Mali : Mahmoud Dicko

Longtemps proche du pouvoir, il fait désormais trembler le président IBK, largement discrédité. Et le religieux inquiète Paris.

Les milliers de Maliens, à nouveau descendus vendredi dans les rues de Bamako, illustrent le poids que Mahmoud Dicko a pris sur la scène politique. À 66 ans, l’imam aux prêches rigoristes et patriotes est devenu la figure dominante d’une coalition hétéroclite, unie par l’exigence du départ du président Ibrahim Boubacar Keïta, dit IBK, au pouvoir depuis 2013.

Originaire d’une famille de notables

Cela fait une quinzaine d’années que la silhouette toujours vêtue et coiffée de blanc de Mahmoud Dicko est familière des Maliens. Époux de deux femmes et père d’une dizaine d’enfants, originaire d’une famille de notables de Tombouctou, il est passé par les écoles coraniques d’Arabie saoudite, avant de revenir dans sa première mosquée, à Bamako, dans les années 1980.

Dans un pays à 95 % musulman, Dicko incarne le courant rigoriste inspiré du wahhabisme saoudien, qui a pris le contrôle du Haut conseil islamique (HCI) malien au détriment de l’islam local malékite. Chef du HCI (jusqu’en 2019), il a mené et gagné, en 2009, la bataille contre la réforme du Code de la famille jugée « anti-islamique ».

Personnage complexe et subtil

Comme tant d’autres religieux, Dicko a soutenu l’ancien dictateur Moussa Traoré, et même contribué à l’élection d’IBK. L’actuel président a d’ailleurs un temps espéré en faire un médiateur avec les mouvements djihadistes qui sévissent au Nord, dont Dicko condamne la violence tout en partageant certaines de leurs vues.

Caricaturé comme un salafiste wahhabite, l’homme est plus complexe et subtil. Je me bats pour ma religion, mais il serait prématuré d’appliquer la charia au Mali […] je suis très bien dans ce pays laïque disait-il en 2010.

Dicko profite surtout du discrédit total des autorités dans un pays confronté à l’effondrement des services publics, la corruption, et la mort de milliers de Maliens dans des attaques djihadistes et des violences intercommunautaires. Le tout dans un contexte de rejet croissant de la présence militaire française.

Source: Ouest-France