Plusieurs pays ont appelé mardi à une résolution pacifique de la crise au Niger, à deux jours d’une réunion militaire ouest-africaine devant évoquer une possible intervention armée pour rétablir le président Mohamed Bazoum, renversé par un coup d’Etat il y a près de trois semaines. « Nous restons concentrés sur la voie diplomatique pour obtenir (…) le retour à l’ordre constitutionnel, et je crois qu’il continue d’exister une marge pour obtenir ce résultat par la diplomatie », a déclaré le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken à la presse. Plus tôt dans la journée, le président russe Vladimir Poutine et son homologue malien Assimi Goïta, arrivé au pouvoir par un putsch en 2020, ont souligné lors d’un entretien téléphonique « l’importance de régler la situation » au Niger, « uniquement par des moyens pacifiques politico-diplomatiques ».

Le Mali, pays voisin du Niger, avait très rapidement afiché sa solidarité avec les militaires au pouvoir à Niamey. Mardi, le nouveau Premier ministre nommé par les militaires à Niamey, Ali Mahaman Lamine Zeine s’est rendu à N’Djamena où il a été reçu par le président de transition tchadien Mahamat Idriss Deby Itno, pour une « visite de travail », ont annoncé les autorités de ce pays voisin du Niger. M. Zeine, accompagné de deux cadres du régime militaire, a apporté un « message » du nouvel homme fort de Niamey, le général Abdourahamane Tiani, pour exprimer sa « fraternité » et « renouveler le sentiment de bon voisinage » entre les deux pays, insistant toutefois sur « l’indépendance » du Niger.

Le Tchad, importante puissance militaire africaine, avait indiqué la semaine dernière qu’il ne participerait à aucune intervention militaire aux côtés de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), à laquelle il n’appartient pas. Mais la pression reste forte sur les militaires au pouvoir à Niamey. Une réunion des chefs d’état-major de la Cedeao, initialement prévue le 12 août, se déroulera les 17 et 18 août à Accra, la capitale ghanéenne, selon une source militaire régionale et une source au sein de l’organisation régionale. Elle se tiendra une semaine après la décision de la Cedeao de déployer une « force en attente », pour rétablir dans ses fonctions Mohamed Bazoum, le président du Niger renversé par un coup d’Etat militaire le 26 juillet.

Les militaires au pouvoir au Niger ont par ailleurs haussé le ton lundi soir face à la menace d’une intervention armée. Ils ont rappelé l’ambassadeur du Niger à Abidjan pour « consultation », après des propos du président ivoirien Alassane Ouattara qui a fait, selon eux, « l’apologie de l’action armée » contre leur pays. – « Agression insensée » – Jeudi, le président Ouattara avait déclaré que les chefs d’Etat étaient d’accord pour qu’une opération militaire « démarre dans les plus brefs délais », s’engageant à fournir un bataillon. Le régime militaire à Niamey a dénoncé l' »empressement » de M. Ouattara à « voir se réaliser cette agression en tout point illégale et insensée contre le Niger ». Mardi, un container était disposé en travers de la route qui relie le Bénin au Niger à Malanville, seule frontière terrestre entre les deux pays, selon le témoignage de plusieurs habitants côté béninois.

Selon ces sources, ce container – qui bloque totalement le passage – aurait été disposé côté nigérien pour empêcher une éventuelle intervention militaire par cette frontière. La Cedeao a également dénoncé lundi « une nouvelle provocation » des militaires au pouvoir à Niamey qui ont annoncé leur intention de poursuivre devant les tribunaux le président déchu Mohamed Bazoum « pour haute trahison ». Ces derniers assurent avoir réuni des « preuves », en s’appuyant sur des « échanges » qu’aurait eu M. Bazoum avec des « nationaux », des « chefs d’Etat étrangers » et des « responsables d’organisations internationales », une « invention mensongère », selon le parti du président renversé. – « Matraquage médiatique » – Ce dernier est retenu depuis le coup d’Etat dans sa résidence présidentielle, avec son fils et sa femme.

Mais la voie du dialogue n’est pas abandonnée: samedi, une délégation de chefs religieux nigérians musulmans qui s’est rendue à Niamey a assuré que le nouvel homme fort du Niger, le général Abdourahamane Tiani était prêt à « explorer la voie de la diplomatie et de la paix afin de résoudre » la crise. Et la Cedeao a répété la semaine dernière sa préférence pour privilégier la « voie diplomatique ». Depuis le 30 juillet, ce pays sahélien enclavé et miné par la violence de divers groupes armés jihadistes, est sous le coup de lourdes sanctions financières et commerciales imposées par la Cedeao.

Mardi, l’Alliance Sahel, plateforme internationale coordonnant l’aide à la région, s’est dite « particulièrement préoccupée » par les implications du coup d’Etat « sur les populations les plus vulnérables et par les informations relatives à la restriction croissante des droits de l’homme et du citoyen ». L’Alliance Sahel réunit plusieurs pays et institutions internationales comme la France, l’Allemagne ou les Etats-Unis qui ont suspendu leur programmes d’aides au Niger.

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