Les faits- Des milliers de manifestants ont répondu présent, jeudi 3 août, à l’appel du M62, un mouvement créé il y a un an qui réclame le « départ définitif des forces étrangères » du Niger et a apporté son soutien aux militaires putschistes. Il se caractérise par une rhétorique à la fois hostile à la présence française et prorusse.

Des milliers de Nigériens ont participé, jeudi 3 août, à une manifestation en soutien aux militaires putschistes à Niamey, à l’appel du mouvement M62, une coalition d’organisations de la société civile « souverainistes ».

Déjà, dimanche dernier, le M62 avait organisé une manifestation devant l’ambassade de France Niamey à laquelle avaient participé des milliers de protestataires. Après le coup d’État qui a renversé le président Mohamed Bazoum, il entendait « mettre en garde la Cedeao et la France contre toute intervention militaire au Niger » et « exiger le départ immédiat des troupes françaises et celui de l’ambassadeur de France ».

Le mouvement, officiellement nommé « Union sacrée pour la sauvegarde de la souveraineté et de la dignité du peuple », est né, il y a tout juste un an, à l’été 2022, soixante-deux ans jour pour jour après la proclamation de l’indépendance du Niger, ancienne colonie française. D’où le choix du nom M62. Alors que l’armée française a quitté le Mali désormais sous la férule de la junte en août 2022, elle redéploie une partie de ses troupes au Niger, avec la bénédiction du président aujourd’hui séquestré, Mohamed Bazoum. Le Parlement nigérien autorise également la présence de forces spéciales pour lutter contre les djihadistes.

« La mort ou la patrie, nous vaincrons ! »

En réaction, le M62 coalise des activistes, des groupes de la société civile et des syndicats mus par une hostilité envers la présence française et un rejet de l’opération Barkhane. Le mouvement se décrit alors comme « pacifique », « respectueux » de la loi et engagé pour « la dignité et la souveraineté du peuple nigérien »… mais il prit pour slogan : « La mort ou la patrie, nous vaincrons ! »

Le 17 août 2022, il lance une pétition en ligne pour réclamer le « départ de la force militaire du Niger » ainsi que de «toute autre force maléfique dont l’objectif est de déstabiliser et/ou piller les ressources de notre pays et du Sahel ». Un mois plus tard, le 18 septembre 2022, après avoir essuyé plusieurs interdictions de la part des autorités, il parvient à organiser une manifestation réclamant le départ des militaires français. Aux cris de « Retirez l’armée coloniale criminelle », « Barkhane dehors », « Vive la Russie », les manifestants sillonnent la capitale et brandissent des drapeaux russes et nigériens.

« Il y a des slogans antifrançais parce que nous exigeons le départ immédiat de la force Barkhane au Niger, qui aliène notre souveraineté et qui est en train de déstabiliser le Sahel », explique alors à l’AFP Seydou Abdoulaye, coordinateur du M62, incarcéré depuis pour « complicité d’incendie » sur un site d’orpaillage, en lien avec une attaque terroriste fin octobre 2022 dans le sud du pays.

Rhétorique prorusse

« Le M62 (…) se revendique comme anti-impérialiste et antifrançais. Ceci peut expliquer la présence de drapeaux russes dans les cortèges », estime dans les pages du Monde Rahmane Idrissa, chercheur en sciences politiques à l’African Studies Centre de l’université de Leyde, aux Pays-Bas. Une rhétorique antifrançaise et prorusse aux accents populistes qui n’a fait que se renforcer depuis. Le mouvement a apporté son soutien à la junte. « Le M62 nourrit l’espoir que ce coup de force sera l’ultime opportunité de réparer les dérives du régime déchu et de restaurer la dignité du peuple nigérien », déclare dès le 27 juillet son secrétaire général par intérim Mahaman Sanoussi.

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Dans les rassemblements pro-putschistes, les manifestants affichent leur admiration pour le président russe, Vladimir Poutine. Ils dénoncent aussi pêle-mêle la hausse du coût de la vie, la corruption de la classe dirigeante et les sanctions de la Cedeao. « Ce qu’il est nécessaire de comprendre, c’est que la population nigérienne est exaspérée face aux scandales de corruption à répétition et par la gabegie », insiste le chercheur Rahmane Idrissa, alors que près de 40 % de la population nigérienne vit sous le seuil de pauvreté.

Enfin, si le M62 demande le départ des troupes françaises, il s’oppose à l’opération d’évacuation de ses ressortissants par Paris. Un paradoxe ? Selon lui, il serait injuste que les citoyens de l’Union européenne soient « mis à l’abri », alors que les Africains, notamment les ressortissants des pays de la Cedeao, restent « exposés ».

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