© Présidence par DR SEM Alassane Ouattara, Président de la République de Cote d'Ivoire

Excellence, Monsieur le Président de la République, Je me suis senti dans l’obligation de vous adresser cette si longue lettre ouverte non seulement pour les moments de sympathie que nous avons partagés, mais aussi, pour l’avenir de ce beau pays, la Côte d’Ivoire pour laquelle nous partageons une passion à la limite (ô combien noble !) de la frénésie. Un pays pour lequel chacun de nous se bat afin de lui dessiner un avenir glorieux. Excellence Monsieur le Président, Je voudrais vous ramener, que dis-je, nous ramener tous deux en juin 2009. Vous vous souvenez des deux heures d’échanges que nous avons eues à votre domicile, non loin de l’Hôtel du Golf, à Abidjan, où, à votre demande, vous m’avez reçu. C’était en présence de Madame Jeanne Peuhmond, alors Ministre de la Femme, de la Famille et de l’Enfant dans le Gouvernement du Président Laurent Gbagbo, et de Dr Augustin Abdoulaye Thiam (qui n’était pas encore gouverneur, mais cadre de Yamoussoukro).

J’avais souhaité la présence de mon aîné Maurice Bandaman, alors PCA de la Poste, mais il était indisponible parce qu’en mission en France. Vous pensiez, au départ, que Madame le Ministre Jeanne Peuhmond était ma mère ou à tout le moins, ma sœur. Elle n’était ni l’une ni l’autre, mais nous nous connaissions parfaitement pour nous être croisés plusieurs fois sur le terrain politique au centre de la Côte d’Ivoire. Je vous avais bien compris puisque plusieurs personnes pensaient et d’autres continuent de penser qu’elle et moi sommes parents. A la vérité, nous sommes de deux familles différentes, elle de Sakassou, siège du royaume Baoulé, et moi, d’Attiégouakro, ex-Bonikykro, village fondé par mon ancêtre biologique, Nanan Boniky, fils biologique de la Reine Akoua Boni, la première du nom et deuxième Reine du Royaume Baoulé, qui régna de 1760 à 1790, ayant succédé directement à Ablaha Pokou qui, elle, régna de 1730 à 1760.

Mais là n’est pas l’objet de mon propos à cette heure-ci. Monsieur le Président, Je vous écris parce que ces deux heures (un peu plus ou un peu moins, je ne saurais être précis 11 ans plus tard), nous ont permis de partager quelques idées sur l’actualité de la Côte d’Ivoire et sur son avenir. Vous m’annonciez avoir un projet de tournée dans le V Baoulé et que pour l’étape d’Attiégouakro, vous aviez recherché « un cadre d’influence », pour emprunter vos mots, et que vous me « demandiez l’autorisation » (l’expression est encore de vous), de venir sur « nos terres ». Je vous avais répondu que je m’en sentais honoré, même si je n’étais pas vraiment ce « cadre d’influence » qu’on vous avait décrit et qu’à la réalité, d’influence, je n’en avais qu’en équipe, avec les jeunes cadres de la région que j’avais rassemblés autour du développement local.

Je n’entrerai pas dans les détails de nos échanges, mais j’aimerais m’arrêter sur les rêves de grandeur que vous m’aviez annoncés pour le progrès de la Côte d’Ivoire, concluant vos propos par cet historique : « Monsieur Pemont, si vous pouvez faire quoi que ce soit pour m’aider à faire passer mes idées dans votre région, je vous en serai reconnaissant ». C’était une belle ouverture puisque, lorsque vous m’aviez, au cours de ces échanges, demandé de vous rejoindre au RDR pour en épouser la vision, je vous avais opposé un refus poli, vous disant, et je cite : « Monsieur le Président, ne vous en offusquez pas, mais je ne pourrai pas vous rejoindre au RDR, pas plus que je ne veux rejoindre le PDCI-RDA ou le FPI. Je préfère, pour l’heure, rester à équidistance des partis politiques pour continuer à rassembler les cadres, qui d’ailleurs sont de différentes sensibilités politiques, autour de nos projets de développement local puisque nous sommes une région enclavée ».

Excellence Monsieur le Président

Vous m’aviez compris. Et je puis vous affirmer que j’ai gardé cette équidistance 10 ans durant, avant d’adhérer en 2019, au PDCI-RDA, car je voulais m’essayer désormais à la politique de façon pratique. Quant à vos promesses, je vous avais dit, en somme : « Monsieur le Président, rien pour moi ; tout pour Attiégouakro, car il vaut mieux aider des populations qui vous seraient reconnaissantes en temps opportun, que de débaucher un individu qui deviendrait bien vite l’ombre de lui-même et qui ne vous apportait que sa seule voix et celles de quelques-uns de ses fidèles suiveurs. » Ce à quoi vous avez répondu : « Ça, c’est une génération ! » Monsieur le Président,
Quand vous m’avez « touché un mot » pour la présidentielle à venir, je vous avais répondu avec clarté que, pour le premier tour, connaissant les tendances dans la région, Attiégouakro voterait massivement pour le Président Bédié mais que, s’il était absent au second tour, je ferais de mon mieux pour le report des voix sur votre candidature, si vous vous qualifiez pour le second tour.

