30 ans après le génocide des Tutsi, le Rwanda se souvient. Un génocide qui a marqué l’histoire du pays et du monde, et que des chercheurs continuent d’étudier pour comprendre et empêcher de telles atrocités de se reproduire.

Kigali s’apprête à commémorer le 30ème anniversaire du génocide des Tutsis, un événement tragique qui a marqué le Rwanda à jamais. Le 6 avril, une cérémonie officielle a été organisée au mémorial national de Gisozi, où une flamme symbolique a été allumée pour marquer le début d’une période de deuil et de recueillement de 100 jours. Plusieurs délégations internationales, dont l’ancien Président américain Bill Clinton, sont attendues pour assister aux cérémonies.

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Le génocide des Tutsis, qui a eu lieu en 1994, a coûté la vie à environ 800 000 personnes. Aujourd’hui, 30 ans après, la génération née après le génocide s’engage à poursuivre le travail de mémoire et de transmission. Des jeunes participent aux préparatifs des commémorations, triant les vêtements des victimes et creusant la terre pour installer des plantes devant les mémoriaux. Pour les rescapés, la transmission de leur histoire aux générations futures est un défi important.

Silence brisé

Le silence, longtemps observé pour protéger les jeunes de la douleur, est désormais brisé par leur soif de vérité. Le devoir des aînés est de répondre aux questions de la jeunesse et de leur donner la force de continuer à vivre. Le 30ème anniversaire du génocide des Tutsis est un moment de réflexion et de commémoration, une occasion de regarder vers l’avenir certes, mais aussi comprendre ce qui s’est réellement passé.

Sources écrites et orales, témoignages, archives, documents officiels… Les historiens analysent tous les éléments à leur disposition pour décortiquer les causes du génocide, son déroulement, ses conséquences et ses implications pour la justice internationale. Un travail exigeant, souvent émotionnellement éprouvant, mais important pour faire face à ce passé douloureux.

Nouveaux champs d’exploration

Raphaël Nkaka, historien rwandais Tutsi, rescapé du génocide, insiste sur l’importance de l’objectivité scientifique et de la distance émotionnelle dans son travail. De son côté, Hélène Dumas, historienne française, a été marquée par le génocide lors d’un voyage au Rwanda, en 2004. Elle s’intéresse particulièrement au sort des enfants et à ceux qui ont sauvé des Tutsi, les « Justes ».

De nouveaux champs d’exploration se dressent. Il se pose beaucoup de questions, notamment comment les identités hutue, tutsie et twa ont-elles été manipulées pendant la période coloniale ? Les archives coloniales pourraient aider à mettre la lumière sur de nombreux faits. De nombreux documents inexplorés pourraient permettre d’apporter de nouvelles informations et éviter qu’un tel drame ne se reproduise.

Etienne Dione


Le Rwanda commémore le 30e anniversaire du génocide des Tutsi

Lors des commémorations marquant le 30e anniversaire du génocide des Tutsi, le président rwandais Paul Kagame a vivement critiqué la communauté internationale pour son inaction.

Les cérémonies officielles ont débuté dimanche 7 avril à la BK Arena de Kigali, pour rappeler les horreurs qui ont causé la mort de près d’un million de personnes, principalement des Tutsi, ainsi que des Hutu modérés, les deux principales ethnies du pays.

Dans son discours prononcé devant une foule nombreuse, Kagame a déclaré que la communauté internationale avait abandonné le peuple rwandais, que ce soit par mépris ou par lâcheté. Ses propos ont été appuyés par Moussa Faki Mahamat, président de la Commission de l’Union africaine (UA) qui a reconnu l’inaction de l’organisation continentale face à cette tragédie annoncée.

Paul Kagame, qui dirige le Rwanda depuis la fin du génocide, a allumé une flamme du souvenir au Mémorial de Gisozi en hommage aux victimes.

Plusieurs personnalités étrangères, dont l’ancien président américain Bill Clinton, en poste au moment du genocide rwandais, et le ministre français des Affaires étrangères Stéphane Séjourné ont également assisté à la cérémonie, marquant ainsi leur soutien.

Le président français, Emmanuel Macron, qui avait déjà reconnu en 2021 les « responsabilités » de la France dans le génocide, a exprimé une nouvelle fois des excuses pour le manque de volonté de Paris à arrêter les massacres.

Au Rwanda, des mesures ont été prises pour commémorer l’événement, telles que l’interdiction de musique dans les lieux publics et à la radio pendant sept jours, ainsi que l’interdiction de diffuser des événements sportifs et des films à la télévision, à moins qu’ils ne soient liés aux commémorations.

Les tueries de 1994, déclenchées après l’attentat contre l’avion du président hutu Juvénal Habyarimana, ont été marquées par une violence extrême alimentée par la propagande anti-Tutsi.

Même après trente ans, des charniers continuent d’être découverts, rappelant les horreurs de cette période sombre de l’histoire rwandaise.

Le Rwanda s’efforce depuis des décennies de réconciliation, notamment à travers des tribunaux communautaires où les victimes peuvent entendre les aveux des bourreaux.

Cependant, des centaines de personnes soupçonnées d’avoir participé au génocide restent en liberté, principalement dans les pays voisins.

Des appels ont été lancés par des organisations de défense des droits humains pour accélérer les poursuites contre les responsables du génocide, tandis que le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme a exhorté tous les États à redoubler d’efforts pour traduire en justice les auteurs présumés encore en vie.

LOS/APA avec AFP

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