Mamadi Doumbouya : Le légionnaire du 05 septembre devenu PR du 28 décembre

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Mamadi Doumbouya, du 05 septembre au 28 décembre, c’est l’itinéraire d’un pouvoir devenu civil en Guinée. De la transition militaire à la présidence élue, Mamadi Doumbouya devra désormais se faire face à l’épreuve du pouvoir durable. Cette nouvelle étape oblige l’homme fort de Conakry à changer de posture. Gouverner par décret et par l’autorité militaire ne suffit plus. Après son putsch et son élection en tant que Président légitime de la Guinée, comment devenir un chef d’Etat exemplaire pour tous les guinéens et toutes les Guinéennes, sans exception aucune ?

C’est à cette question que Mamadi Doumbouya  devra s’atteler à trouver des réponses idoines en ce début de premier septennat. Sa transition aura été si longue en durée et si courte en actions. Avec cette petite expérience du pouvoir d’Etat sans tous ses ingrédients et sans tous les locataires et aboutissants de la chose publique, Mamadi Doumbouya en a appris à ses dépens durant ces 04 ans, 03 mois et 23 jours de présidence transitoire. Maintenant qu’il faut travailler avec les règles de la démocratie, les normes socio-culturelles, les valeurs ancestrales du peuhl et du Sosso, la discipline militaire, le respect des droits de l’homme et de la dignité de la personne humaine… Comment Mamadi Doumbouya va-t-il se défaire de son réflexe de militaire pour se moudre dans la tunique d’un vrai chef d’Etat au nom de la réconciliation nationale ? Lui qui devra ouvrir la Guinée à qui veut la faire émerger, lui que le concert des nations attend en toute impatience le retour du pays de Sékou Touré, Lansana Konté, Daddis Camara, Sékouba Traoré, Alpha Condé, etc.

A-Doumbouya, le putschiste

L’homme du 05 septembre 2021, était un légionnaire et chef des forces spéciales de la Guinée. Il renverse un régime légalement constitué et mis en place le CNRD où siège des porteurs d’uniforme, des civiles, des activistes et influenceurs, des voix extérieures de la Guinée qui soutenaient le renversement du président légitime de l’époque : celui du Professeur Alpha Condé. Embastillé, sanctionné par la CEDEAO et l’Union africaine, rejeté par ses paires de la sous-région, la Guinée vit seule sa douleur et traverse vents et marrées dans l’intimité de sa gouvernance et de sa confiance en une Guinée nouvelle, forte et très influente dans le concert des Nations. Cette Guinée sous transition aura été cisaillée, blessée et cicatrisée de toute part. Comme toute transition militaire, les règles d’or et de bonnes pratiques en démocratie ne sont pas monnaie courante chez les porteurs d’uniforme.

La Guinée post-Condé n’a pas échappé à cette logique. Et plusieurs dérives ont été relevées çà et là au cours de la période transitoire. Des voix dissidentes portées disparues ou obligées à l’exil ; des partis politiques dissout pour réduire l’espace d’expression démocratique, des opposants emprisonnés et d’autres forcés à l’exil naturel, quelques brouilles diplomatiques, des sociétés et compagnies minières ciblées par le retrait de permis d’explorer ou d’exploiter, des partenariats économiques reformulés, moins de consultations avec les forces vives de la nation, une administration militarisée de part en part, l’énigme autour «  d’un homme d’État craint et toute était loi et décision  », etc. La Guinée et les Guinéens et Guinéennes ont sans doute beaucoup à raconter de cette transition qui aura permis au pays d’opérer une certaine refondation. Maintenant qu’il est arrivé à ses ailerons, il devrait démissionner de l’armée, se détacher de ses galons étoilés pour se consacrer à l’idéal guinéen : rassembler tous les fils et fichiers de la patrie pour bâtir une Guinée ouverte et forte pour reconquérir le nouveau monde.