Et quand la tournée a eu lieu, à l’étape d’Attiégouakro, vous avez vu la forte mobilisation des populations. J’étais à la fois le porte-parole des cadres et des populations pour prononcer le discours de bienvenue à votre endroit, tel que cela est paru dans le numéro spécial du journal Le Patriote, consacré à cette tournée…
Dans ce discours, je vous avais soumis une dizaine de priorités pour notre région. Vous aviez compris, à l’applaudimètre, que mes propos étaient parfaitement en phase avec les vœux des populations, au point qu’à la fin de mon discours, vous vous êtes levé pour me congratuler. Et quand la présidentielle, prévue initialement pour le 29 novembre 2009, a enfin eu lieu en 2010, et que vous avez été qualifié pour le second tour, le Département d’Attiégouakro vous avait choisi à plus de 87% des voix.

Pour ma modeste contribution à votre victoire, vous m’avez remercié publiquement en novembre 2013 lors de votre visite d’Etat en tant que Président élu, à Attiégouakro. Puis, Attiégouakro vous a accordé sa confiance de nouveau, à un pourcentage plus élevé encore au premier tour de la présidentielle de 2015.
Monsieur le Président,
Quand vous avez accédé à la magistrature suprême de notre pays, sur la dizaine de doléances que je vous avais soumises, vous en avez réalisé 4 principales, au total :
1. L’érection d’Attiégouakro en Commune de plein exercice ;
2. Le bitumage de l’axe Attiégouakro-Yamoussoukro (dans ma doléance initiale, j’avais proposé le bitumage Attiégouakro-Autoroute du nord en direction de Gourominankro. Mais, unanimement, au cours d’une réunion à Attiégouakro avec les cadres et Madame le Préfet, dans le cadre du PPU, nous avons opté pour la ligne directe Attiégouakro-Yamoussoukro, en direction de Kpagbassou.)
3. La construction du siège de la Préfecture d’Attiégouakro
4. La mise sous tension des lampadaires d’Abokouamékro.

Monsieur le Président,

Pour moi, déjà par ces réalisations, vous êtes grandement entré dans l’Histoire de la Côte d’Ivoire, surtout qu’en dépit du plusieurs regrettables dysfonctionnements, ce PPU avait pris en compte d’autres localités du pays. Voilà pourquoi, Monsieur le Président, je vous prie de ne pas sortir de l’Histoire à reculons. Certes, aucune gouvernance n’étant parfaite, je pourrais vous dresser un chapelet des dysfonctionnements de vos deux mandats. Mais ce serait sur-jouer un rôle d’opposant qui n’est pas encore tout à fait le mien… Mon vœux le plus cher, ce serait que vous rentriez dans l’histoire par la grande porte, en étant le Président par qui il y aurait passation pacifique des charges entre vous, Président sortant, et le président ou la présidente élu(e), comme le Ghana aime nous en offrir tous les 5 ans, en exemple achevé de la culture démocratique.

Pour ce faire, non seulement vous devriez œuvrer à un dialogue politique exclusif, travailler à mettre en place une CEI plus consensuelle qui récolte la confiance des acteurs, tout faire pour le retour des exilés et la libération des prisonniers politiques, mais aussi, et surtout, ne pas franchir le Rubicond d’un troisième mandat, erreur gravissime dans laquelle tentent de vous pousser certains des vôtres. Monsieur le Président, Vous avez la possibilité d’éviter à votre pays, la Côte d’Ivoire, une crise politique majeure, car celle-ci pourrait fragiliser les fondamentaux de notre économie et de notre société et annihilerait gravement vos efforts de construction et de progrès de notre pays. Vous êtes le garant de la paix et de la stabilité de notre pays en votre qualité de chef de l’Etat en exercice. Ne cédez pas aux lubies de celles et ceux qui, par discours et mises en scènes orchestrés, veulent satisfaire leurs propres ambitions en vous poussant dans une erreur historique qui entacherait inéluctablement votre réputation.

Excellence Monsieur le Président de la République,

Je vous sais prince comme moi, vous, descendant de l’Empereur Ouattara du Royaume de Kong, et moi, descendant de la Reine Akoua Boni, deuxième Reine du Royaume Baoulé (nom que porte notre Régente actuelle). Donc, vous savez la mission des Princes : « Œuvrer à laisser aux générations suivantes, un Royaume meilleur que celui dont on a hérité. » Monsieur le Président, la balle est dans votre camp !

Par Charles-Pemont, écrivain-et-déditeur-ivoirien

Source: Charles Pemont, citoyen ivoirien