Après le coup d’Etat contre le président Mohamed Bazoum et des manifestations ouvertement antifrançaises, la France a commencé à évacuer une partie de ses 1 200 ressortissants qui vivent dans le pays.

Au milieu du flot des touristes et de Franciliens de retour de vacances, les premiers ressortissants français évacués du Niger sont arrivés sous une pluie battante à l’aéroport Charles-de-Gaulle, mercredi 2 août vers 1 h 30 du matin.

Une semaine après le coup d’Etat perpétré contre le président Mohamed Bazoum, mercredi 26 juillet, ce premier vol ayant décollé de Niamey à 20 h 20 comptait à son bord 262 passagers « dont une douzaine de bébés », selon Catherine Colonna, cheffe de la diplomatie française.

Parmi eux, quelques ressortissants européens (Belges, Portugais…) et une grande majorité de Français, comme Charles, la quarantaine. « Le rapatriement a été très bien organisé et je suis content d’être rentré, a-t-il déclaré devant une nuée de journalistes et de photographes. Mais je suis triste de quitter le Niger. Je vais suivre attentivement la situation dans les jours qui viennent. » Bernard, envoyé en mission pour l’Union européenne, n’a eu le temps d’emmener que deux ordinateurs portables, deux T-shirts et une paire de chaussettes : « J’ai préféré partir même si la situation à Niamey était calme et que tous les habitants vaquaient tranquillement à leurs occupations. »

« En organisant cette évacuation, l’Etat français a joué la carte de la prudence et il a eu raison, a ajouté Patrick, qui effectuait une formation pour le compte des Nations unies. Je repars plus tôt que prévu, au bout de deux semaines seulement, mais je suis heureux d’être ici. »

Un deuxième vol, comprenant encore une majorité de Français mais également des Indiens, des Américains et des Autrichiens, doit arriver dans les prochaines heures. Un troisième devrait suivre quelques heures plus tard. Mardi, l’Allemagne a incité « tous ses ressortissants à Niamey » à accepter l’offre de la France. Les Etats-Unis ont de leur côté estimé qu’il n’y avait « aucune indication de menaces directes visant des citoyens américains », et qu’aucune évacuation menée par Washington n’était envisagée pour le moment.

« La priorité est la sécurisation des personnes »

Tous les Français évacués vont maintenant être suivis par le centre de crise du ministère des affaires étrangères et différents ministères sociaux afin de leur offrir un accompagnement classique, notamment psychologique, « et qu’ils gèrent au mieux cette situation difficile », a indiqué une source proche du dossier. Une dizaine de membres de la Croix-Rouge les attendaient dans le hall d’arrivée du terminal 3 de l’aéroport après leur descente d’avion.

L’opération a été organisée en accéléré. Les Français ont été informés à 2 h 30 du matin, dans la nuit de lundi à mardi, qu’une évacuation était organisée. Dans la foulée, un communiqué du ministère des affaires étrangères a expliqué que « compte tenu de la situation à Niamey, des violences ayant eu lieu contre l’ambassade de France dimanche 30 juillet et de la fermeture de l’espace aérien (…) la France préparait l’évacuation de ses ressortissants et des ressortissants européens » pour ceux qui le souhaitaient

Dans l’après-midi de mardi, un A330 et un A330 multirôle ravitailleur aménagé pour des passagers s’étaient posés sur l’aérodrome civil de Niamey. Mis en alerte dans la nuit du 31 juillet au 1er août, les appareils avaient décollé au petit matin de la base d’Istres (Bouches-du-Rhône). « Ce sont des avions non armés. La priorité est la sécurisation des personnes », avait assuré l’état-major des armées.

Alors que la situation dans la ville était stable mardi, les Occidentaux voulant quitter le Niger se sont rendus à l’aéroport à bord de véhicules privés et en emportant un seul bagage. Ils ont ensuite été enregistrés par des militaires français avant d’embarquer. « Cette opération doit se faire sur un laps de temps très court. Elle devrait se poursuivre jusqu’à demain [mercredi] et arriver à son terme », a fait savoir le Quai d’Orsay. « Nous avons essayé de contacter tous les Français afin de leur proposer un départ, explique le ministère. Mais il y en a qui ont souhaité rester. » Leur nombre n’a pas été précisé.

L’évacuation intervient au moment où de nombreux ressortissants occidentaux vivants au Niger sont partis en vacances, ce qui rend difficile l’estimation précise du nombre de Français qui sont effectivement présents à Niamey en ce début août. « Sur les 1 200 Français enregistrés sur les listes consulaires, près de 600 ont manifesté leur souhait de partir. Nous sommes également en contact avec des Belges, des Luxembourgeois, des Néerlandais… », ajoute le Quai d’Orsay.

« Décision radicale »

Cette évacuation se déroule alors que le chef de l’Etat nigérien, Mohamed Bazoum, est séquestré depuis le 26 juillet dans sa résidence présidentielle par les hommes du général Abdourahamane Tiani, ancien chef de la garde présidentielle, proclamé chef du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP).

Ce sixième putsch militaire en trois ans en Afrique de l’Ouest a été sévèrement condamné par les Occidentaux (France, Union européenne et Etats-Unis), qui avaient fait du Niger un allié clé dans la lutte contre le djihadisme au Sahel, par l’ONU et l’Union africaine (UA) mais également par la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao). Dimanche, les dirigeants de la sous-région ont fixé un ultimatum d’une semaine aux putschistes pour un « retour complet à l’ordre constitutionnel » sans exclure dans le cas contraire de recourir « à la force », à savoir lancer une opération militaire régionale destinée à les déloger

« L’attaque contre l’ambassade de France, les arrestations de plusieurs ministres proches du président Bazoum [dont celui du pétrole, fils de l’ancien président Mahamadou Issoufou], la présence d’acteurs très hostiles sur le terrain et la fermeture des frontières ont créé un cumul d’événements ayant incité la France à déclencher cette évacuation, a déclaré le Quai d’Orsay qui a organisé l’opération conjointement avec le ministère des armées. Ce n’est pas parce qu’on évacue nos ressortissants qu’on ne poursuit pas nos efforts pour soutenir la Cedeao à rétablir l’ordre constitutionnel et le président Bazoum dans ses fonctions. »

Parmi les Français du Niger, certains considérent que ce départ est précipité. « L’ambassade a pris une décision radicale en évacuant les ressortissants de façon prématurée, déplore une Française vivant à Niamey et souhaitant conserver l’anonymat. La capitale est calme et sereine. » Selon elle, de nombreux expatriés ne voudront pas partir par crainte de voir leurs investissements réduits à néant : « Beaucoup de Français ont une entreprise ici… D’autres ont la double nationalité. Ils connaissent bien les Nigériens et ce n’est pas la première fois qu’ils vivent un putsch dans ce pays. Partir, c’est aussi laisser la place à la junte militaire et la plupart le refusent. »

« On nous explique qu’il n’y aura pas d’opération militaire de la France et dans le même temps on organise une évacuation, s’agace un autre ressortissant resté au Niger. On n’y comprend plus rien. Ça crée un certain malentendu. »

 

 

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2 Commentaires

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