1-Le 5 septembre 2021, l’acte fondateur

Lorsque Mamadi Doumbouya prenait d’assaut le palais présidentiel et renverse Alpha Condé, il est encore peu connu du grand public. Chef des forces spéciales, passé par la Légion étrangère française, il apparaissait ce jour-là en tenue de combat, entouré de soldats lourdement armés. Le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) est aussitôt mis en place. Il réunit des militaires, quelques civils, des technocrates, des activistes et des soutiens venus de la diaspora. La chute d’Alpha Condé est alors accueillie avec soulagement par un parti de la population, épuisée par les violences liées au troisième mandat présidentiel. Les images de liesse dans les rues de Conakry témoignent d’un espoir de rupture avec un pouvoir jugé utilisé et autoritaire. Très vite, le nouvel homme fort promet une transition apaisée, la refondation de l’État et un retour rapide à l’ordre constitutionnel. La transition s’étire pourtant sur plus de quatre ans. Quatre années font de promesses, d’annonces, mais aussi de décisions controversées. Isolée au départ, sanctionnée par la CEDEAO et l’Union africaine, la Guinée traverse cette période dans une relative solitude diplomatique. Le pays avance à tâtons, cherchant à redéfinir ses priorités politiques, économiques et institutionnelles.

L’ancien chef de la junte doit aussi redéfinir sa relation avec l’armée, se détacher de ses réflexes de commandement et accepter les contraintes d’un pouvoir civil. La réconciliation nationale, souvent évoquée, demeure un chantier sensible.

Comme souvent dans les transitions militaires, les pratiques démocratiques peinent à s’imposer. Plusieurs partis politiques sont suspendus, des médias réduits au silence, des manifestations interdites. Des figures de l’opposition et de la société civile sont arrêtées, d’autres choisissent l’exil. Les récits de disparitions forcées et d’enlèvements alimentent un climat de méfiance et de crainte. L’administration se militarise progressivement. Les postes clés de l’État sont confiés à des officiers ou à des proches du pouvoir. La parole présidentielle devient rare, centralisée, presque inaccessible. Mamadi Doumbouya gouverne depuis le palais Mohammed V, laissant à son Premier ministre, Amadou Oury Bah, et à son porte-parole, Amara Camara, le soin d’expliquer et de défendre l’action du régime.

2-Apprendre le pouvoir d’État

Cette période permet toutefois à Mamadi Doumbouya de se familiariser avec les rouages ​​complexes du pouvoir d’État. Gouverner un pays ne se limite pas à donner des ordres. Il faut composer avec des administrations lentes, des partenaires exigeants, une économie en reconstruction et une société plurielle. À ses dépens, le chef de la junte découvre que la discipline militaire ne suffit pas à gérer les attentes d’un peuple de près de 13 millions d’habitants. Les critiques s’accumulent, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Pourtant, le régime tient. Il ajuste sa stratégie, corrige certaines erreurs, se renoue progressivement avec des partenaires internationaux. La transition, bien que contestée, devient un espace de recomposition politique.

3-Une élection sans véritable rival

Le 28 décembre, Mamadi Doumbouya remporte l’élection présidentielle avec 86,72 % des suffrages, selon des résultats provisoires, et un taux de participation annoncé de 80,95 %. Le scrutin, boycotté par un parti de l’opposition, se déroule sans candidat d’envergure face au chef de l’État sortant. Candidat indépendant, soutenu par le mouvement Génération pour la modernité et le développement (GMD), il mène une campagne discrète. Une vidéo, quelques messages, une apparition publique d’une heure lors du dernier jour de campagne. Ses treillis et son béret rouge cèdent la place à des costumes civils. Il s’agit de rassurer, de montrer un président civil, détaché de l’image du putschiste. Sous sa gouvernance, les restrictions aux libertés publiques demeurent une réalité. Manifestations interdites, opposants emprisonnés, médias suspendus : le paysage politique reste étroitement contrôlé. Cette situation alimente les critiques d’un simulacre démocratique, tant au sein du pays qu’à l’étranger. Le pouvoir justifie ces choix par la nécessité de préserver la stabilité et d’éviter le chaos. Une rhétorique sécuritaire qui trouve un certain écho dans une région ouest-africaine secouée par les coups d’État et l’insécurité.

