Selon le chercheur Rahmane Idrissa, le général Tchiani se savait menacé par le président, qui voulait entreprendre une réforme de l’appareil sécuritaire.

Au Niger, on connaît désormais le nom du chef de la junte qui séquestre le président Mohamed Bazoum depuis mercredi 26 juillet. Le général Abdourahamane Tchiani, chef de la garde présidentielle à l’origine du coup d’Etat, est apparu vendredi à la télévision nationale comme le nouvel homme fort du pays, en tant que « président du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie » (CNSP).

Rahmane Idrissa est chercheur en sciences politiques à l’African Studies Centre de l’université de Leyde, aux Pays-Bas. Entretien.

La ministre française des affaires étrangères a déclaré que la « tentative » de coup d’Etat au Niger n’était pas « définitive ». Comment analysez-vous la situation ?

On peut dire que le coup d’Etat est acté, mais par défaut. Il l’est parce que le président Mohamed Bazoum n’est plus en mesure de diriger son pays. Mais il ne l’est pas encore puisqu’il n’a pas donné sa démission. On voit que des choses se passent et que des pourparlers sont en cours. Si le président élu n’a pas démissionné, c’est parce que des tractations ont toujours lieu.

Une délégation nigériane est sur place et il est prévu que le président béninois, Patrice Talon, s’y rende également. Mahamadou Issoufou [président du Niger de 2011 à 2021 et prédécesseur de Mohamed Bazoum] a tenté une médiation avec le général Tchiani. Elle n’a pas abouti. Il faut rester prudent, mais il semble difficile d’assister aujourd’hui à un retour au pouvoir de Mohamed Bazoum.

Des manifestants ont demandé le retour à l’ordre constitutionnel et la libération du président. Le lendemain, d’autres ont défilé pour soutenir les putschistes et un local du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS), le parti au pouvoir, a été attaqué. Comment l’interpréter ?

Nous sommes dans de la politique pure, avec d’un côté le parti présidentiel et de l’autre l’opposition. Celle-ci était soutenue par le M62, un mouvement qui rassemble différentes organisations de la société civile et qui se revendique comme anti-impérialiste et anti-français. Ceci peut expliquer la présence de drapeaux russes dans les cortèges.

Ce qu’il est nécessaire de comprendre, c’est que la population nigérienne est exaspérée face aux scandales de corruption à répétition et par la gabegie. Dans un autre domaine, les gouvernements successifs n’ont pas été capables de répondre aux menaces djihadistes. Au sein de la population, le PNDS est devenu extrêmement impopulaire, ce qui ne signifie pas pour autant que la côte de Mohamed Bazoum le soit autant.

Ce coup d’Etat intervient au moment du deuxième sommet Russie-Afrique. Pensez-vous que Moscou soit derrière ce putsch ?

Non, je ne le pense pas.

La junte malienne a-t-elle pu avoir une influence sur les événements au Niger ?

D’une certaine manière, elle en a eu. Mais par contagion, pas par une action directe.

Dans quel contexte intervient ce coup d’Etat ?

Le Niger a une longue tradition en la matière [quatre depuis son indépendance, en 1960]. Le projet visant à renverser Mohamed Bazoum existe depuis longtemps au sein de l’armée. Il y a même eu plusieurs tentatives. En mars 2021, le gouvernement avait annoncé l’arrestation de plusieurs personnes après une tentative de coup d’Etat présumée, deux jours avant la prestation de serment du président. En mars 2022, une autre tentative avait été déjouée par les autorités. L’avenir dira si cette tentative est la bonne.

Pourquoi le général Tchiani a-t-il mené ce coup  ?

Ce fidèle parmi les fidèles de Mahamadou Issoufou, à la tête de la garde présidentielle depuis 2011, se savait menacé par Mohamed Bazoum, qui voulait entreprendre une réforme de l’appareil sécuritaire [en avril, le président avait remplacé le chef d’état-major des armées et le patron de la gendarmerie nationale]. Cela lui a probablement attiré certaines inimitiés. Après l’annonce de la séquestration, on a assisté à un flottement avant que l’armée ne se rallie aux putschistes, comme si elle avait hésité à prendre les armes pour combattre la garde présidentielle et libérer le président.

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