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Un ex-agent-secret français raconte l’action souterraine de la France , auprès d’Idriss Déby, d’Henri Konan Bédié, de Robert Gueï ou de Laurent Gbagbo

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Un ex-agent de la DGSE raconte dans son livre les secrets de la perte d'influence de la France en Afrique.Les confidences d’un ex-agent de la DGSE sur la fin de la Françafrique

Géopolitique. Dans ses Mémoires, l’ex-chef du secteur « Afrique noire » de la DGSE, Jean-Pierre Augé, met en lumière les raisons de la perte d’influence de la France sur le continent.

La scène est inimaginable aujourd’hui. Le 2 juin 1996, le Tchad est en ébullition. Le pays vient de voter lors de son premier scrutin pluraliste au suffrage universel. Le général Déby, qui a pris le pouvoir par les armes six ans plus tôt, est candidat à son maintien en poste. Quelques heures après le dépouillement, Jean-Pierre Augé, agent de la DGSE, est « le premier étranger informé des résultats officieux du scrutin ». Il occupe une place essentielle dans le dispositif de renseignement français sur le continent.

En tant que membre du SR/N, le secteur Afrique noire – comme on disait à l’époque – de « la Boîte », il est conseiller spécial du président tchadien, au point que son bureau jouxte celui du chef de l’Etat. C’est donc lui qui téléphone en France pour informer de sa victoire avec 60 % des voix. Ces résultats confidentiels sont accueillis avec circonspection par Paris, qui lui prie de convaincre Déby d’organiser un second tour. « Sa victoire n’en sera que plus crédible, notamment aux yeux de la communauté internationale. Vous comprenez ? », lui indiquent ses chefs. La boule au ventre, Augé s’exécute. Déby laisse un long silence, puis accepte. « Au Tchad, ce jour, la France-Afrique est bien vivante, et mon poste de conseiller spécial, pleinement justifié ! » raconte Jean-Pierre Augé dans son livre, Afrique Adieu

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OBSERVATIONS

CE QUE DIT L’ÉDITEUR

Pendant près de 20 ans, Jean-Pierre Augé a été l’une des chevilles ouvrières des services spéciaux français en Afrique.

Dans Afrique adieu, il raconte l’action secrète de la France dans ses anciennes colonies africaines où recrutements et manipulations de sources humaines clandestines sont le lot commun du métier pour recueillir le renseignement à haute valeur ajoutée.

Tour à tour officier de liaison auprès des autorités nigériennes durant la rébellion touarègue, conseiller spécial du président tchadien Idriss Déby, chargé de mission à la présidence ivoirienne sous les mandats d’Henri Konan Bédié, du général putschiste Robert Gueï sans oublier Laurent Gbagbo, le colonel Augé a été durant toutes ces années un témoin de premier plan de l’évolution hors-norme qu’a connu le continent africain.

Dans ce livre de mémoires, il fait découvrir au lecteur pour la première fois « SR/N », le secteur Afrique noire de la DGSE, un département opérationnel mythique des services secrets français, en rendant hommage à ses prédécesseurs à la tête de ce secteur et aux hommes de l’ombre de la DGSE engagés sur le terrain africain.

À l’heure où les anciennes colonies africaines tournent le dos à la France, ce récit permet de mieux saisir le dessous des cartes et notamment la perte d’influence de notre pays depuis le trépas de la France-Afrique. Un témoignage rare et authentique.

RÉSUMÉ

Membre des services secrets français en Afrique pendant près de vingt ans, l’auteur raconte l’action souterraine de la France dans ses anciennes colonies, auprès notamment d’Idriss Déby, d’Henri Konan Bédié, de Robert Gueï ou de Laurent Gbagbo.

——————————————————–[Bonnes feuilles] « Afrique Adieu », un agent de la DGSE balance sur les dessous de la France-Afrique

Dans « Afrique Adieu. Mémoires d’un officier du secteur Afrique noire de la DGSE » (Mareuil Éditions), Jean-Pierre Augé dévoile, au travers du récit de sa carrière d’agent des services spéciaux, l’action secrète de la France sur le continent africain. Manipulations, réseaux parallèles, valises de billets, perte d’influence française, le militaire raconte tout. Quitte à déranger. Extraits exclusifs.

Il fallait bien quelqu’un pour tenir le rôle de paratonnerre. Bernard Émié, à la tête de la Direction générale de la Sécurité extérieur (DGSE) de 2017 à janvier 2024, était tout désigné pour l’incarner. Les différents coups d’États en Afrique de l’Ouest ou l’incapacité pour les services français de prévoir l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, contrairement à la CIA, ont mis Emmanuel Macron dans tous ses états. Les succès de l’ambassadeur contre le terrorisme ou la qualité des informations sur la mutinerie de Prigojine, le patron de Wagner, contre Poutine, ne lui auront pas permis d’éviter les foudres jupitériennes.

Pour autant, le maître espion Émié est-il vraiment le seul responsable ? Rien n’est moins sûr à la lecture du livre de Jean-Pierre Augé Afrique Adieu à paraître le 4 avril aux éditions Mareuil. Au fil des 335 pages qui reviennent sur le parcours de cet agent secret de la DGSE, militaire et homme de terrain qui finira sa carrière comme chef du secteur Afrique noire « SR/N », la France semble depuis longtemps s’être condamnée à une certaine cécité en matière de renseignement sur le continent africain. Longtemps l’un des terrains privilégiés de la DGSE, les affaires africaines ont peu à peu été abandonnées. Plusieurs raisons à cela selon lui.

D’abord, le goût trop prononcé de certains hommes politiques pour les réseaux parallèles et concurrents à la DGSE : « Jacques Foccart est incontestablement le maître d’œuvre de cette politique déviante de « trouble coopération » qui brouilla la vocation même de la France-Afrique (…) telle que souhaitée par de Gaulle », écrit l’ancien officier traitant.

Un poids dont on comprend mieux l’intérêt à l’occasion de cette anecdote rapportée par Jean-Pierre Augé : alors jeune agent soucieux de rendre compte de tout ce qu’il observe, il se fera sérieusement tancer pour avoir signalé les tribulations de « l’émissaire d’un candidat à la magistrature suprême », lors de la campagne présidentielle de 1995, pour faire appel à la « générosité de certains chefs d’États africains du pré carré, piliers de la France-Afrique ». Heureusement pour lui (et sa carrière), « le bénéficiaire de ses largesses n’est finalement pas élu ».

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