4-Un lien avec la France

Originaire de Kankan, issu de l’ethnie malinké, Mamadi Doumbouya conserve des liens étroits avec la France. Entré à la Légion étrangère en 2002, il participe à plusieurs opérations extérieures, notamment en Afghanistan et en Centrafrique. Il est titulaire d’un master en défense de l’université Panthéon-Assas et a suivi les cours de l’École de guerre. Marié à une ancienne gendarmerie française (officier de police judiciaire), père de quatre enfants, son parcours personnel nourrit une image de militaire formée à l’international, ouverte aux normes occidentales, même si sa pratique du pouvoir reste autoritaire. Contrairement à d’autres juntes du Sahel, Mamadi Doumbouya évite la rupture avec les partenaires traditionnels. À la tribune de l’ONU en 2023, il défend une lecture critique des modèles démocratiques importés, tout en revendiquant un positionnement non aligné. Ni pro-russe, ni pro-occidental, mais attaché aux intérêts guinéens. Cette posture rassure une partie de la communauté internationale. Elle permet à la Guinée de maintenir des relations fonctionnelles avec la France, les États-Unis, la Chine et les institutions financières.

B-Doumbouya, le PR de tous les Guinéens

Désormais, Mamadi Doumbouya est le Président de la République de Guinée. Bientôt consacré par la Cour Suprême et investi comme tel. Il sera l’image de l’unité et du rassemblement pour toute la Guinée (de la Haute à la Basse). L’enfant terrible de Kankan entre en scène pour une diplomatie nouvelle, pour consolider l’économie du pays appelé sur le modèle Simandou et retravailler l’armée guinéenne face aux crises sécuritaires qui secouent l’Afrique de l’ouest et par ricochet le Sahel dont le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Pour une «  Guinée Nouvelle  », les missions récentes et futures de Mamadi Doumbouya, désormais élu président (selon des sources récentes), se concentrent sur la promesse de stabilité et de développement, notamment avec l’exploitation du gisement de Simandou, tout en maintenant de bonnes relations avec la France et ses partenaires internationaux, malgré des accusations de simulacre démocratique et des appels au boycott de l’opposition.  Après un coup d’État, il s’efforce de légitimer son régime en se présentant comme garant de la paix et de la stabilité, malgré les critiques de l’opposition sur le déroulement des élections et la restriction des libertés.

Le lancement de l’exploitation du gisement de fer de Simandou  est présenté comme un moteur majeur pour générer des revenus et améliorer les conditions de vie, bien que 52% des Guinéens vivent encore sous le seuil de pauvreté. Contrairement aux autres juntes sahéliennes, Doumbouya a maintenu des liens solides avec la France et les partenaires internationaux, renforçant son positionnement sur la scène mondiale. Son mouvement GMD (Génération pour la Modernité et le Développement) a rencontré en avant une vision de modernisation, contrastant avec l’ère précédente, même si son style de gouvernance est perçu comme autoritaire. Une nouvelle constitution a été adoptée, permettant aux membres de la junte de se présenter à l’élection, ouvrant la voie à sa propre candidature présidentielle. Doumbouya s’est présenté comme candidat indépendant, soutenu par son mouvement, et a remporté l’élection face à une opposition divisée et appelant au boycott. Il a promis «  paix et stabilité  » et a mis en avant ses réalisations, tout en faisant de rares apparitions publiques. 

Les nouvelles missions de Doumbouya cohérentes à transformer son pouvoir militaire en pouvoir civil légitimé, en mettant sur la stabilité et le potentiel économique minier pour construire sa «  Guinée Nouvelle  », tout en gérant les défis internes de l’opposition et les attentes de développement.

Désormais président élu, Mamadi Doumbouya est attendu sur le terrain du rassemblement national. Il lui revient de rassurer les opposants, de rétablir la confiance avec la société civile et de donner des garanties sur le respect des droits fondamentaux. L’ancien chef de la junte doit aussi redéfinir sa relation avec l’armée, se détacher de ses réflexes de commandement et accepter les contraintes d’un pouvoir civil. La réconciliation nationale, souvent évoquée, demeure un chantier sensible. L’entrée officielle de Mamadi Doumbouya dans l’ordre constitutionnel ouvre une période d’observation. Les Guinéens attendent des actes concrets, une gouvernance plus ouverte et des résultats visibles sur le quotidien. Les partenaires internationaux, eux, scrutent les signaux envoyés par le nouveau président. Le légionnaire du 5 septembre est devenu président le 28 décembre. Reste à savoir comment cet homme de pouvoir saura transformer l’autorité conquise par les armes en une légitimité durable, fondée sur l’écoute, l’équilibre institutionnel et le progrès partagé.

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