom, qui croit dur comme fer que ce sombre tableau est le fruit du système politique actuel.
“La Mauritanie à plusieurs composantes sociologiques. Mais on a qu’a même pris la langue arabe et mis au-dessus de toutes les autres langues. Ce qui fait que tout le système éducatif est complètement arabisé. Aujourd’hui en Mauritanie, l’éducation n’est rien d’autre que le reflet de l’idéologie politique du système en place, qui n’est rien d’autre qu’un moyen de domination d’une population par rapport aux autres. On va vers une aliénation culturelle au vu et au su de tous”
Un construit social
Pour la sociologue mauritanienne l’existence de l’esclavage et du racisme «est avant tout un construit social». Dieynaba N’Diom explique la persistance de ces pratiques par le fait qu’il «y a des gens qui sont construits socialement, qui pensent qu’ils sont les maîtres des autres, qui pensent qu’ils sont supérieurs aux autres, qui pensent qu’ils ont le droit de disposer de l’intégrité physique et morale de quelqu’un d’autre». La féministe engagée affirme qu’avec des normes sociales pareilles «on enregistrera toujours ces énormités».
Pesanteurs socioculturelles et religieuses
Dans une société diversifiée et complexe comme la Mauritanie, la mauvaise interprétation de la religion fait perdurer l’existence de l’esclavage, du racisme et autres discriminations. «On a des livres écrits par des grands savants arabes et musulmans qui cautionnent et même parlent de l’esclavage comme étant une pratique qui est partie intégrante de la religion musulmane. Donc forcément, il y a bien sur cette teinte de la religion musulmane qui est là, qui tolère et qui explique», confie t-elle. À cela s’ajoute les pesanteurs socio-culturelles.
“Nous vivons sous les normes socioculturelles qui nous oppressent. Nous vivons en fait sous des normes où le système patriarcal qui crée des discriminations dont nous sommes en fait toutes victimes. Par exemple, aujourd’hui en Mauritanie, la femme blanche n’a pas les mêmes besoins que la femme noire. La femme noire est doublement discriminée par rapport à la femme blanche. Car la femme noire, elle a une autre forme de couche de discrimination qui s’ajoute à sa condition féminine qui est le racisme. Et quand on parle de la femme esclavagisée, c’est à dire qu’il y a encore une triple couche de discrimination”
Les stratégies de lutte
En Mauritanie, l’esclavage a été officiellement aboli en 1981, mais n’a été reconnu dans ce pays comme crime contre l’humanité que depuis 2015. Pourtant «il y a peu de cas de personnes qui sont allées en prison pour pratiques d’actes esclavagistes. Parce que ceux qui sont censés juger les personnes qui commettent ce forfait, sont les premiers à être des esclavagistes.
Et c’est quelque chose qui est tellement ancrée dans les consciences mauritaniennes que ceux qui le pratiquent pensent que c’est normal», témoigne-t-elle en nuançant tout de même ses propos. «L’existence des institutions et de la loi anti esclavage montre quelque part quand même que les lignes bougent. Mais une fois encore, je pense qu’il y a un manque réel de volonté politique. Si on veut vraiment abolir l’esclavage de manière vraiment très optimale, il n’y a pas que les tribunaux et les lois, il y aura aussi les moyens d’accompagnements», émet comme réflexion la fervente militante pour les droits humains.
«Seule la lutte libère»
Aujourd’hui explique la sociologue et militante féministe de première heure, le plus grand travail serait de «démêler le vrai du faux par rapport à la religion. Que dit vraiment la religion dit dans sa pratique fondamentaliste? Que pouvons-nous en tirer?», s’insurge-t-elle.
Le combat pour le respect des droits humains c’est tout suite et maintenant. Dieynaba N’Diom qui a consacré presque toute sa vie au nom du combat pour le respect de la dignité humain affirme avec force que «seule la lutte libère». Elle plaide pour qu’en Mauritanie «les tribunaux anti-esclavagistes soient plus opérationnels mais surtout que la loi soit respectée». Elle souhaite plus que jamais «que les personnes qui sont ou qui étaient en situation d’esclavages soient prises en charges et réintégrées» à travers des programmes au sein de la société.
Le Tribunal de commerce international des États-Unis a statué mercredi que le président américain Donald Trump n’avait pas le pouvoir d’imposer au Canada et au Mexique ses droits de douane pour le « Jour de la libération » ou ceux liés au fentanyl.
Cette décision marque le premier recul juridique majeur face à l’utilisation généralisée des droits de douane par l’administration Trump pour bouleverser le commerce mondial.
Le panel de trois juges a déclaré que M. Trump ne peut pas imposer des droits de douane à presque tous les pays en recourant à la Loi sur les pouvoirs d’urgence économiques internationaux.
En mars, M. Trump a imposé au Canada des droits de douane de 25 % après avoir déclaré une situation d’urgence à la frontière nord en raison de la circulation du fentanyl.
En avril, il a étendu sa guerre commerciale au monde entier en imposant des droits de douane à presque tous les pays.
Quelques heures plus tard, il a annulé les droits de douane les plus dévastateurs, mais a laissé en place un droit de douane universel de 10 % pour la plupart des pays.
