Fernand Dédeh

Le Bombardier 86, B86 (Henri Konan Bédié, ndlr), préside une réunion des partis politiques de l’opposition, membres des différentes plateformes idéologiques ou non idéologiques, des syndicats et de la société civile, ce dimanche 20 septembre 2020, à Abidjan. Ordre du jour, situation socio politique nationale.

Importante réunion s’il en est, attendue aussi bien par l’opinion publique nationale et internationale, par les analystes politiques que par le groupement de ton camarade. Le bloc autour de B86 va-t-il se braquer et demander solennellement, le boycott de la présidentielle 2020 du 31 octobre 2020? La question est sur toutes les lèvres. La situation politique est tendue. C’est un fait. Dialogue bloqué à tous les niveaux. Le discours public est virulent. Il vole même au ras des pâquerettes. Menaces, défis, défiances, méfiances, épreuves de force, arrestations… Tout y passe. La surchauffe. La surenchère. La déclaration du Haut représentant de l’Union européenne a Abidjan, le 18 septembre 2020, exprime les craintes et les attentes des 27 membres de l’UE.

Elle est diplomatique certes, mais en lisant bien entre les lignes, les questions principales qui doivent trouver réponses sont pointées du doigt: « L’UE appelle l’ensemble de la classe politique et de la société civile, ainsi que les administrations concernées, à dialoguer et à s’engager de manière responsable, constructive et pacifique et faire en sorte que ce processus électoral puisse consolider durablement la réconciliation entre tous les Ivoiriens. Elle encourage aussi les autorités à prendre l’initiative pour contribuer à cet apaisement du climat politique. ». Dialogue inclusif et responsable, processus électoral transparent, réconciliation nationale, garantie de libertés publiques et individuelles (« Elle appelle également au respect des libertés publiques, notamment le droit pour chaque citoyen de manifester pacifiquement, dans le cadre prévu par la loi, sans être inquiété, et d’exprimer des opinions politiques sans être arrêté ou emprisonné. »).

Et puis, cette exhortation à ton camarade à prendre l’initiative de l’apaisement du climat politique. Selon un analyste politique, « Dans ce langage diplomatique ça veut dire les conditions ne sont pas remplies pour aller aux élections du 31 octobre 2020 ». La suspicion est grande aujourd’hui. L’initiative du dialogue même entre pouvoir et opposition est pour les uns, un piège, pour les autres, une perte de temps. Le pouvoir veut éviter le piège de l’enlisement qui déboucherait sur le report de l’élection. L’opposition ne crachera pas sur un éventuel report pour ensuite exiger la transition. Parle à ton camarade: il lui revient de prendre des mesures d’apaisement. La première des mesures attendues, c’est la libération des détenus. Des députés sont maintenus en prison depuis dix mois sans jugement, des hommes politiques aussi.

Des miliaires aussi. Des membres de la société civile également. Ça fait beaucoup. Un geste ne sera pas considéré comme une faiblesse. Au contraire…

Deuxième mesure, le passeport du Monsieur là, le Silencieux de Bruxelles… Ça ne coûte absolument rien. Au contraire, ça montre une certaine disposition d’esprit et un cœur libéré.

Troisième mesure attendue, le dialogue politique. C’est encore possible. La Côte d’Ivoire est la terre du dialogue. Le vieux disait, « faisons l’économie de la guerre. ». Et comme tout le monde se réclame du père fondateur…

Par Fernand Dédeh (à son ami Barthelemy Zouzoua Inabo)