Le Benin a fermé ses frontières avec le Niger conformément aux injonctions de la Cédéao faisant suite au coup d’Etat du 26 juillet contre le président Mohamed Bazoum.

Au Bénin, le secteur du transport de marchandises vit très mal la fermeture des frontières avec le Niger. La Coopérative des Transports du Bénin (CTB), une union qui défend les intérêts des transporteurs, s’inquiète de la situation des camions bloqués à la frontière. Selon le secrétaire général de l’organisation, Abdoulaye Aminou, au moins 600 camions venant du port de Cotonou avec des marchandises destinées au Niger sont dans ce cas.

Selon M. Aminou, la plupart de ces gros porteurs sont chargés de denrées alimentaires qui pourrissent, ajoutant que des camions béninois qui étaient sur le chemin de retour lorsque la décision de fermeture des frontières est tombée ont été affectés par la décision de Cotonou. « Plus de 300 camions sont dans le cas », précise le secrétaire général de la CTB.

Le Niger étant un pays sans façade maritime, la plupart des marchandises qui lui sont destinées transitent par le port de Cotonou. « Le port du Bénin, c’est aussi le port du Niger et si aujourd’hui, ça ne va pas, c’est que les béninois sont tout aussi touchés que les nigériens », commente-t-il. Il estime que les transporteurs ont déjà perdu des milliards de francs CFA depuis la fermeture de la frontière. Selon les statistiques du Commerce pour le développement international des entreprises, les importations du Bénin, tous produits confondus, en provenance du Niger sont estimées à un près de 17 millions de dollars, soit plus de 10 milliards FCFA.

Le transporteur indique que les camions ont chargé des denrées alimentaires qui pourrissent. Pour lui, ces pertes sont estimées en milliards de francs Cfa. L’autre grande crainte du transporteur, c’est que les nigériens trouvent d’autres voies d’approvisionnement et quittent définitivement le port de Cotonou qui est le plus proche de Niamey dans la région. « Franchement dans ce climat de grande concurrence entre les ports de la sous-région, c’est le Niger qui arrive vraiment à faire tourner le port de Cotonou, s’ils partent, ce sera un grand manque-à-gagner pour l’Etat béninois d’abord, pour nous les transporteurs et surtout pour les opérateurs économiques », souligne Abdoulaye Aminou.

Depuis la fermeture de la frontière, la plupart des camions de marchandises sont à l’arrêt. Sur le parc de gros-porteurs de Gbétagbo à une trentaine de kilomètre, au nord de Cotonou, les conducteurs sont tous inquiets. Tidjani Tadjou Dine implore les autorités béninoises de rouvrir la frontière. « Vraiment, sans le Niger, on ne peut pas s’en sortir parce qu’au Bénin,  90% des camions de transport de marchandises vont à Niamey. Vous devez aussi savoir que sans le port, le Bénin n’est rien », explique-t-il. Le jeune chauffeur routier qui fait la navette entre Cotonou depuis environ dix ans appelle les autorités à se désolidariser de la décision de la Cédéao pour protéger l’économie béninoise.

Daouda Batassou, un autre chauffeur routier, crie son désarroi. « Moi, je suis un père de famille et j’ai sept enfants. La rentrée scolaire c’est bientôt et je ne sais pas vraiment comment faire pour acheter les fournitures. C’est quand je voyage que j’ai un peu d’argent et j’aide aussi les parents au village, maintenant que tout est bloqué,  comment faire ? Voilà, je n’ai aucun autre business si ce n’est pas la conduite. Vous voyez un peu la souffrance dans laquelle nous sommes au Bénin ?», se plaint-il.

Le quadragénaire confie qu’il n’a jamais vécu une telle situation depuis quinze ans qu’il fait des allers-retours entre Cotonou et Niamey, au volant de son camion.

Daouda Batassou s’estime même très heureux comparé à ses camarades bloqués à la frontière avec des chargements de marchandises. « L’un m’a appelé hier, il ne disait qu’il n’a plus rien à manger. Les frais de route sont finis et il cherche une occasion pour revenir à Cotonou en attendant une solution », rapporte-t-il. Il ajoute que le chargement de denrées alimentaires pourrissent et commencent à sentir à la frontière selon les témoignages de ses camarades chauffeurs.

Depuis le coup d’Etat du général Abdourahmane Tchiani contre le président Mohamed Bazoum, les pays de la Cédéao ont décidé de fermer leurs frontières avec le Niger. Le pays partage des frontières avec l’Algérie, le Tchad, la Libye, le Nigeria, le Bénin, le Mali et le Burkina Faso, mais parmi ces voisins, seuls Cotonou et Abuja ont appliqué les sanctions de la communauté. Le Mali et le Burkina, les deux autres pays de l’organisation qui partagent une frontière avec le Niger, ont rejeté ces mesures alors que l’Algérie, le Tchad et la Libye ne sont pas membres de l’institution communautaire.

RK/ac/APA

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