Les autorités américaines et ivoiriennes enquêtent sur un vaste réseau financier soupçonné de soutenir le Hezbollah via des circuits économiques opérés par des hommes d’affaires libanais installés en Côte d’Ivoire.Cette affaire, particulièrement sensible, a été portée à l’attention des autorités ivoiriennes par la Direction générale des études et de la documentation (DGED), le service de renseignement extérieur du Maroc, dirigé par Mohamed Yassine Mansouri.
Contexte géopolitique et surveillance accrue
Depuis le déclenchement du conflit entre Israël et le Hamas – et l’escalade parallèle avec le Hezbollah – en octobre 2023, les flux financiers en provenance d’Afrique de l’Ouest, notamment ceux émanant de réseaux pro-Hezbollah au sein de la diaspora libanaise, font l’objet d’une surveillance renforcée de la part des services occidentaux et marocains.
Selon des sources concordantes, une équipe du FBI s’est rendue à Abidjan au cours de la semaine du 19 mai pour approfondir les investigations sur des flux financiers estimés à plusieurs millions d’euros, qui transiteraient entre la Côte d’Ivoire et le mouvement chiite libanais. Ces investigations s’inscrivent dans le cadre d’une coopération étroite entre les services de renseignement ivoiriens et le bureau régional du FBI, basé à l’ambassade des États-Unis à Dakar.
Cette affaire, particulièrement sensible, a été portée à l’attention des autorités ivoiriennes par la Direction générale des études et de la documentation (DGED), le service de renseignement extérieur du Maroc, dirigé par Mohamed Yassine Mansouri.
Contexte géopolitique et surveillance accrue
Depuis le déclenchement du conflit entre Israël et le Hamas – et l’escalade parallèle avec le Hezbollah – en octobre 2023, les flux financiers en provenance d’Afrique de l’Ouest, notamment ceux émanant de réseaux pro-Hezbollah au sein de la diaspora libanaise, font l’objet d’une surveillance renforcée de la part des services occidentaux et marocains.
Bien que les connexions entre certaines figures libanaises de Côte d’Ivoire et le Hezbollah soient jugées moins marquées que dans d’autres pays de la région, la vigilance demeure élevée.
Une coopération sécuritaire déjà éprouvée
L’équipe du FBI est dirigée par Colin McGuire, responsable Afrique de l’Ouest, un habitué de la coopération avec Abidjan. En juillet 2024, peu avant les Jeux olympiques de Paris, les autorités ivoiriennes avaient neutralisé un groupe de djihadistes de l’État islamique, venus d’Irak pour fomenter une attaque dans la capitale française. Les membres de ce groupe – notamment des ressortissants syriens et irakiens – avaient été arrêtés puis remis au FBI sur le tarmac de l’aéroport militaire d’Abidjan.
L’ambassadrice des États-Unis en Côte d’Ivoire, Jessica Davis Ba, avait alors salué publiquement la solidité du partenariat sécuritaire entre Washington et Abidjan.
Les ministres Téné Birahima Ouattara (Défense) et Vagondo Diomandé (Sécurité) multiplient depuis plusieurs années les efforts pour contrer le financement des activités criminelles transfrontalières et renforcer la lutte contre le terrorisme international.
Au cours des quatorze dernières années, la dette publique de l’Afrique a augmenté d’environ 160%. Face aux besoins colossaux de financements pour le développement du continent, les dirigeants africains entendent plaider pour l’annulation de cette dette. Objectif : financer les projets structurants au moment où l’argent se fait rare sur les marchés en proie aux tensions internationales.
Il est désormais question d’« une intervention urgente » pour briser le cercle vicieux de la dette africaine, selon Patrick Ndzana Olomo – directeur du développement économique, de l’intégration et du commerce de la Commission de l’Union africaine (UA) – en marge de la première conférence de l’UA africaine sur la dette publique qui s’est tenue la semaine dernière à Lomé. « La dette publique africaine s’est fortement accrue au cours de ces dernières décennies. […] Environ deux tiers des ressources sont consacrés au paiement des intérêts de la dette. De ce point de vue, on ne peut plus financer de manière aisée les projets structurants dans l’éducation, la santé et dans les autres domaines tels que les infrastructures qui sont un facteur important pour accélérer la croissance et permettre à l’Afrique de se développer », a expliqué le dirigeant.
Une dette hausse de 160% en 14 ans
Si elle était en effet de 112 milliards de dollars en 1980, trente ans plus tard – en 2010 – la dette publique du continent est passée à 436 milliards de dollars, pour exploser à environ 1130 milliards de dollars en 2024. Ainsi en quatorze ans, la dette publique africaine a augmenté de d’environ 160%. Les ambitions de développement se sont souvent heurtées aux réalités internationales, souvent faites de crises -tant sur le plan financier, que conjoncturel, sanitaire ou même sécuritaire et commercial. Alors que les besoins de financement du développement sont colossaux, tous ces défis – qui nécessitent souvent des réponses urgentes et occasionnent une raréfaction des financements à l’international – accentuent les challenges du continent. Cette année uniquement, les pays doivent mobiliser près de 100 milliards de dollars pour le service de la dette.
