Suite au putsch du 26 juillet, le Niger est entré dans une phase d’incertitudes. Sous perfusion des aides internationales, il se voit désormais infliger toute une série de sanctions. Sans retour rapide à l’ordre constitutionnel, à quels impacts le Niger doit-il s’attendre ? Quelles sont les réactions de ses partenaires extérieurs ? Les intérêts français sont-ils menacés ? Décryptage.

Avec 590 d’euros de PIB par habitant en 2021 selon la Banque mondiale, le Niger reste l’un des pays les plus pauvres du monde. Cependant, le pays des Touaregs enregistrait un taux de croissance proche de 12 % en 2022 et bénéficiait de la confiance des bailleurs multilatéraux. Mais depuis mercredi, la situation a basculé et l’instabilité politique qui traverse le pays pourrait avoir de lourdes répercussions sur son économie.

Dès l’annonce du coup d’État, les Nations unies ont décidé de suspendre toutes les opérations humanitaires menées au Niger, alors que le nombre de personnes nécessitant une assistance serait passé de 1,9 million en 2017, à 4,3 millions en 2023, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) de l’ONU.
Le 28 juillet, l’Union européenne (UE) qui a alloué 503 millions d’euros à l’amélioration de la gouvernance, de l’éducation, mais aussi de la croissance durable pour la période 2021-2024, décidait d’interrompre son appui budgétaire, indiquant par ailleurs que « toutes les actions de coopération dans le domaine sécuritaire sont suspendues sine die avec effet immédiat ».

La France qui a engagé 120 millions d’euros l’an dernier au Niger a également suspendu son aide au développement et tout appui budgétaire, jusqu’au « retour sans délai à l’ordre constitutionnel nigérien, autour du président Bazoum », indique le ministère français des Affaires étrangères dans un communiqué daté du 28 juillet.

Le 29 juillet, les États-Unis, par la voix du Secrétaire d’État Anthony Blinken, ont apporté leur « indéfectible soutien » au président Mohamed Bazoum, soulignant que le coup d’État mettait en péril « des centaines de millions de dollars d’aide » américaine. Quelque 223 millions de dollars devraient être investis par les Américains dans l’éducation, la santé et la sécurité alimentaire au Niger, en 2023.

Les institutions africaines multiplient les sanctions

Sur le continent, les putschistes sont confrontés à une levée de boucliers des institutions, à commencer par l’Union africaine (UA) qui a fermement condamné le coup d’État perpétré par le général Tchiani, fixant un ultimatum de 15 jours aux putschistes, pour rétablir l’ordre constitutionnel.

Réunie en Sommet extraordinaire le 30 juillet, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) va plus loin. Elle a acté l’arrêt de toutes transactions commerciales et financières avec le Niger et le gel des avoirs des putschistes, imposant un ultimatum d’une semaine au Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) pour un retour à l’ordre constitutionnel, tout en brandissant la menace d’un « recours à la force ».

Un peu plus tôt dans la journée, les chefs d’État de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) décidaient de fermer les frontières du Niger avec les pays de la zone monétaire, de suspendre toutes transactions financières et commerciales avec le pays, de geler ses avoirs à la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et de procéder à des sanctions ciblées contre les putschistes et leurs familles.

« Les sanctions feront très mal à notre pays », a déclaré Ouhoumoudou Mahamadou, Premier ministre nigérien (dont le gouvernement a été renversé mercredi dernier), à nos confrères de France 24, le 30 juillet. « Je connais la fragilité du Niger (…) C’est un pays qui ne pourra pas résister à ce genre de sanctions. Sur le plan économique, ça va être une catastrophe, sur le plan social, ça va être une catastrophe ». Se couper des partenaires extérieurs reviendrait à se « faire Harakiri », a-t-il ajouté.

Les intérêts français au Niger sont-ils menacés ?

Le coup d’État est venu contrecarrer la stratégie sahélienne de l’Hexagone, le Niger étant l’allié indéfectible de la France au Sahel dans sa lutte contre le terrorisme, où elle compte près de 1 500 militaires. Au lendemain du coup d’État, le sentiment anti-français a gagné les rues de Niamey. Le 30 juillet, l’ambassade de France fut même la cible de manifestants hostiles. Les forces d’intervention intérieures (FSI) ont dû intervenir pour empêcher une intrusion dans ses locaux.

Emmanuel Macron a averti que la France « ne tolèrera aucune attaque contre la France et ses intérêts » au Niger, et que Paris répliquera « de manière immédiate et intraitable » si tel était le cas. À ce jour, entre 500 et 600 ressortissants français seraient établis au Niger, selon le Quai d’Orsay.

Par ailleurs, en dépit des départs remarqués du groupe Orange et de la brasserie Braniger (filiale du groupe Castel) en 2019, l’Hexagone y conserve des intérêts stratégiques portés par quelques-uns des fleurons de l’industrie française comme le géant Véolia, via sa filiale (la Société d’exploitation des Eaux du Niger – SEEN) ou le groupe ORANO (ex-AREVA).

En 2022, le Niger représentait le 2e fournisseur de la France dans la zone UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine) selon les données de la direction générale du Trésor français, résultat des achats de produits métallurgiques et métalliques composés exclusivement d’uranium et qui représentent plus de 98% de ses achats dans le pays.

Cela étant, si la France accorde un intérêt certain à l’uranium nigérien, l’Hexagone a diversifié ses approvisionnements depuis plusieurs années, et le Niger ne représente plus que son 5e fournisseur. Pour rappel, Orano est présent dans les mines d’uranium du nord : la Somaïr (Société des mines de l’Aïr), Imouraren (l’un des plus grands gisements d’uranium au monde, avec des réserves estimées à près de 200 000 tonnes) et la Compagnie des mines d’Akokan (Cominak) (fermée en 2021 pour travaux de réaménagement).

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