Home Libre de Penser Analyses Trente ans de promotion de l’import-export africain : quel bilan ?

Trente ans de promotion de l’import-export africain : quel bilan ?

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ANALYSE – Au cours des trois dernières décennies, les valeurs des importations et des exportations africaines ont augmenté en moyenne de plus de 200%, se chiffrant désormais en plusieurs centaines de milliards de dollars et connectant le continent à la quasi-totalité de la planète. Résultat d’initiatives, d’investissements mais aussi de perturbations conjoncturelles, ces évolutions – qui n’ont pas permis de booster la part de l’Afrique dans le commerce mondial – ne représenteraient pas forcément le potentiel du continent.

Selon les données de la World Integrated Trade Solution de la Banque mondiale, les exportations africaines se chiffraient autour de 250 millions de dollars au début des années 1990. Elles s’établissent désormais à 724,1 milliards de dollars en 2022, soit une hausse de 189,64% de leur valeur en trente ans. Les importations aussi ont grimpé d’environ 253% sur la même période, passant d’environ 200 millions de dollars à 706 milliards de dollars. Des évolutions qui n’ont cependant pas permis de booster la part de l’Afrique dans le commerce mondial, resté à environ 3%, tout comme trente années auparavant, d’après les travaux de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

« Il y a trente ans, il fallait concevoir une autre Afrique »

Toutefois, les statistiques montrent que le continent fait beaucoup plus de business avec le reste du monde aujourd’hui qu’il y a trente ans. Les expéditions africaines arrivent sur plus de 185 marchés à travers le monde, les pays de l’Union européenne, l’Asie et les Etats-Unis étant en tête du club des clients et des fournisseurs de l’Afrique. Que s’est-il passé entre-temps ? « Il y a trente ans, personne ne voulait dealer avec l’Afrique. On enlevait l’Afrique du Nord, l’Afrique du Sud et le Nigeria, le reste du continent ne suscitait que le pessimisme chez les banques internationales qui soutenaient alors très difficilement le commerce africain », se souvient l’économiste de renom Christopher Edordu. Celui qui a été aux premières loges de la promotion mondiale de l’import-export africain en qualité de premier président d’Afreximbank en 1993, se souvient également du travail de reconstruction de l’image internationale du continent qu’il a fallu abattre. « Il fallait concevoir une autre Afrique, l’Afrique continentale qui intègre tout le continent sur le plan géographique. Cela nous a permis de transiter de la pessimiste Afrique à l’Afrique continentale, l’optimiste Afrique », explique-t-il.

Importations vs exportations

S’il y a cependant un regret qui persiste pour les promoteurs de l’import-export africain, c’est le fait que les importations africaines restent essentiellement faites de produits finis, de biens de consommation et d’équipement, tandis que les exportations -plutôt bon marché- sont toujours dominées par les matières premières brutes ou très peu transformées. En revanche, les exportations sont faites de produits agricoles (cacao, café, bois, coton, fruits et légumes,…), de produits énergétiques (pétrole, gaz naturel), de minerais (or, cuivre, charbon, diamants, cobalt, uranium, bauxite, fer…). D’ailleurs, dans son rapport publié en janvier 2022 sur l’état du commerce mondial, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) montre que l’Afrique est le continent le plus performant en termes d’exportations avec une hausse de 42% sur la seule période d’octobre 2020 à octobre 2021. Un résultat cependant attribué aux exportations des matières premières minérales et minières.

Pendant longtemps, l’Afrique du Sud a été l’un des rares pays du continent à briller à l’international sur le plan industriel, avec une concentration des implantations régionales des multinationales de divers secteurs, de l’agroalimentaire à l’automobile, entre autres. Mais ces dernières décennies, il s’est formé un club, quoique restreint. Une analyse de la Banque africaine de développement (BAD) indique que le pays de Nelson Mandela a été rejoint par quatre autres – l’Egypte, le Nigeria, le Maroc et l’Algérie – pour assurer, tous les cinq, près des deux tiers de la fabrication à valeur ajoutée du continent. Des contributions qui ont favorisé une augmentation de 17% de la valeur industrielle de l’Afrique en 2019, d’après la même source.

Et les capitaines d’industries locaux dans tout ça ?

Dans l’industrie automobile, à titre d’exemple, un pays comme le Maroc a pu bénéficier de la ruée de grands groupes internationaux comme le français Renault et sa fameuse usine de Tanger inaugurée en 2012, qui a littéralement boosté la performance à l’export du royaume chérifien, devenu un important exportateur de véhicules vers les marchés européens, avec à la clé le précieux transfert technologique. Mais au-delà des investisseurs étrangers, l’émergence de capitaines d’industrie africains au cours de ces trente dernières années n’expliquerait-elle pas  aussi cette progression de la valeur industrielle ?