Les dirigeants de l’UA remettent ainsi sur la table des discussions un sujet qui a fait (intensément) débat il y a quelques années, notamment en 2020 lorsque l’économie planétaire est paralysée par la Covid. Les ressources financières importantes nécessaires à la survie sanitaire et sociale mettent davantage de pression sur les finances publiques des pays du continent qui se voient court-circuités dans leur élan de croissance qui, dans certains cas, atteint des sommets. Plusieurs personnalités du continent et d’ailleurs réclament alors une action en faveur des finances publiques africaines. Le pape François s’y met également et plaide pour l’annulation de la dette publique africaine. Dans la foulée, le G20 suspend le service de la dette de 40 pays du continent pour leur permettre de gérer la crise sanitaire.
La dette, « un problème mondial »
Mais depuis ces années, l’annulation de dette publique africaine n’a pas toujours fait l’unanimité y compris sur le continent, d’aucuns estimant que payer ses dettes relèveraient de la dignité et de la souveraineté. Mais le ministre togolais de l’Economie et des Finances regrette que la dette soit perçue différemment quand il s’agit du continent. « La dette africaine a été considérée pendant longtemps comme une honte », a-t-il fait remarquer, rappelant les déboires de son propre pays en la matière. « A l’instar des autres pays, le Togo a expérimenté les complexités de la gestion de la dette, les pressions budgétaires qui en découlent et la recherche d’un équilibre entre le service de la dette et les investissements nécessaires au développement », a-t-il relaté, estimant qu’une solution pérenne relève de l’urgence.
Pour couper court il y a quelques années, alors que le débat battait son plein, l’économiste et ancien secrétaire exécutif de la Commission des Nations Unies pour l’Afrique, Carlos Lopes, a rappelé « la non-africanité » de ce sujet. « Le problème de la dette existe dans toutes les régions du monde, y compris les pays les plus riches de la planète. Ces régions ont des niveaux de dette historiques, qui dépassent de loin leur PIB », déclarait-il dans un entretien avec La Tribune Afrique, ajoutant qu’« il va donc falloir revoir la manière dont on traite la question de la dette publique dans son ensemble. Ce n’est plus un problème africain, mais un problème mondial ».
Respect des engagements d’une part, flexibilité d’autre part
En Afrique, les besoins d’infrastructures de tout genre sont encore nécessaires alors qu’outre l’électrification des 600 millions de personnes encore privées d’énergie, le continent poursuit son industrialisation dans un contexte de changements climatiques. Si le partenariat public – privé et l’amélioration de la gestion fiscale émergent ces dernières années comme salutaires afin d’alléger la pression budgétaire sur les Etats, les pays défendent toujours l’idée de l’endettement. Reconnaissant la nécessité pour les Etats africains de respecter leurs engagements auprès de leurs créanciers, le président John Dramani Mahama du Ghana a également appelé le système multilatéral à « être flexible et aligné aux priorités domestiques de développement ».
L’ex-ministre ivoirien Jean-Louis Billon a fait part de son intention d’être candidat à l’élection présidentielle du 25 octobre. Il assure que son « ambition est intacte ».
En Côte d’Ivoire, alors qu’on se rapproche de plus en plus de la présidentielle du 25 octobre, la tension continue de monter sur le plan politique. La principale coalition de partis d’opposition du pays, la CAP-CI, a de nouveau appelé le lundi 26 mai à un « dialogue » avec les autorités pour permettre à plusieurs candidats exclus de participer au scrutin.
Parmi les candidats radiés de la liste électorale et écartés de la course figure notamment le président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), Tidjane Thiam. Celui-ci a été radié pour des raisons de nationalité.
C’est dans ce contexte que l’ex-ministre Jean-Louis Billon a fait part de son intention d’être candidat à l’élection présidentielle. Dissident du PDCI, il a souhaité que le parti désigne un nouveau candidat, étant donné que Tidjane Thiam est inéligible. Jean-Louis Billon, 60 ans, l’assure : son « ambition est intacte ».
A cinq mois de la présidentielle d’octobre 2025, le landerneau politique ivoirien est en ébullition. En effet, entre ambitions qui ont de la peine à s’affirmer et mobilisationS pour des élections inclusives à travers la réintégration de certains cadors de l’opposition sur les listes électorales, c’est le branle-bas de combat dans les états-majors pour ne pas manquer le rendez-vous du 25 octobre prochain qui marquera, quoi qu’il arrive, un tournant dans l’histoire politique de la Côte d’Ivoire. Les enjeux sont tels que le pays de Houphouët Boigny retient son souffle, à l’approche de cette présidentielle qui sent d’autant plus le souffre, que le président Alassane Dramane Ouattara (ADO) garde le mystère sur sa candidature à un mandat supplémentaire.
