Analyse Les militaires qui ont renversé le président élu Mohamed Bazoum ont donné vendredi soir 48 heures à l’ambassadeur de France à Niamey pour quitter le pays. Paris, qui soutient l’idée d’une intervention militaire ouest-africaine pour chasser les putschistes, refuse catégoriquement de reconnaître le nouveau pouvoir à Niamey.

Entre Niamey et Paris, le bras de fer se poursuit de plus belle. Vendredi 25 août, dans la soirée, les militaires qui ont pris le pouvoir il y a un mois au Niger ont exigé le départ de l’ambassadeur de France sous 48 heures. Paris a aussitôt rejeté cette décision, arguant que les « putschistes n’ont pas autorité » pour prendre une telle décision. Les autorités françaises refusent d’entériner le coup de force des militaires dirigés par le général Tiani qui ont renversé le président élu Mohamed Bazoum, le 26 juillet dernier.

Le ministère nigérien des Affaires étrangères a expliqué que face « au refus de l’ambassadeur de France à Niamey de répondre à l’invitation (…) pour un entretien » vendredi « et d’autres agissements du gouvernement français contraires aux intérêts du Niger », les autorités avaient décidé de « retirer leur agrément à M. Sylvain Itté et de lui demander de quitter le territoire nigérien sous quarante-huit heures ». Depuis leur coup de force, les putschistes s’en prennent particulièrement à la France, ancienne puissance coloniale, qui dispose de quelque 1500 hommes stationnant dans le pays.

Paris refuse d’entériner le coup d’État et soutient ouvertement la volonté de plusieurs pays de la région, regroupés au sein de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), de lancer une opération militaire pour rétablir dans ses fonctions le président élu en 2021, Mohamed Bazoum. Ce dernier est séquestré avec sa famille par les putschistes depuis le 26 juillet. Depuis 2020, les pouvoirs civils ont été successivement renversés par des militaires au Mali, en Guinée et au Burkina Faso, et les dirigeants de la région craignent un effet de contagion.

Appel à manifester devant la base militaire française

La décision d’expulser l’ambassadeur de France s’inscrit dans un contexte de forte tension entre les putschistes et Paris. Les partisans de la junte accusent l’ancienne puissance coloniale de comploter contre leur pays. Le 3 août dernier, le nouveau pouvoir à Niamey a dénoncé une série d’accords militaires signés avec la France, comme l’avaient fait avant lui les régimes issus de putschs à Bamako et Ouagadougou. Une décision déjà rejetée par la France.

Et la tension devrait encore monter d’un cran dans les jours qui viennent. Des organisations hostiles à la présence militaire française ont en effet appelé à manifester à partir du 3 septembre devant la base militaire française à Niamey pour exiger le départ des soldats. Suite aux coups d’État au Mali et au Burkina Faso, la France a recentré sa présence militaire au Niger, et un éventuel retrait de ce pays sous la contrainte marquerait de facto la fin de dix ans d’opérations anti-djihadistes dans le Sahel.

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