Analyse Alors que se tient l’élection présidentielle ce 26 août, la perspective d’assister au Gabon à une alternative démocratique est assez faible malgré une forte mobilisation de l’opposition. Le président sortant a l’habitude de verrouiller les résultats du scrutin comme avant lui son père, Omar Bongo.

« Ali Bongo est sûr d’être désigné vainqueur par la Cour constitutionnelle, assure Marc Ona Essanguiprésident de l’ONG Tournons la page. Il a peu de chances de gagner l’élection dans les urnes. En revanche, son clan a les moyens de modifier les résultats en sa faveur. » Autrement dit, de truquer l’élection, selon cet opposant. Dans la lignée de son père, Omar Bongo, au pouvoir entre 1967 et 2009, les victoires présidentielles d’Ali Bongo depuis sa première, en 2009, sont toutes très douteuses. À la présidentielle de 2016, l’Union européenne avait estimé, elle-même, que « les résultats officiels (…) manquent de transparence et sont extrêmement douteux ».

Un scrutin à huis clos

Toutes les institutions sont entre les mains du clan Bongo : de la commission électorale à la Cour de cassation. De plus cette élection, à la différence des précédentes, va se dérouler sans observateurs internationaux. « C’est un scrutin à huis clos, loin des regards indépendants, note Marc Ona. Même les journalistes de la presse internationale n’ont pas reçu, à cette heure, leurs accréditations. » Anticipant ces restrictions et ces manipulations, l’opposant Jean Ping a renoncé à se présenter à cette élection. « Je ne peux pas être candidat à une élection qui est pipée d’avance», a-t-il expliqué le 13 juillet sur France 24 et RFI.

Le bilan d’Ali Bongo est bien maigre. Certes, son dernier septennat a été marqué par son accident cérébral survenu en 2018, par l’épidémie de Covid-19 et enfin par les conséquences de la guerre en Ukraine. Mais, souligne l’économiste gabonais Mayis Mouissi, sur les 105 promesses du programme d’Ali Bongo à la présidentielle de 2016, le président sortant en a tenu seulement 13. « Il avait promis 700 crèches : les Gabonais n’en ont pas vu une seule ! Il s’était engagé à créer un service civique pour 25 000 jeunes. Sept ans après, le service civique est toujours dans les cartons. »

Une société en berne

Or, dans le même temps, le chômage et la pauvreté ont augmenté, touchant plus d’un tiers de la population. «Quatorze ans après sa première victoire présidentielle, le pays est en lambeaux, juge Marc Ona. Tout le pays est sinistré, l’école, l’université, la santé, les infrastructures. Dès qu’il pleut, les routes sont des bourbiers. Dans certains quartiers de Libreville, il n’y a même plus d’eau courante. »

Pourtant, le Gabon est le quatrième producteur de pétrole d’Afrique subsaharienne. Et il a enregistré une forte croissance économique au cours de la décennie passée. Comme le résume la Banque mondiale, «malgré son potentiel économique, le pays peine à traduire la richesse de ses ressources en une croissance durable et inclusive. » À ce désastreux bilan économique et social pour les Gabonais, s’ajoutent une restriction de l’espace civique et un harcèlement de l’opposition. « Depuis l’élection présidentielle de 2016, on a pu dénombrer au moins 864 arrestations, 12 manifestations interdites ou réprimées, 13 journaux suspendus et 34 jours de coupure Internet », note Tournons la page dans un rapport publié le 21 août.

Une opposition unie

Plusieurs candidats de l’opposition se sont unis derrière une seule candidature, celle du professeur Albert Ondo Ossa. « Universitaire respecté, réputé pour sa rigueur, son franc-parler et pour ne pas être issu du système Bongo, il a su créer autour de lui un immense engouement », se félicite Mayis Mouissi. Notamment chez les jeunes qui n’ont pas perdu l’espoir de renverser un système vieux de 56 ans.

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3 Commentaires

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