Les pays en développement souffrent d’un manque criant d’investissements. Pour Philippe Zaouati, spécialiste de la finance durable, les solutions existantes doivent passer à grande échelle, alliant acteurs publics et privés.

Quelques pourcents. C’est la part que les grands investisseurs européens et américains consacrent aux pays en développement. Les investissements dans les pays du Sud restent marginaux, freinés par la perception d’un risque élevé, des réglementations peu accommodantes et un appétit pour le risque trop faible. Or, c’est bien dans les pays émergents que se jouera en grande partie la réussite de la lutte contre le changement climatique. Les pays du Sud combinent en effet des besoins considérables pour assurer la prospérité de leurs populations, et une nécessité vitale de s’adapter aux conséquences du dérèglement du climat dont ils sont les premières victimes. Face à cela, les politiques publiques des pays du Nord restent concentrées sur leurs territoires et sur la compétitivité de leurs économies. Que ce soit dans le Green Deal européen, ou de façon encore plus caricaturale dans l’Inflation Reduction Act des Etats-Unis, les fonds publics sont majoritairement fléchés vers les pays du Nord.

Le Sommet pour un nouveau pacte financier tentera d’apporter des solutions à cet enjeu crucial pour réinventer le système politique financier international. Comment répondre à la fois aux besoins de développement et à la crise climatique ? Comment réinventer les mécanismes internationaux d’aide au développement, nés après la Seconde Guerre mondiale, et qui ne sont plus adaptés aux problèmes de notre temps ? Comment, enfin, passer d’une logique d’aide et de subventions à celle d’un partenariat incluant non seulement les bailleurs publics, mais aussi et surtout les financeurs privés ?

Des financements mixtes pour drainer les investisseurs privés

Afin de répondre à ces besoins de développement et à la crise climatique, des mécanismes innovants doivent être déployés. Tout d’abord, le financement mixte, blended finance en anglais, consistant en l’utilisation d’instruments de financements publics afin de permettre d’attirer des financements privés, pourrait aider à répondre aux besoins d’atténuation du changement climatique. Ainsi, les banques multilatérales de développement et les institutions financières internationales ont un rôle crucial à jouer pour attirer des capitaux privés beaucoup plus importants. Ces derniers peuvent fournir une assistance technique, aider à développer des projets, améliorer la capacité institutionnelle des gouvernements et renforcer les marchés obligataires en monnaie locale afin d’élargir l’éventail des investisseurs internationaux. Cependant, il faut que ces financements mixtes soient réalisés à une plus grande échelle. Cela nécessite un effort mondial et coordonné à la fois des institutions financières multilatérales, des pouvoirs publics et du secteur privé.

Arrêtons d’envisager le financement de l’adaptation et de la lutte contre le changement climatique dans les pays émergents par le seul prisme de l’aide publique au développement ! Face aux besoins massifs, il est urgent de combiner financements publics et privés pour décupler les investissements et démontrer qu’il est possible pour le secteur privé de jouer un rôle clef dans ces pays. C’est une nécessité mais aussi une responsabilité que nous avons. Face à une certaine captation des richesses et matières premières, utilisées principalement pour alimenter la consommation insatiable de nos économies du Nord, nous devons également réfléchir à une contribution plus positive dans les pays qui sont les premiers à être affectés par le changement climatique.

Besoin d’un marché du carbone fiable

De la même manière, des financements innovants basés sur le marché volontaire du carbone peuvent permettre d’attirer davantage de capitaux vers l’atténuation du changement climatique et vers la protection et la restauration de la nature. En effet, les marchés volontaires du carbone permettent aux émetteurs de carbone, en plus de leur effort indispensable de réduction, de compenser en partie leurs émissions résiduelles en finançant des projets visant à éliminer ou à réduire les gaz à effet de serre de l’atmosphère, générant ainsi des crédits de carbone. Mais si nous voulons que ce marché se développe de manière intègre et efficace, il faut qu’il se structure autour de standards internationaux fiables et transparents, partagés par l’ensemble des acteurs, investisseurs, entreprises et Etats. Ainsi, d’autres initiatives et solutions basées sur la nature, telles que les certificats biodiversité pourront également se développer.

De manière plus générale, il est crucial que les financiers privés prennent conscience de leur rôle essentiel pour l’intérêt général. C’est encore plus vrai pour ceux qui prétendent être des « investisseurs durables ». La réallocation des flux financiers doit se faire de notre économie carbonée vers une économie neutre en carbone et respectueuse des limites planétaires, mais aussi des pays développés vers les pays émergents.

Philippe Zaouati, directeur général de la société de gestion d’actifs Mirova

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