Les militaires putschistes au Niger ont annoncé jeudi qu’ils riposteront « immédiatement » en cas d’« agression ou tentative d’agression » contre leur pays par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), trois jours avant la fin de l’ultimatum décrété par l’organisation pour un retour à l’ordre constitutionnel.

La CEDEAO étant impersonnelle, toute agression ou tentative d’agression contre l’État du Niger verra une riposte immédiate et sans préavis des Forces de défense et de sécurité nigériennes sur un de ses membres, à l’exception des pays amis suspendus, a déclaré un des putschistes, faisant allusion au Burkina Faso et au Mali, qui ont précédemment déclaré que toute intervention armée serait considérée comme une déclaration de guerre.

Dans la foulée, les nouveaux dirigeants du pays ont dénoncé plusieurs accords militaires conclus avec la France, qui concernent notamment le stationnement du détachement français et le statut des militaires présents dans le cadre de la lutte antidjihadiste, dans un communiqué lu à la télévision nationale.

Face à l’attitude désinvolte et la réaction de la France relativement à la situation  du Niger, le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie [CNSP, militaires au pouvoir], décide de dénoncer les accords de coopération dans le domaine de la sécurité et de la défense avec cet État, a déclaré un des putschs

Par ailleurs, les militaires ont mis fin aux fonctions d’ambassadeurs du Niger en France, aux États-Unis, au Nigeria et au Togo.

Plus tôt jeudi, une délégation de la CEDEAO est arrivée à Niamey afin de tenter de trouver une sortie de crise, huit jours après le coup d’État qui a renversé le président Mohamed Bazoum.

La délégation, menée par l’ancien chef d’État nigérian Abdulsalami Abubakar, doit rencontrer les putschistes au Niger pour présenter les demandes des dirigeants de la CEDEAO, selon un communiqué de la présidence du Nigeria.

Le président du Nigeria, Bola Tinubu, président en exercice de l’organisation, lui a demandé de tout faire pour une résolution à l’amiable de la crise au Niger, après des sanctions prises contre ce pays et un ultimatum adressé aux putschistes pour rétablir l’ordre constitutionnel.

Lourdes sanctions

Auparavant, la CEDEAO a imposé de lourdes sanctions à Niamey et a donné jusqu’à dimanche aux auteurs du coup d’État pour rétablir dans ses fonctions le président élu Mohamed Bazoum, sous peine d’utiliser la force.

L’organisation ouest-africaine, qui a notamment suspendu les transactions financières avec le Niger, a dit se préparer à une opération militaire, même si elle a souligné qu’il s’agissait de la « dernière option sur la table ».

Les chefs d’état-major de la CEDEAO sont réunis à Abuja jusqu’à vendredi alors que plusieurs armées ouest-africaines, dont celle du Sénégal, se disent prêtes à intervenir si l’ultimatum n’est pas respecté dimanche.

Dans un entretien accordé à l’Agence France-Presse (AFP_, l’ambassadeur du Niger à Washington, Kiari Liman-Tinguiri, a appelé la junte à revenir à la raisonSi le Niger s’effondre, c’est d’abord tout le Sahel qui s’effondre, qui sera déstabilisé […] et vous aurez Wagner et les djihadistes qui contrôleront l’Afrique de la côte à la Méditerranée, a-t-il prévenu.

Anniversaire de l’indépendance : médias français coupés

Des manifestants brandissant des drapeaux du Niger sont debout sur un bâtiment.

Des centaines de personnes soutenant le coup d’État au Niger se sont rassemblées le 3 août 2023 dans la capitale, Niamey.

PHOTO : GETTY IMAGES / AFP

Le même jour, les programmes de RFI (Radio France Internationale) et de la chaîne de télévision d’information France 24 ont été interrompus au Niger, une décision prise hors de tout cadre conventionnel et légal, selon la maison-mère des deux médias, France Médias Monde.

Les signaux des deux médias ont été coupés sur instructions des nouvelles autorités militaires, a indiqué à l’AFP un haut fonctionnaire nigérien.

La France a condamné très fermement cette décision et réaffirmé son engagement constant et déterminé en faveur de la liberté de la presse, de la liberté d’expression et de la protection des journalistes, a déclaré le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué.

Reporters sans frontières (RSF) a de son côté dénoncé une violation du droit du public à une information plurielle dans un contexte sécuritaire déjà difficile dans le Sahel.

RFI et France 24 sont déjà suspendus au Burkina Faso et au Mali voisins, également dirigés par des putschistes, où les militaires nigériens au pouvoir ont envoyé des délégations mercredi.

L’arrêt de la diffusion de France 24 et RFI intervient le jour de la fête des 63 ans de l’indépendance du Niger de la France.

Des Nigériens participent à une marche organisée par les partisans du chef du coup d'État.

Des Nigériens participent à une marche organisée par les partisans du chef du coup d’État, le général Abdourahmane Tiani, à Niamey, au Niger, le 30 juillet. (Photo d’archives)

Tensions avec l’ancienne puissance coloniale

Depuis le coup d’État, les relations avec Paris se sont dégradées. Des incidents dimanche lors d’une manifestation devant l’ambassade de France ont entraîné l’évacuation de plus de 500 Français.

Des milliers de manifestants soutenant la junte au pouvoir sont sortis jeudi dans le calme dans les rues de plusieurs villes nigériennes, à l’appel du M62, une coalition d’organisations de la société civile souverainistes.

Nombre d’entre eux scandaient des slogans critiques de la France et brandissaient des drapeaux de la Russie, dont se sont déjà rapprochés le Mali et le Burkina.

Les accès à l’ambassade française et à d’autres chancelleries proches étaient bloqués jeudi par les forces de l’ordre nigériennes, ont constaté des journalistes de l’AFP. Avant la manifestation, Paris avait rappelé que la sécurité des emprises et des personnels diplomatiques [étaient] des obligations au titre du droit international.

L’ex-puissance coloniale a fait évacuer 577 de ses ressortissants au Niger mardi et mercredi.

Selon le chef de la junte, le général Abdourahamane Tiani, il n’y a aucune raison objective de quitter le pays.

Les États-Unis, partenaires du Niger comme la France, ont de leur côté affrété un avion pour évacuer leur personnel non essentiel du Niger, quand le président Joe Biden a appelé à la libération immédiate du président Bazoum.

Les deux alliés de ce pays en proie à des violences djihadistes depuis plusieurs années y déploient respectivement 1100 et 1500 militaires, dont l’évacuation n’est pas prévue.

M. Bazoum, 63 ans, est retenu avec sa famille depuis le jour du putsch dans sa résidence présidentielle. L’électricité y a été volontairement coupée jeudi, a affirmé son parti.

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