Jean-Louis Billon se verrait bien en plan B de son parti, à la présidentielle à venir
Et ce, au moment où l’épée de Damoclès de l’inéligibilité s’est déjà abattue sur la tête de candidats iconiques de l’opposition, à l’instar de l’ancien président Laurent Gbagbo qui rêve d’un retour au palais de Cocody ; Charles Blé Goudé, l’ex-général de la rue qui se rêve d’un destin national ; l’indésirable ex-président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro, déclaré persona non grata dans son propre pays et en errance dans la sous-région ouest-africaine ; Tidjane Thiam, la nouvelle égérie du Parti démocratique de Côte d’Ivoire-Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA), qui a repris le flambeau du défunt président Henri Konan Bédié à la tête du parti de l’Eléphant. Des candidatures aujourd’hui en pointillés, après que les intéressés sont passés sous les fourches caudines de la Justice qui semble avoir déblayé le terrain pour dégager un boulevard au … candidat du parti au pouvoir, le Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), qui tarde à sortir du bois. C’est dans ce contexte de veillée d’armes sur fond d’interrogations multiples, que la Coalition pour l’alternance pacifique – Côte d’Ivoire (CAP-CI), un regroupement de partis de l’opposition, organise un meeting, le 31 mai prochain, à Abidjan. Mais si l’objectif affiché, selon les organisateurs, est de réclamer des conditions transparentes, justes et inclusives pour des élections apaisées, la question de la réintégration, sur les listes électorales, des candidats de l’opposition qui se veulent autant des challengers sérieux au candidat du pouvoir, reste au cœur des revendications. Pendant ce temps, un cadre bien connu du PDCI-RDA, en la personne de Jean-Louis Billon, se verrait bien en plan B de son parti à la présidentielle à venir, après la radiation du candidat retenu des listes électorales. C’est dire toutes les convoitises que la succession du président ADO attise en Eburnie. Pour en revenir au meeting de la CAP-CI, la question qui se pose est de savoir si elle aura gain de cause dans sa volonté de faire plier le pouvoir à ses desiderata. Rien n’est moins sûr. D’autant plus que face à cet appel de l’opposition, le pouvoir reste, pour le moment, silencieux. Mais tout porte à croire que l’opposition ne s’en tiendra pas à ce seul meeting. Et que plus l’élection avancera, plus elle tentera de mettre la rue à contribution pour accentuer la pression sur les autorités.
Les risques d’une crise pré-électorale et/ou post-électorale, ne sont pas à écarter
De son côté, avec un RHDP décidé à conserver le pouvoir, tout porte à croire que l’enfant de Kong mijote quelque chose pour sa succession, après un mandat de plus qui a soulevé des vagues et fait des victimes sur les bords de la lagune Ebrié. Et rien ne dit qu’une éventuelle candidature d’ADO pour un autre mandat, ne provoquera pas, cette fois-ci, un tsunami. Surtout dans ce contexte de guerre larvée où l’opposition rumine sa colère, face à la disqualification de ses porte-étendards. C’est dire si, à l’approche de cette présidentielle, la Côte d’Ivoire danse sur un volcan. Et les risques d’une crise pré-électorale et/ou post-électorale, ne sont pas à écarter. Car, si la tension doit continuer à monter, on peut craindre une radicalisation des positions à la longue. Et si le pouvoir reste sourd aux revendications de l’opposition, il est à craindre que celle-ci ne soit contrainte de jouer son va-tout dans la rue. Or, c’est de là que naissent souvent les violences, sachant que la perspective d’une autre candidature d’ADO, suscite toujours la controverse en Côte d’Ivoire où le débat sur la question est loin d’être clos. Mais la probabilité de cette candidature est d’autant plus forte qu’à quelques mois de la présidentielle, on ne connaît pas au chef de l’Etat ivoirien, de dauphin attitré. Mieux, malgré les contestations et autres gesticulations de l’opposition, les partisans du chef de l’Etat sont aussi en train de se mobiliser pour le soutenir tout en l’encourageant à se présenter. C’est dire si, petit à petit, les ingrédients d’un bras de fer sont en train d’être réunis en Eburnie. Mais les Ivoiriens doivent savoir tirer leçon de leur passé pour travailler à préserver la paix sociale. En tout état de cause, avec le précédent de 2011, ils sont bien placés pour savoir qu’il n’est dans l’intérêt de personne, que le pays s’embrase. En cela, ils doivent réaliser que malgré les désaccords et autres tiraillements politiques, il y a des limites à ne pas franchir. C’est dire si, dans un camp comme dans l’autre, il faut savoir raison garder, malgré les enjeux, en évitant de réveiller les démons assoupis.
Faire des jeunes la cheville ouvrière du développement économique et industriel, tel est le vœu de la Côte d’Ivoire qui est, cette année, le premier pays africain à accueillir le Congrès mondial autour des services publics d’emplois. Employabilité, formation et besoin des entreprises…, tous les sujets passent dans cet entretien accordé à La Tribune Afrique par Mamadou Touré, ministre de la Promotion de la Jeunesse, de l’Insertion Professionnelle et du Service Civique.
– Pour une première sur le continent, la Côte d’Ivoire a récemment accueilli le 12è congrès mondial des politiques publiques de l’emploi autour des défis rencontrés par les acteurs des marchés du travail. La réalité est-elle aussi pressante dans votre pays qu’ailleurs en Afrique ?
MAMADOU TOURÉ – D’entrée de jeu, je dirais que la Côte d’Ivoire, à travers une structure de mon ministère, est membre de cette organisation mondiale, et nous avons été honorés l’année dernière d’avoir été choisis en tant que pays africain pour abriter cette importante rencontre qui, je rappelle, a réuni tous les services publics de plus de 88 pays dans le monde, les services publics de l’emploi, qui viennent de tous les cinq continents. Pour nous, c’est aussi une marque de reconnaissance aux efforts faits par notre pays ces quinze dernières années.
