Venance Konan, DG de Fraternité Matin

 

Ainsi donc, depuis au moins le mois d’avril 2020, au moment où personne ne pouvait imaginer le décès brutal d’Amadou Gon Coulibaly qui allait obliger le Président Alassane Ouattara à se porter lui-même candidat de son parti, le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), notre opposition envisageait déjà une transition sans l’actuel Chef de l’Etat et avec l’ancien président Henri Konan Bédié à sa tête.

Les journaux proches de l’opposition évoquaient cette ambition sans aucune ambigüité. Le problème n’est donc pas celui de la candidature de M. Ouattara. Il s’agissait de tout faire, quelle que soit la situation, pour que l’élection présidentielle ne se tienne pas le 31 octobre, afin que cette opposition déclare l’illégalité de M. Ouattara et se proclamer plus légitime que lui pour diriger le pays.

On peut se demander sur quoi aurait reposé cette légitimité mais nos opposants ne se sont pas attardés sur la question. Alors, on a appelé à une désobéissance civile. Devant son échec, on a appelé au boycott actif qui consistait à empêcher par tous les moyens les populations d’aller voter. Là où elle l’a pu, l’opposition a barré des routes avec des arbres abattus, coupé des voies avec toutes sortes d’obstacles, détruit des urnes, des bulletins de vote, et terrorisé les populations afin qu’elles n’aillent pas voter.

Et effectivement le scrutin n’a pu se dérouler dans certaines localités du pays, non pas parce que les populations ont décidé de le boycotter, mais parce qu’elles en ont été empêchées, le plus souvent par la violence. Le vote s’est par contre déroulé normalement dans les endroits où l’opposition n’a pas pu exercer de violence. MM. Henri Konan Bédié et Affi N’guessan auraient pourtant dû savoir à quoi conduisait un boycott actif. Ils l’ont déjà vécu en 1995, mais dans deux camps opposés. Ils sont bien placés pour savoir que cela conduit à des morts et des destructions inutiles, et au bout du compte, à des résultats validés, la manière important peu.

Notre opposition n’a pas voulu dévier du plan qu’il avait concocté et a créé un « conseil national de transition » qui devait former un gouvernement, présidé comme prévu par M. Henri Konan Bédié. Pensait-elle, cette opposition, qu’une telle action pourrait vraiment prospérer ?

La communauté internationale, à savoir la CEDEAO, l’Union africaine et l’ONU, y a mis rapidement le holà et les Ivoiriens, sourds aux appels à la poursuite de la désobéissance civile, vaquent tranquillement à leurs activités. Il fallait tout de même une grande dose de naïveté pour croire qu’une organisation ou un Etat sérieux aurait pu cautionner une telle démarche. Cela aurait signifié que désormais, un groupe quelconque qui refuse de participer à une élection peut se lever et dire « puisque nous ne sommes pas d’accord avec cette élection, nous décidons de diriger le pays nous-mêmes. Alors, soutenez-nous. »

Abidjan a renoué avec ses embouteillages et tout le monde a repris le travail. Il existe encore quelques voies barrées à l’intérieur du pays, mais même ceux qui tiennent les barrages commencent à être fatigués.

Rappelons que ceux qui souffrent le plus de ces voies obstruées sont les populations de ces régions qui ne peuvent plus vivre et se déplacer normalement. Dans plusieurs localités des personnes sont mortes pour n’avoir pas pu se rendre dans des centres de santé, pour se soigner ou pour accoucher.

Les prix ont flambé sur les marchés dans ces villes maintenues en état de siège, parce que les marchés sont difficilement ou pas du tout approvisionnés, et ce sont les populations les plus vulnérables qui en souffrent le plus.

A quoi cela rime-t-il de continuer à encourager le blocus de certaines villes de l’intérieur telles que Daoukro, Ouellé, Bocanda ou M’bahiakro, si ce n’est pour faire souffrir les populations qui ont d’autres soucis qu’un troisième ou second mandat ?

Il serait peut-être temps que nous redevenions sérieux et que nous arrêtions d’infliger des souffrances inutiles à nos populations.

Bientôt le Conseil constitutionnel proclamera les résultats définitifs de l’élection présidentielle du 31 octobre 2020. Tout le monde en prendra acte, le président sera investi et la vie continuera. Aucun pays ne fermera son ambassade ou ne rappellera son ambassadeur.

Certes l’opposition dira qu’elle ne reconnaît pas le président investi mais, à part ses irréductibles, personne ne l’écoutera. Ces irréductibles réussiront ils à créer suffisamment de troubles pour faire tomber le pouvoir ?

L’armée tournera-t-elle casaque ? L’opposition en rêve évidemment, mais laissons l’avenir nous le dire. Quoiqu’il en soit, nous finirons par nous asseoir pour discuter.

Il circule actuellement une vieille vidéo dans laquelle M. Laurent Gbagbo commentait les conditions de son élection en 2000 qu’il avait lui-même qualifiées en son temps de calamiteuses. A quelqu’un qui lui faisait remarquer qu’il avait été mal élu, il répondit, « je n’ai pas été mal élu, j’ai été élu. » Alors, le Président Ouattara a-t-il été bien ou mal réélu ? Il a été réélu.

Venance Konan