Le monde s’embrase à un rythme effréné — prévisible, le changement climatique n’est pas pour autant assurable. À Paris, des chefs d’État tentent de réformer l’architecture financière mondiale pour s’aligner sur l’Accord de Paris.
Laurence Tubiana et Elliott Fox signent la pièce de doctrine pour comprendre comment.

Les crises imbriquées de la dette, du climat, de l’énergie et de l’instabilité financière resserrent leur emprise sur le monde. Ce n’est pas au moment où celles-ci culminent en cataclysmes qu’il faut dissimuler leur injustice.

L’été dernier, des inondations dévastatrices au Pakistan ont fait des milliers de victimes et bouleversé la vie de 33 millions de personnes. Cette catastrophe n’était pas « naturelle » : elle a été amplifiée par des décennies d’extraction de combustibles fossiles, bien au-delà du fleuve Indus1. Comme l’a clairement indiqué le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, c’était aussi la conséquence d’un « système financier mondial moralement en faillite », d’un cycle de la dette qui consacre plus d’argent aux créanciers qu’à des sociétés sûres et stables2.

Les souffrances du Pakistan relèvent d’une responsabilité commune. Si nous n’agissons pas, la catastrophe sera générale alors même qu’elle était prévisible. Le dernier rapport du GIEC indique que 3,3 à 3,6 milliards de personnes vivent actuellement dans des zones « très vulnérables » aux effets des phénomènes extrêmes, soit près de la moitié de la population mondiale3. Notre architecture financière n’est pas adaptée à ces défis. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), pour atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050, il faudrait tripler les investissements dans les énergies propres à l’échelle mondiale pour atteindre 4 000 milliards de dollars par an d’ici à 20304.

Les souffrances du Pakistan relèvent d’une responsabilité commune. Si nous n’agissons pas, la catastrophe sera générale alors même qu’elle était prévisible.

LAURENCE TUBIANA ET ELLIOTT FOX

Ce financement pourrait ouvrir la voie à un système énergétique propre qui nous placerait sur une trajectoire plus sûre, mais il ne prend pas en compte les coûts des chocs climatiques déjà en cours. Ce montant de mille milliards de dollars ne prend pas non plus la mesure de la situation géopolitique : outre les « actifs irrécupérables », nous commençons à peine à ajouter dans la balance le pouvoir démesuré des « État pétroliers irrécupérables »5, ainsi que l’intention de la Russie de renforcer sa position de grand exportateur de combustibles fossiles en utilisant les chaînes d’approvisionnement en énergie et en matières premières comme arme. Cette situation a encouragé l’OPEP à adopter une position plus provocante vis-à-vis des États-Unis — et, par conséquent, des principes fondamentaux d’un système mondial basé sur le dollar — à commencer par le rôle de la monnaie sur les marchés de l’énergie6.

Le défi historique auquel nous sommes confrontés consiste à éliminer notre dépendance à l’égard des combustibles fossiles et à faire face aux menaces qu’ils ont créées — à la fois sur le plan climatique et géopolitique. Le problème ne réside pas uniquement dans l’élaboration de scénarios. Dans notre régime de gouvernance mondiale, l’évaluation des coûts et l’identification des sources de financement sont des activités nébuleuses — et tout à fait distinctes. Chiffrer la solution pose une autre question centrale en macroéconomie : quel sera le coût de cet argent ?

C’est pourquoi la dette apparaît comme l’indicateur le plus alarmant de notre incapacité collective à nous mobiliser et à réagir, et souligne l’injustice que subissent les populations locales. Nous permettons à l’architecture financière internationale de donner la priorité à une stabilisation macrofinancière limitée et profondément inégale, au détriment des piliers de la sécurité humaine tels que la santé, l’éducation, l’énergie propre et les infrastructures résilientes au changement climatique.
La dette accablante du Pakistan l’a récemment conduit à conclure son 23e accord avec le FMI — et son 14e sauvetage —, un triste record qui n’est dépassé que par l’Argentine. Ce scénario du piège de la dette devrait être de plus en plus répandu, les données du FMI plaçant 53 pays, représentant une personne sur cinq dans le monde, sur la voie du surendettement7. Là encore, la situation critique du Pakistan préfigure une tendance mondiale. Alors que le cinquième pays le plus peuplé du monde s’efforce — tout comme les programmes de redressement qui lui sont imposés, encore et encore, par la Banque mondiale et le FMI — de relever le triple défi de la viabilité de la dette, des impacts climatiques et de la transition énergétique8, ses progrès en matière de lutte contre la pauvreté piétinent également : si l’on tient compte de la croissance démographique, le Pakistan compte aujourd’hui 3 millions de pauvres de plus qu’en 20189.

Dans notre régime de gouvernance mondiale, l’évaluation des coûts et l’identification des sources de financement sont des activités nébuleuses — et tout à fait distinctes. Chiffrer la solution pose une autre question centrale en macroéconomie : quel sera le coût de cet argent ?

LAURENCE TUBIANA ET ELLIOTT FOX

Le monde est également à la traîne dans la réalisation des objectifs de réduction de la pauvreté et des objectifs de développement durable. Il s’efforce de mobiliser des fonds pour l’aide10, tout en émettant plus de CO2 l’année dernière que n’importe quelle autre année dans l’histoire de l’humanité11.

Les propositions techniques avancées pour ajuster notre architecture financière internationale ne manquent pas : ce texte n’entend pas rivaliser avec elles. Il s’agit plutôt de proposer quelques réflexions sur le chemin parcouru, les angles morts qu’elles révèlent et quelques pistes prometteuses pour l’avenir, ancrées dans l’Accord de Paris.

Laurence Tubiana, Elliott Fox

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2 Commentaires

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