Il y a une problématique retrouvée un peu partout dans le monde, mais dont la réalité est plus manifeste en Afrique, c’est l’éternelle problématique de l’adéquation formation-emploi. Or, les acteurs du marché du travail sont de plus en plus exigeants sur le niveau de compétences techniques, donc de la main-d’œuvre, et malheureusement, nous avons une main-d’œuvre qui devient nombreuse, mais qui n’est pas forcément qualifiée, et c’est ce qui pose énormément de problèmes à beaucoup d’entreprises, surtout du secteur privé.
L’Afrique est une démographie importante. La population jeune va doubler d’ici 2050. Et tous ces jeunes, il faut d’abord les former, il faut leur trouver un emploi. Après, il faut trouver les voies et moyens de concilier cette démographie galopante avec le défi de former cette population de manière à leur donner les outils nécessaires à l’accès à des emplois qui leur permettent de vivre décemment. C’est le défi qui fait l’objet de nos réflexions à l’échelle internationale. Rassembler les services publics d’emploi des cinq continents lors du Forum a été l’occasion de mutualiser les expériences et favoriser l’inspiration.
Economie star en Afrique de l’Ouest, la Côte d’Ivoire est l’un des pays africains qui attirent le plus d’investissements directs étrangers (IDE). Les entreprises exogènes s’y installent donc en nombre. Que recherchent-elles le plus en termes de compétences et comment y répondez-vous ?
L’économie ivoirienne affiche un taux de croissance d’au moins 6 à 7 % par an, sur les 15 dernières années. Cela veut en effet dire qu’il y a beaucoup d’investissements, surtout venant du secteur privé et en particulier des entreprises étrangères. Nous avons des secteurs économiques importants qui sont en plein essor : le BTP, l’agriculture -avec une option claire prise sur la transformation de certains produits importants tels que le café, le cacao, l’anacarde… – l’économie numérique, avec toutes les évolutions qu’on a aujourd’hui issues de l’intelligence artificielle (IA), etc.
Dans le secteur de l’agro-industrie à titre d’exemple, il y a un réel besoin de main-d’œuvre. La stratégie gouvernementale, dans le cadre de la réforme adoptée en décembre 2016, consiste à réformer notre système de formation technique, afin d’anticiper et de former des jeunes dans ce domaine, afin qu’on ait beaucoup de jeunes compétents. Bien évidemment, le secteur privé est, lui-même, au cœur de cette réforme qui suit son cours. Nous sommes peut-être lents à définir les besoins de formation, puisque les formations sont orientées en fonction des besoins d’expertise des entreprises. Mais nous y travaillons.
Cette année est justement celle du bilan du Programme Jeunesse du Gouvernement 2023-2025 que vous pilotez. Alors qu’un des axes clés est l’accélération de la formation, l’insertion professionnelle et la promotion de l’entrepreneuriat, quelles avancées à date ?
Je dirai tout d’abord que l’innovation dans la conception de ce programme est la synergie d’actions gouvernementales. Ce sont 21 ministères sectoriels qui sont associés pour le concevoir de manière très cohérente. C’est un programme qui visait l’impact de 1,5 million de jeunes. Le gouvernement vient de faire le bilan des deux premières années sur lesquelles plus de 2,5 millions de jeunes ont été impactés et nous prévoyons d’atteindre environ 900 000 jeunes sur la dernière année. C’est-à-dire que nous aurons plus que doublé l’objectif de départ en termes d’impact. Ce qui est par ailleurs important dans ce programme, c’est le maillage territorial, car ce programme permet d’impacter les jeunes à la fois en milieu urbain et rural. Il est également transversal, car il touche toutes les couches de jeunes : étudiants, sans emploi, jeunes travailleurs ou entrepreneurs à devenir.
En Côte d’Ivoire, environ 30% de la population de 15 à 35 ans est frappée par le chômage. Alors que le pays ambitionne de faire émerger le maximum de jeunes talents dans divers domaines, comment abordez-vous
Permettez-moi de corriger ce chiffre. En réalité, le taux de chômage des 15-35 ans est de 4,5%. Lorsqu’on rassemble les jeunes au chômage et les jeunes en sous-emploi, le taux combiné affiche 27%. Mais le chômage en lui-même est relativement très bas. Parce que le défi que nous avons dans nos États africains, ce n’est pas le chômage, mais le sous-emploi des jeunes, parce que beaucoup de jeunes sont dans les secteurs informels et vivent des petits boulots. Ils échappent donc au chômage, mais il n’en demeure pas moins qu’ils font des boulots qui, souvent, ne leur permettent pas de joindre les deux bouts.
Notre défi est donc de réduire le taux d’informalité d’emploi des jeunes et de surtout de créer des emplois décents pour cette frange de la population. A cet effet, nous avons déployé ce que nous appelons « l’école de la deuxième chance » qui englobe toutes les solutions alternatives offertes aux jeunes en termes de formations à visée d’insertion, avec une plus grande chance de travailler. Outre donc la réponse structurelle qui est de renforcer la cohérence entre la formation et les besoins du secteur privé, « l’école de la deuxième chance » est une réponse forte apportée à la problématique de l’employabilité des jeunes.
Quelle place pour la Tech -qui mobilise les jeunes à travers le monde- au moment où la Côte d’Ivoire entend accélérer son industrialisation ?
