Les ressortissants français « n’ont jamais été l’objet de la moindre menace », a avancé le général Tiani, mercredi, alors qu’un cinquième avion envoyé par Paris a atterri à Niamey. Par ailleurs, une délégation de la Cedeao est arrivée sur place pour « négocier » avec les putschistes.

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Ressortissants français évacués du Niger, VoyageCréateur : LOU BENOIST, LOU BENOIST | Crédits : AFP

Le général Abdourahamane Tiani, qui a pris le pouvoir à Niamey à la tête de militaires putschistes, a estimé que les Français « n’ont aucune raison objective de quitter le Niger », au moment où plusieurs centaines d’entre eux sont évacués par Paris.

Les ressortissants français « n’ont jamais été l’objet de la moindre menace », a-t-il avancé, mercredi 2 août, dans un discours télévisé à la veille de la fête de l’indépendance du pays, ex-colonie française. Il a dénoncé « l’usage de la force militaire » lors de la manifestation dimanche à Niamey devant l’ambassade de France où des gaz lacrymogènes et « des armes », selon les militaires nigériens, ont été utilisés pour disperser la foule. Paris avait démenti l’utilisation de « moyen létal ».

Dans ce contexte tendu après le coup d’Etat qui a renversé le président Mohamed Bazoum le 26 juillet, la France et l’Italie évacuent leurs ressortissants et les étrangers qui le souhaitent, parmi lesquels figurent des Américains, Canadiens, Belges, Autrichiens, Allemands, Nigériens, Portugais, Ethiopiens ou encore Libanais.

Samedi soir, un cinquième avion du gouvernement français a atterri à Niamey pour évacuer des Français et Européens. Les quatre précédents vols français ont permis d’évacuer 992 personnes, dont 560 Français, selon Paris. Cela devrait être le tout dernier vol pour évacuer les personnes désireuses de quitter le pays. « Les opérations d’évacuation du Niger conduites par la France touchent à leur fin », ont signifié les autorités françaises dans un message aux quelque 1 200 Français enregistrés au Niger.

Washington ordonne l’évacuation partielle de son ambassade

C’est la première évacuation massive organisée par la France dans le Sahel où les coups d’Etat se sont multipliés depuis 2020. Paris a justifié l’évacuation par les « violences qui ont eu lieu » contre son ambassade dimanche lors d’une manifestation hostile à la France, et par « la fermeture de l’espace aérien ». L’évacuation des quelque 1 500 militaires français postés au Niger n’est en revanche « pas à l’ordre du jour », selon l’état-major des armées françaises.

L’Italie a annoncé « le retour de 99 Italiens et étrangers », dont 68 civils. Un peu moins de 500 ressortissants italiens résident au Niger, dont la plupart sont des militaires. Et l’Espagne a dit à l’Agence France-Presse travailler à l’évacuation de ses ressortissants, qui sont un peu plus de 70.

Mercredi soir, après avoir joué la carte de la patience, les Etats-Unis ont ordonné « le départ des employés gouvernementaux non essentiels à l’ambassade » ainsi que leurs familles, selon un avis diffusé sur le site internet du département d’Etat.

Dans le même temps, le niveau d’alerte pour le Niger est passé de 3 à 4, Washington déconseillant à tout ressortissant américain de se rendre dans le pays en raison de la situation sécuritaire sur place. Le département précise avoir réduit les activités à l’ambassade des Etats-Unis à Niamey et cesser toutes les opérations quotidiennes, soulignant qu’ils ne peuvent intervenir qu’en cas d’urgence.

Un certain nombre de citoyens américains sont montés à bord de vols de rapatriement français et italien au départ de Niamey, mais les Etats-Unis n’ont ordonné aucune évacuation générale de leurs ressortissants. Depuis le renversement du président Bazoum qui est toujours déténu par les putschistes, Washington ne parle pas de « coup d’Etat » au Niger, estimant qu’il reste encore une « petite fenêtre » pour la diplomatie et le rétablissement du chef d’Etat dans ses fonctions.

Une semaine pour rétablir l’ancien président

Une délégation de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) est par ailleurs arrivée à Niamey pour « négocier » avec les putschistes. « Le président de la commission de la Cedeao aurait aimé être ici, mais, à l’heure où nous parlons, il se trouve au Niger dans le cadre d’une délégation de haut niveau dirigée par l’ancien chef d’Etat du Nigeria, le général Abdulsalami Abubakar, en vue de négocier », a expliqué, mercredi, le commissaire de la Cedeao chargé des affaires politiques et de la sécurité, Abdel-Fatau Musah.

