Présenté par la justice ivoirienne comme l’élément central d’un réseau présumé de détournement de 1,6 milliard de FCFA au sein de la SNEDAI (groupe Bictogo), Kouamé N’Da Yves, ancien Directeur administratif et financier (DAF) du groupe, aujourd’hui en exil, a accordé une interview à la suite du verdict rendu à Abidjan.
Dans cet entretien, le DAF en fuite tente de se défendre face aux accusations qui ont conduit à sa condamnation. Une interrogation persiste toutefois dans l’opinion : pourquoi ne pas comparaître si l’on se dit innocent ?
Lorsqu’on estime n’avoir rien à se reprocher, on se présente devant la justice pour faire valoir ses arguments. On ne se soustrait pas à un long procès, encore moins à la décision des juges. La fuite alimente inévitablement les interrogations et renforce le doute dans l’opinion publique.
Sur quels éléments les magistrats se sont-ils appuyés pour rendre leur décision ? Quels faits, quelles preuves, quels témoignages ont motivé la condamnation ? Autant de questions essentielles qui méritent d’être posées dans un dossier aussi sensible, impliquant des montants importants et un groupe stratégique.
Dans sa prise de parole, Yves Kouamé conteste la version des faits présentée par l’accusation et dénonce ce qu’il considère comme une injustice. Reste que, pour une partie de l’opinion, son absence physique au procès pèse lourd dans l’appréciation de sa crédibilité.
L’absence du principal concerné au procès soulève des questionnements, d’autant plus que l’affaire, dite « SNEDAI 2 », a connu son épilogue le mardi 3 février 2026 devant le Pôle pénal, économique et financier (PPEF).
Les prévenus étaient poursuivis pour association de malfaiteurs, faux et usage de faux en écriture de commerce ou de banque, blanchiment de capitaux et complicité d’abus de biens sociaux.
Au-delà du cas individuel, cette affaire relance le débat sur la gouvernance, la transparence et la responsabilité des dirigeants dans les grandes entreprises opérant en Côte d’Ivoire.
Trois prévenus blanchis
À l’issue des débats, trois prévenus ont été totalement acquittés, le tribunal les ayant déclarés non coupables des faits qui leur étaient reprochés.
Le DAF lourdement condamné
En revanche, le DAF de SNEDAI, Kouamé N’Da Yves, actuellement en fuite, a été reconnu coupable de l’ensemble des charges retenues contre lui. Il a été condamné à :
- Sept (7) ans de prison ferme ;
- Une amende de 5,538 milliards de FCFA ;
- Des peines complémentaires comprenant :
- L’interdiction des droits civils et politiques pour une durée de trois ans ;
- L’interdiction d’exercer toute fonction publique ;
- L’interdiction d’émettre des chèques et d’utiliser des cartes bancaires pendant cinq ans.
Le tribunal a par ailleurs décerné un mandat d’arrêt à son encontre.
Le cas d’Opy Guy Roland
Concernant Opy Guy Roland, également poursuivi dans ce dossier, des informations concordantes font état de son décès. Toutefois, le tribunal n’ayant pas été officiellement saisi de cette information ni en ayant fait le constat formel, il a statué sans en tenir compte.
Sanctions contre Porcelastone Group
La société Porcelastone Group SARLU a été condamnée au paiement d’une amende de 8,395 milliards de FCFA. Le tribunal a en outre ordonné la fermeture définitive de l’entreprise.
Réparation au profit de SNEDAI
Constituée partie civile, la société SNEDAI a obtenu la condamnation des prévenus au paiement de 1,678 milliard de FCFA à titre de dommages et intérêts.
Au-delà des sanctions prononcées, cette affaire relance le débat sur la gouvernance d’entreprise, les mécanismes de contrôle interne et la responsabilité pénale des dirigeants dans les grandes structures opérant en Côte d’Ivoire.

















