C’est justement à cause de cette jeunesse très alerte sur tout ce qui est technologie que nous avons mis un accent sur nos startups et que nous avons mis en place le Startup Boost Capital, qui permet l’accompagnement des jeunes qui apportent des solutions innovantes y compris dans le domaine de la technologie. Je résumerais notre pensée en ce que la Côte d’Ivoire s’inscrit dans l’ère du temps en matière de talents. Nous avons, aujourd’hui, une transformation profonde du monde avec les nouveaux outils technologiques, les nouvelles approches du numérique et je vous assure qu’énormément de jeunes ivoiriens contribuent à la création de la richesse. Je citerai l’exemple du jeune qui a créé des drones livreurs des poches de sang dans les zones rurales ou qui permettent d’aider à la culture agricole. Énormément de jeunes qui sont lancés dans le domaine de l’innovation technologique bénéficient aujourd’hui d’un accompagnement de l’État et peuvent s’appuyer sur un fonds mis en place pour les aider. Et nous voulons qu’ils soient encore plus nombreux sur ces sujets stratégiques.
Interview exclusive de M. Assalé Tiémoko, député-maire de Tiassalé peut boire du petit lait. Son mouvement politique, Aujourd’hui, Demain la Côte d’ivoire {ADCI) a fait le plein d’adhérents et de curieux pour la cérémonie d’investiture de la coordination de la diaspora au 13 rue Auguste Perret à Villejuif, en banlieue proche parisienne, ce samedi 24 mai 2025.
M.Assalé Tiémoko, votre engagement dans la moralisation de la vie publique, la gouvernance par l’exemple est connue. Pourtant, vous vous êtes rendu complice de la convention signée par l’Assemblée nationale avec la compagnie Corsair et l’hôpital américain de Neuilly, en France, octroyant aux députés ainsi qu’à leurs familles des facilités de voyages et des soins à des tarifs préférentiels. Que dites-vous face à un tel scandale ?
Je n’étais pas informé de l’existence d’une telle convention- me semble-t-il- signée en 2019 par le Sénat puis étendu à d’autres structures comme l’assemblée nationale, le conseil économique social et environnemental, et à l’uvicoci ( NDLR : Union des villes et communes de côte d’ivoire). J’ai été élu maire en 2018, et député en 2021. Sans que je sache un traître mot d’une telle disposition. Quand éclate l’affaire sur les réseaux sociaux et à la télévision, j’approche le président de l’Uvicoci dont je suis désormais membre et vice-président pour en savoir davantage. Qui me confirme l’existence d’une telle convention qu’il dit avoir hérité de son prédécesseur. Evidemment, j’ai marqué mon désaccord sur le volet soins à des tarifs préférentiels pour les élus et leurs familles en France. Toutefois, en ce qui concerne les tarifs préférentiels sur les billets d’avion je marque mon accord, si l’objectif est de réduire les charges de l’Etat et des institutions en rapport avec les voyages officiels. Ce que nos populations ne comprennent pas et moi avec elles, c’est le mauvais exemple que nous donnons dans un contexte difficile ; J’insiste, Je n’ai jamais bénéficié des avantages d’une telle convention ni en qualité de député ni en qualité de maire, encore moins pour un quelconque membre de ma famille.
Pour avoir été journaliste d’investigation, un empêcheur de tourner en rond, est-ce suffisant au point de créer un mouvement politique qui -à terme- pourrait se muer en parti politique, dont l’ambition est de conquérir le pouvoir d’Etat ?
Ce n’est pas en tirant prétexte de mon statut de journaliste d’investigation que j’ai décidé de construire un mouvement politique. Je participe à l’animation du jeu politique depuis 2016 où j’ai été candidat malheureux la première fois. Par la suite, j’ai été élu trois fois de suite aux élections locales. J’ai beaucoup appris en tant que gestionnaire de collectivité et député de la nation. Je connais les réalités de mon pays. Je pense avoir l’expérience nécessaire à la mise en œuvre d’idées nouvelles, d’autant plus qu’on est à la fin d’un cycle débuté en 1990. il y’a une nouvelle dynamique politique qui commence en 2025, une nouvelle génération d’acteurs politiques qui arrive dont je pense faire partie (…).
(…) Pour quelle offre politique ?
Le temps est venu la politique soit faite au bénéfice exclusif des ivoiriens. Et qu’on leur épargne des élections mortifères. Il est temps pour les acteurs politiques d’être des exemples et non user de la politique comme un outil de réalisation personnelle. Nous proposons un nouveau type d’ivoiriens qui aime son pays bâti sur une « société de confiance afin de révéler le génie qui dort en chaque ivoirien »
Sachant qu’ un individu ne peut gagner une élection présidentielle sans qu’il ne soit adossé à un grand partipolitique (?) Quelles chances pour Assalé Tiémoko candidat putatif de ADCI ?
Nous pensons que le monde politique est dynamique, les électeurs se renouvellent. Le peuple se renouvelle. Je prends l’exemple de la presse papier qui, il y ‘a une vingtaine d’année était la panacée. Aujourd’hui, il y a plutôt, un attrait pour les nouveaux médias. Il faut constamment faire une prospective pour s’adapter. Viendra un temps où appartenir à un parti politique sur la base tribale, le clan, ou aux chefs historiques va s’ estomper ; Il faut donc avoir la capacité d’anticiper tous ces renouvellements.