Les chefs d’état-major des pays membres de l’organisation intergouvernementale ouest-africaine, qui n’ont pas écarté un recours à la force contre les putschistes, se réunissent jusqu’à vendredi à Abuja, la capitale du Nigeria, pendant qu’un émissaire de la junte nigérienne, le général Salifou Mody, est arrivé au Mali. Une intervention militaire au Niger serait « la dernière option » envisagée par la Cedeao pour restaurer l’ordre constitutionnel mais il faut se « préparer à cette éventualité », a ajouté Abdel-Fatau Musah.

Réunion de la Cedeao à Abuja, au Nigeria, à la suite du coup d’Etat au Niger, le 30 juillet 2023.

La Cedeao, présidée par le chef d’Etat Nigérian Bola Tinubu, a ordonné un blocus économique du Niger, décidant la suspension « immédiate » de « toutes les transactions commerciales et financières » avec le pays. Elle n’exclut pas le recours à la force et a donné une semaine – jusqu’à dimanche – aux putschistes pour rétablir l’ancien président Bazoum renversé par des membres de sa garde présidentielle.

« Nous défendons la démocratie et cela doit continuer. Nous sommes prêts et, dès que nous recevrons l’ordre d’intervenir, nous le ferons », a affirmé lundi sur RFI le chef des armées du Nigeria, Christopher Musa.

« Nous refusons toute ingérence »

En ligne avec les sanctions prises par la Cedeao, le Nigeria a coupé son approvisionnement en électricité au Niger, qui dépend à 70 % de ce voisin sur le plan énergétique. La Banque mondiale (BM) a annoncé, mercredi, avoir suspendu les déboursements « pour toutes ses opérations et jusqu’à nouvel ordre » à destination du Niger. La BM a dépensé dans le pays 1,5 milliard de dollars en 2022, selon le site Internet de l’institution.

Le général Tiani, à la tête de ce que les putschistes appellent le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), a critiqué, mercredi, les sanctions prises à l’encontre du Niger par ses voisins ouest-africains. « Le CNSP rejette en bloc ces sanctions et refuse de céder à toute menace et d’où qu’elles viennent », a-t-il déclaré dans son discours télévisé. « Nous refusons toute ingérence dans les affaires intérieures du Niger », a-t-il ajouté.

Selon lui, « ces sanctions sont cyniques et iniques », visent à « humilier les FDS [Forces de défense et de sécurité], le Niger et son peuple » et à rendre « la situation intenable et le pays ingouvernable ».

« Nulle part dans cette attitude méprisante et belliqueuse les dirigeants » ouest-africains « n’ont pris en compte la souveraineté de notre pays », a-t-il dit. Le général Tiani a réexpliqué que c’était principalement en raison de la dégradation sécuritaire au Niger en proie à la violence djihadiste que les militaires avaient pris le pouvoir, affirmant : « c’est de la vie des Nigériens et du Niger qu’il est question ».

« Pas de tensions particulières en ville »

Le Mali et le Burkina Faso, voisins du Niger dirigés par des militaires après des coups de force en 2020 et 2022, soutiennent la junte et ont affirmé que toute intervention armée serait considérée « comme une déclaration de guerre » et entraînerait leur retrait de la Cedeao. La junte a, par ailleurs, accusé lundi la France, ex-puissance coloniale, de vouloir « intervenir militairement », ce que Paris a démenti fermement.

Parallèlement, la Russie a appelé au « dialogue » pour éviter une « dégradation de la situation ». La porte-parole du ministère des affaires étrangères russe, Maria Zakharova, a estimé que la « menace de recourir à la force contre un Etat souverain ne contribuera[it] pas à désamorcer les tensions et à résoudre la situation dans le pays ».

Pour l’heure « à Niamey, il n’y a pas de tensions particulières en ville, pas de stress particulier, la population vaque à ses occupations », a décrit à son arrivée à Paris un passager qui travaillait pour l’Union européenne au Niger. « A un moment donné, il y a eu une sensation d’insécurité, on savait que tout pouvait basculer », a témoigné, soulagée, Raïssa Kelembho, rentrée du Niger avec ses deux garçons et dont le mari est resté au Niger pour travailler.

Le Monde avec AFP

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