Toujours au Maroc s’est observée cette dernière décennie une véritable poussée dans l’industrie pharmaceutique, avec l’émergence de groupes nationaux qui exportent notamment au Moyen-Orient avec des visées claires sur l’Europe. Le royaume chérifien peut également compter sur leadership mondial de l’Office chérifien des phosphates (OCP) dont les exportations couvrent quasiment toutes les régions du globe.

L’Algérie voisine brille sur ce plan notamment grâce aux investissements d’industriels tels qu’Issad Rebrab du conglomérat Cevital, qui est notamment impliqué de manière importante en France. L’Egypte peut quant à elle compter sur ses importantes familles d’industriels – dont les Sawiris – très portés notamment sur les marchés du Moyen-Orient. A l’Ouest, le Nigeria qui a su dynamiser son industrie et son commerce grâce à un environnement des affaires propice aux investissements des entrepreneurs locaux -comme les milliardaires Aliko Dangote, Mike Adenuga, ou Abdul Samad Rabiu – qui n’hésitent pas à se projeter vers les marchés occidentaux.

Le coup d’pouce de la mobilisation financière

Outre cela, les acteurs économiques attribuent en partie le développement à succès de l’import-export au secteur financier du continent. Outre les banques commerciales, les banques multilatérales placent toutes la valeur ajoutée industrielle au cœur de leurs stratégies. La BAD s’est donné comme une de ses cinq missions phares d’ « industrialiser l’Afrique », alignée aux objectifs de développement 2063 de l’Union africaine. Avec le projet de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), Afreximbank – qui jouit par ailleurs de plusieurs partenariat de financement avec les institutions étrangères dont l’Agence française de développement (AFD) – articule une grande partie de son action autour de l’émergence d’industries africaines, et ce, en dépit de la conjoncture internationale et du contexte socio-politique des pays, parfois instables. Avocate et entrepreneure, Angelle Kwemo en sait quelque chose. « Les institutions africaines ont l’Afrique dans leur cœur. Elles sont prêtes à prendre des risques là où les institutions internationales ne voudraient pas en prendre. J’ai par exemple un client au Soudan du Sud, la plus jeune démocratie qui a vraiment du mal à émerger, Afreximbank était prêt à y investir des millions de dollars. Personne d’autre ne l’aurait fait. Et après l’arrivée de la banque africaine, l’IFC [Société financière internationale, ndlr] est venue », explique-t-elle.

Le coût des importations, l’autre nerf de la guerre

Alors que le secteur a connu une relative baisse du coût des exportations au cours des dix dernières années, les coûts des importations sont quant à eux restés élevés et encore plus depuis la guerre en Ukraine qui – en raison du chamboulement des chaînes d’approvisionnement – a provoqué une inflation de laquelle plusieurs économies ont encore du mal à sortir… Bien avant ces événements qui bousculent les économies du monde, une étude commune de l’IFC et l’OMC imputait la hausse des coûts à l’import au coût élevé du financement du commerce dans les pays touchés par une quelconque instabilité, notamment en Afrique de l’Ouest. C’est justement (aussi) face à cette hausse des coûts à l’import que l’idée d’indépendance commerciale et industrielle, renforcée par les différentes crises internationales, a commencé à germer sur le continent, donnant lieu à des projets comme celui de la méga-raffinerie pétrolière au Nigeria, du milliardaire Aliko Dangote qui prévoit d’ailleurs, à terme, d’exporter.

Aujourd’hui, l’import-export africain évolue sur fond du déploiement de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) – dont la dernière actualité en date est la livraison via le port de Kribi au Cameroun de marchandises en provenance de Tunisie – mais aussi sur fond de la quête d’une plus grande part de l’Afrique dans le commerce mondial. Soulignons qu’en vue de toute cette effervescence continentale, de nombreux ports africains travaillent activement à leur montée en gamme avec, à chaque fois, l’ambition de se porter en hub sous-régional.

Avantages comparatifs

Pour des organisations comme le Fonds pour le développement des exportations en Afrique (FEDA) – lancé en 2021 avec comme mission de doper l’export à valeur ajoutée du continen – l’important dans la démarche continentale est de déceler les avantages comparatifs pour se positionner efficacement. Et sa directrice générale, Marlène Ngoyi, d’ajouter : « C’est la raison pour laquelle nous travaillons d’arrache-pied et investissons justement pour avoir de plus en plus des exportations compétitives sur les marchés internationaux ».

Ristel Tchounand

4 COMMENTS

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