Quelle est votre opinion sur ce qu’il convient d’appeler le cas Tidjane Thiam ?
Sur la question Thiam, il convient de le voir sur trois aspects : l’aspect fonctionnement interne du PDCI, l’aspect du procès à lui intenté au niveau de la justice, et l’aspect sur sa nationalité. Permettez que je m’attarde sur l’aspect de sa nationalité. C’est moi, en tant journaliste, qui ai fait une enquête au moment du vote de la loi sur l’apatridie en 2017. C’est moi, le premier à rendre public l’article 48. Cet article qui existe depuis 1961 retirait de fait la nationalité à beaucoup d’ivoiriens de la diaspora sans qu’ils ne sachent. Quand M. Thiam arrive en côte d’ivoire, et qu’il manifeste le désir d’être candidat, on lui oppose cet article de loi. En 1987, il s’était naturalisé français. Donc, de fait, il perdait la nationalité ivoirienne au regard de l’article 48. Aujourd’hui, il a renoncé à cette allégeance à la nationalité française, il a donc réintégré la nationalité ivoirienne. Au niveau de la justice, on l’accuse de s’être inscrit sur la liste électorale en n’étant plus ivoirien. (…) La décision qui a été rendue est trop soumise à interprétation. Prenons mon cas, en 2023, à Tiassalé , où j’avais demandé la radiation de trois individus que je soupçonnais de s’être inscrit frauduleusement sur la liste électorale. J’ai contesté leur nationalité devant le juge du contentieux électoral. Le juge m’a répondu qu’il n’était pas compétent. Qu’en matière de nationalité, seul le procureur peut engager des poursuites. J’ai été par conséquent débouté. Sur ses conseils, j’ai saisi le procureur pour la même question ; l’affaire est en cours. Je m’étonne que pour une affaire similaire à Abidjan, le juge se montre compétent dans le cas de M. Thiam et le radie de la liste électorale. La radiation de M. Thiam de la liste électorale est contraire à l’esprit de la loi. Le fait même que le ministre de la Justice produise un communiqué pour préciser ce qu’il avait déjà précisé ( rires…) , la montée au créneau du directeur des affaires juridiques prouvent qu’il y’a un malaise.
Où en êtes-vous dans votre combat contre la fraude liée à l’identité ivoirienne ?
Nous sommes totalement décomplexés vis-à-vis de la question de la fraude sur la nationalité. J’ai tiré la sonnette d’alarme sur la question de la fraude en 2017, il y avait beaucoup de peur car on sortait de la guerre. Aujourd’hui, l’Etat à travers l’oneci essaye d’apporter des solutions face à ce phénomène. Le ministre de l’intérieur a même reconnu qu’il y a une fraude massive sur la nationalité visible avec la vague des migrants bravant la mer pour aller en Europe. Au dernier recensement nous dénombrons 29 millions d’habitants dont 7 millions d’étrangers. A l’ADCI, nous pensons qu’il faut regarder à froid la question de l’immigration, de la nationalité. Les gens ont usé de carte d’identité ivoirienne pour se fabriquer d’autres ivoiriens. Qui rentre sur le territoire ? Avec quelles compétences ? Quel est le niveau de démographie, en vue ‘une meilleure planification en termes d’éducation, santé et logement ? Comment juguler l’immigration ? Toutes ces questions doivent faire l’objet d’un examen approfondi. En rendant plus sûr notre état civil.
« Le Rotary n’est pas une secte, mais une association humanitaire d’hommes et de femmes qui, chaque jour, œuvrent pour le bien dans le monde », a tenu à préciser Abou-Bakar Ouattara, Gouverneur élu du Rotary International pour le District 9101. Il intervenait à la tribune Esprit d’Équipe, organisée ce mercredi 28 mai 2025 à Abidjan-Plateau sur le thème : « Le Rotary et le sociétal : mythe ou réalité ? »
Face à certaines idées reçues, M. Ouattara a réaffirmé les valeurs de solidarité et de service qui fondent l’organisation. « Si vous êtes capable de faire le bien, peu importe l’échelle, rejoignez-nous. Le bien n’a pas de prix. Qu’il vaille un milliard ou un million, un acte de bienfait peut transformer le monde. » Il a également encouragé la société à s’impliquer dans la communication des actions du Rotary. « Soyez les relais de cette parole : le Rotary fait le bien dans le monde. Ensemble, nous bâtirons un monde meilleur. » invite-t-il.
Selon M. Ouattara, les stéréotypes entourant le Rotary trouvent leur origine dans un déficit de communication. « Le Rotary est une organisation vieille de 120 ans. Pendant longtemps, nous avons agi discrètement, selon l’adage : la main droite ne doit pas savoir ce que donne la main gauche. Il y a une quinzaine d’années, nous avons pris la décision d’ouvrir davantage notre action au public et aux médias. ». Cette nouvelle posture explique la participation à des événements comme Esprit d’Équipe, qui permettent au Rotary de se rapprocher du grand public et de partager ses valeurs.
