Adieu les euro-obligations : Le Ghana utilisera son or pour renforcer ses réserves de change

0
5
DR CASSIEL ATO FORSON - LINISTRE DE L'ÉCONIE GHANA (PH:DR)
DR CASSIEL ATO FORSON - LINISTRE DE L'ÉCONIE GHANA (PH:DR)

Tournant le dos au FMI et au levées sur les marchés financiers, Accra change sa stratégie et misera désormais sur l’or pour constituer ses réserves de changement. C’est la nouvelle politique monétaire du Ghana qui entend accumuler 127 tonnes d’or par an pour ses réserves.

Au Ghana, c’en est fini pour les emprunts coûteux, place à l’or pour constituer les réserves. 
Accra a décidé de changer son fusil d’épaule. Face au coût exorbitant des emprunts internationaux, le pays a choisi de miser sur ses 
ressources naturelles  pour renforcer ses réserves de change.
 La nouvelle politique a été dévoilée ce mercredi 25 février 2026 au Parlement par le ministre des Finances, le Dr Cassiel Ato Forson. Baptisée Ghana Accelerated National Reserve Accumulation Policy (GANRAP), 
cette stratégie vise à porter les réserves du pays à l’équivalent de 15 mois de couverture des importations d’ici la fin 2028. Actuellement, le Ghana dispose de réserves représentant 5,7 mois d’importations. L’objectif est ambitieux, mais les autorités estiment avoir trouvé la bonne méthode pour l’atteindre.

L’or comme pilier de la nouvelle stratégie

Le cœur du dispositif repose sur l’achat systématique d’or produit localement. Le Ghana Gold Board  (GoldBod), créé par la loi de 2025, sera chargé d’acquérir chaque semaine environ 3,02 tonnes de métal précieux. Sur ce total, au moins 2,45 tonnes proviendront du secteur minier artisanal et à petite échelle, tandis que 0,57 tonne supplémentaire sera prélevée sur la production des grandes mines via un droit de préemption de l’État. L’or ainsi collecté sera raffiné sur place, puis intégré aux réserves physiques du pays. Précision importante : il ne pourra être vendu qu’avec l’accord préalable du Cabinet et du Parlement. Une manière de s’assurer que cette richesse nationale sert bien l’intérêt général et ne soit pas délabrée. Les chiffres présentés par le ministre des Finances donnent la mesure du changement. Entre 2017 et 2024, le Ghana a dépensé pas moins de 3,84 milliards de dollars en paiements d’intérêts, plus 7,3 milliards de cédis supplémentaires, pour constituer ses réserves via des émissions d’euro-obligations et des swaps de devises. Une facture salée qui a lourdement pesé sur les finances publiques.

À titre de comparaison, le GoldBod a généré environ 10 milliards de dollars de devises en 2025 pour un coût opérationnel de seulement 214 millions de dollars.

La démonstration est faite. «  L’accumulation de réserves soutenues par l’or est rentable et durable  », a souligné le Dr Forson devant les députés. Le ministre a directement lié ce choix à la crise de la dette qu’a traversée le Ghana en 2022. «  Emprunter pour soutenir l’accumulation de réserves conduit inévitablement à un surendettement  », at-il expliqué. Une leçon que les autorités entendent bien appliquer. La feuille de route est précise. D’ici fin 2026, le Ghana étau 8,6 mois de couverture d’importation, puis 11,8 mois fin 2027. Pour y parvenir, il faudra ajouter chaque année environ 9,5 milliards de dollars aux réserves brutes. Sur trois ans, le gouvernement prévoit de mobiliser environ 127 tonnes d’or par une source du seul secteur artisanal et à petite échelle. Aux cours actuels, cela pourrait représenter plus de 20 milliards de dollars de devises chaque année. De quoi changer la donne pour l’économie ghanéenne.

Un plan global pour le pays

Le GANRAP ne se limite pas à l’or. Il intègre également des mesures structurelles pour augmenter les flux de dispositifs vers le pays. Parmi elles : le développement des exportations non traditionnelles, la relance de la production de cacao, l’expansion des plantations de palmiers à huile, l’accélération de l’exploitation du champ pétrolier de Pecan, et une politique de transformation du gaz en électricité pour réduire les sorties de dispositifs du secteur énergétique. Cette approche globale vise à diversifier les sources de revenus en devises et à réduire la dépendance du pays aux marchés financiers internationaux. Avec cette politique, le Ghana rejoint un petit groupe de pays africains ayant adopté une stratégie de réserves basée sur leurs ressources naturelles plutôt que sur l’endettement. Une voie que d’autres nations du continent pourraient être tentées de suivre, tant les avantages semblent évidents. La mise en œuvre effective du dispositif, la capacité à mobiliser les 127 tonnes d’or annuelles promises et l’évolution des cours du métal précieux seront déterminantes. Le gouvernement ghanéen affiche déjà sa détermination à tourner la page des emprunts coûteux et à construire une souveraineté économique fondée sur ses richesses naturelles.


Leave a reply

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici