L’idée d’une taxation carbone du transport maritime international, qui était pourtant parmi les principaux objectifs du sommet, semble encore loin de faire consensus.

Des dollars mais pas de révolution : le sommet de deux jours accueilli par la France s’est terminé vendredi 23 juin avec quelques avancées en faveur des pays pauvres mais sans encore concrétiser le Big Bang espéré pour réorienter la finance mondiale au service du climat.

En clôture du sommet de deux jours, Emmanuel Macron s’est félicité d’un « consensus complet » pour « réformer en profondeur » le système financier mondial. Mais la rencontre s’est achevée par une série de petits pas et dans l’immédiat sans la grande déclaration commune espérée un temps par la présidence française, qui a simplement publié dans l’après-midi son propre « résumé » des discussions.

Une clause de suspension du paiement de la dette en cas de catastrophe

Paris accueillait de nouveau ce vendredi 23 juin une quarantaine de chefs d’Etat et de gouvernement, dont le Brésilien Lula et le Saoudien Mohammed ben Salmane, dans une réunion censée concrétiser des idées nées à la dernière COP, en Egypte, avant la prochaine, aux Emirats arabes unis à la fin de l’année. Dans un palais Brongniart, ancien siège de la Bourse de Paris, jugé par plusieurs participants mal adapté par son emplacement et son exiguïté, quelques annonces ont été faites.

Plusieurs pays (Barbade, Espagne, Etats-Unis, France, Royaume-Uni), avec la Banque Mondiale, ont ainsi soutenu un système de suspension automatique du remboursement de la dette en cas de catastrophe naturelle. Mia Mottley, Première ministre de la Barbade, poussait depuis des mois pour transformer le système financier avec notamment une telle clause. « C’est une bonne journée, car presque tout le monde a accepté la validité des clauses de catastrophe naturelle », a jubilé la dirigeante dans une interview à l’AFP jeudi soir avant un grand concert pour le climat devant la Tour Eiffel.

Le nouveau président de la Banque mondiale Ajay Banga a annoncé de nouveaux instruments dans l’aide internationale dont la possibilité d' »offrir une pause dans le remboursement de la dette, pour que les pays puissent se focaliser sur ce qui compte ». Un pas important pour les pays qui font face à des désastres naturels aux conséquences dramatiques, liés aux changements climatiques.

Pas de consensus autour d’une taxe internationale sur le transport maritime

« Nous sommes favorables à une taxe internationale sur le transport maritime parce que c’est un secteur qui n’est pas taxé », a aussi dit Emmanuel Macron, qui voudrait voir cette question avancer lors d’une prochaine réunion de l’Organisation maritime internationale (OMI) début juillet.

La présidence a décompté une coalition de 22 pays (dont le Danemark, la Grèce, le Vietnam ou encore la Nouvelle-Zélande), avec la Commission européenne, soutenant cette initiative. Mais cette question épineuse semble encore loin de faire consensus. « Si la Chine, les Etats-Unis et plusieurs pays européens clés qui ont aussi des grandes entreprises impliquées ne nous suivent pas, alors vous mettez une taxe en place mais elle n’a pas d’effet », a regretté Emmanuel Macron.
Dans une longue tirade passionnée, le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a pour sa part déploré pêle-mêle l’inertie de la communauté internationale en matière de lutte contre le changement climatique et de réduction des inégalités, ainsi que le protectionnisme des Occidentaux. Il a vertement critiqué les institutions financières internationales : « celui qui est riche est toujours riche et celui qui est pauvre est toujours pauvre. »

Aide au Sénégal, restructuration de la dette de la Zambie

Le sommet a cependant engrangé quelques autres progrès jeudi. Un groupe de pays riches et de banques de développement se sont ainsi engagés à mobiliser 2,5 milliards d’euros pour aider le Sénégal à réduire sa dépendance aux énergies fossiles, notamment le fioul lourd.

La Zambie verra, de son côté, sa dette allégée, une annonce saluée à Lusaka, où les parlementaires ont entonné l’hymne national pour marquer leur joie. Les pays créanciers de cet Etat d’Afrique australe, notamment la Chine, ont accepté de restructurer 6,3 milliards de dollars de dette. La Zambie est endettée à hauteur de 32,8 milliards de dollars, dont 18,6 milliards auprès de créanciers étrangers, selon les chiffres de son ministère des Finances à la fin 2002.

La directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva, a souhaité montrer que les choses avaient bougé, en annonçant que la réallocation aux pays pauvres a atteint les 100 milliards de dollars de droits de tirage spéciaux (DTS), sorte de monnaie de réserve du FMI. « C’est le futur de l’Humanité qui est en train d’être discuté ici », a jugé Kristalina Georgieva.

Déception des ONG

Le réseau international d’ONG Climate Action Network (CAN) a toutefois critiqué un sommet « qui a fait du neuf avec du vieux » et critiqué l’idée d’une possible suspension des remboursements « plutôt qu’une annulation complète de la dette » Les ambitions du sommet reposent « trop sur les investissements privés et assignent un rôle démesuré aux banques multilatérales de développement », a ainsi regretté Harjeet Singh, responsable du CAN. « C’est ignorer le rôle pivot que les finances publiques doivent jouer. »

« On ne peut pas demander aux dirigeants de se mobiliser et en même temps totalement condamner » le sommet en cours, a estimé, de son côté, Soraya Fettih porte-parole de l’association écologiste 350.org. « Ce qui est clair c’est que ce sommet ne va mener à aucune prise de décisions contraignantes et fortes », a-t-elle encore déclaré vendredi au cours d’une manifestation. Plus de 350 personnes se sont rassemblées vendredi matin au pied de la statue de la République, à Paris, des militants écologistes transformant des dollars géants noirs en dollars verts pour inciter les dirigeants politiques à arrêter d’investir dans les énergies fossiles et à basculer dans la finance verte.

Dans sa « feuille de route » proposée pour les mois à venir, la France a déjà marqué une série de rendez-vous importants avec le sommet du G20 en Inde en septembre, suivis des réunions d’automne de la Banque mondiale et du FMI, puis la COP28 à Dubaï en fin d’année.

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