En marge de cette rencontre, le Gouverneur élu a annoncé le lancement prochain d’une campagne de sensibilisation pour la paix, en prélude à l’élection présidentielle de 2025 en Côte d’Ivoire. « Il est essentiel que les Ivoiriens puissent évoluer dans un cadre apaisé. Là où nous sommes présents, nous travaillons chaque jour à instaurer des environnements harmonieux. »
Mahama Coulibaly, PDG de l’agence Esprit d’Équipe, organisatrice de l’événement, a souligné la portée de cette tribune dans sa mission de valorisation des figures inspirantes. « À travers cette initiative, nous voulons promouvoir les leaders communautaires engagés dans le co-développement en Afrique. Dans un contexte marqué par l’individualisme et la fausse solidarité, il est crucial de remettre en lumière ceux qui, avec constance et conviction, œuvrent pour l’intérêt collectif. »
Par cette démarche dit-il, Esprit d’Équipe entend contribuer à raviver l’esprit communautaire, aujourd’hui fragilisé, en mettant en avant des acteurs engagés, comme le Rotary, qui incarnent encore les valeurs de solidarité, de paix et de progrès partagé.
Le Président de la République, Alassane Ouattara, a salué le 27 mai 2025, le bilan de l’administration sortante du Groupe de la Banque africaine de développement (Bad) et mis en exergue son rôle de soutien inégalé aux économies du continent.
Le Chef de l’exécutif ivoirien s’exprimait au Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire, à la faveur de la cérémonie d’ouverture officielle des Assemblées annuelles de l’institution financière panafricaine. « Malgré les difficultés que le continent éprouve ces derniers temps, la situation aurait été pire n’eut été l’intervention de la Banque africaine de développement », a-t-il déclaré.
Il a indiqué que la place de la Bad sur le continent est plus que jamais centrale, d’autant plus que de nombreux facteurs exogènes – notamment les pénuries de produits importés par l’Afrique, l’augmentation des taxes commerciales par l’administration Trump et l’inflation – sont loin de trouver des solutions. Tant les positions sont éloignées sur les différents sujets. « Les fondements même du multilatéralisme sont remis en question et l’heure est plus grave pour les pays fragiles et les économies africaines », a-t-il relevé.
Le Président de la République s’est donc inquiété de ce que « toutes ces évolutions risquent de fragiliser davantage les pays en développement et particulièrement les économies africaines en accentuant les pressions inflationnistes, les risques de surendettement, les déséquilibres macroéconomiques et les injustices sociales ».
En conséquence, « dans ce contexte délétère, les perspectives économiques mondiales restent modestes et celles de l’Afrique – bien qu’en légère hausse – restent insuffisantes pour répondre au besoin de transformation du continent et surtout de protection des populations », à en croire le Président Ouattara. Ce, quand bien même les taux de croissance à l’échelle mondiale et africaine sont respectivement projetés à 3,1 % sur la période 2026 – 2030 et de 3,3 % en 2024 à 4 % en 2026, selon le Fonds monétaire international (Fmi). D’où son appel à des investissements massifs dans les secteurs sociaux, la mobilisation stratégique des leviers de croissance – en particulier le capital humain – dans l’innovation.
Adesina – Kaba, « un couple efficace » au profit de la Côte d’Ivoire
Kaba Nialé, également présidente du Conseil des gouverneurs de la Banque africaine de développement (BAD), a salué le mardi 27 mai 2025 à Abidjan, le leadership du président sortant de la BAD, Akinwumi Adesina, à la tête de l’institution depuis 10 ans.
Alassane Ouattara s’est également félicité de la bonne coopération que la Bad a entretenu avec la Côte d’Ivoire durant la dernière décennie. Il a attribué cette collaboration fructueuse à l’engagement dont ont fait preuve le président sortant du Groupe de la Bad, Dr Akinwumi Adesina et la ministre de l’Économie, du Plan et du Développement, Nialé Kaba. Saluant particulièrement le leadership d’Akinwumi Adesina, le Chef de l’État a souligné « une approche intégrée qui a permis de recentrer l’action de la Banque sur les leviers essentiels d’un développement inclusif ».
Le Président de la République a par ailleurs lancé un message d’encouragement aux médias africains qui s’engagent désormais dans la promotion du nouveau récit qui porte l’écriture d’une autre histoire de l’Afrique, pour en montrer les réalités et le potentiel socio-économique, politique et social. « Je salue les représentants de tous les médias nationaux et internationaux venus de tous les continents. Je souhaite que les médias montrent les aspects positifs et réjouissants de notre continent. Car les Africains font beaucoup d’efforts et cela n’est pas très bien réalisé au niveau des télévisions internationales », a-t-il suggéré. Soulignant que « l’Afrique a besoin d’encouragements et de quelques bonnes nouvelles », malgré le contexte international tendu – notamment en Europe de l’Est et au Moyen-Orient – qui l’affecte forcément.
Le Président Ouattara a profité de l’occasion pour rendre hommage à ses pairs qui ont effectué le déplacement d’Abidjan. Ce sont notamment le Ghanéen, John Dramani Mahama ; le Comorien, Mohamed Azali et l’ancien Président mozambiquain, Joakim Chisano. Sans oublier le Premier ministre nigérien et les autres chefs de gouvernement et représentants de Chefs d’Etat. Des salutations ont aussi été adressées au Secrétaire général des Nations unies, Antonio Gutteres qui s’est exprimé par visio-conférence.