Nusantara, future capitale de l’Indonésie à la place de Djakarta

Les travaux sont en cours pour déménager la capitale indonésienne, Jakarta, en plein cœur de la forêt de l’île de Bornéo. La ville de Jakarta s’enfonce de près de 10 centimètres par année en raison de l’extraction excessive des eaux souterraines. Le problème est aggravé par la hausse du niveau des océans. Si rien n’est fait, Jakarta sera presque entièrement submergée en 2050.

C’est une des villes les plus polluées, surpeuplées et congestionnées de la planète. Jakarta, mégapole de 12 millions d’habitants, suffoque.

Comme si ce n’était pas assez, la capitale indonésienne risque aussi de se noyer. Alors que le niveau des océans monte, Jakarta s’enfonce chaque année.

C’est de notre faute! C’est une catastrophe anthropique, pas une catastrophe naturelle, lance Heri Andreas, chercheur au Département de géodésie de l’Institut de technologie de Bandung.

Près de la moitié de la capitale indonésienne se trouve sous le niveau de la mer en raison de la compaction du sol causée par l’extraction excessive et souvent illégale de l’eau souterraine. Pour bon nombre de résidents, ces puits improvisés étaient la seule solution dans cette mégapole aux eaux de surface polluées et insalubres.

Plusieurs bateaux immobilisés dans de l'eau sale remplie de débris.

Quartier pauvre du nord de Jakarta où les cours d’eau sont pollués.

PHOTO : RADIO-CANADA / PHILIPPE LEBLANC

Dans un quartier riverain pauvre du nord de Jakarta, les résidents rencontrés vivent au rythme des inondations.

Chaque jour, à marée haute, l’eau submerge les rues ainsi que les planchers de la plupart des habitations. Une dame dort même sur un lit surélevé lorsque les inondations sont prévues durant la nuit.

Une digue improvisée protège tant bien que mal les habitants. Le quartier s’est enfoncé de près de quatre mètres déjà depuis les années 1970.

Un haut mur de béton avec des illustrations variées peintes.

Des murs ont été installés pour protéger certaines zones de la ville de Jakarta.

PHOTO : RADIO-CANADA / PHILIPPE LEBLANC

Des murs ont été installés pour protéger certaines zones de Jakarta. À d’autres endroits, de petits quartiers entiers ont été construits sur pilotis.

Les problèmes ont commencé avec les mauvaises conditions sanitaires, ce qui a mené à la pollution des cours d’eau, puis à l’extraction, et finalement à l’affaissement du terrain. Tout ça donne des inondations côtières.

Une citation deHeri Andreas

Lorsque nous parlons au gouvernement, il n’écoute pas. Encore aujourd’hui, nous les conseillons, mais ils n’écoutent pas. C’est frustrant!

Après la disparition de 20 villages engloutis et alors que 112 communautés indonésiennes s’enfoncent, à l’instar de Jakarta, les autorités ont finalement décidé de s’attaquer au problème de la capitale.

La solution choisie par le gouvernement indonésien se trouve au milieu de la forêt de production forestière de l’île de Bornéo, à plus de 1000 kilomètres de Jakarta. La capitale indonésienne déménagera.

L'immense chantier compte quelques édifices construits, mais surtout de nombreuses grues.

Des milliers de travailleurs sont à l’oeuvre pour bâtir la nouvelle capitale indonésienne sur l’île de Bornéo, Ibu Kota Nusantara, surnommée IKN.

PHOTO : RADIO-CANADA / PHILIPPE LEBLANC

Là-bas, une ville émerge du sol. Pas moins de 10 000 travailleurs bâtissent, jour et nuit, une toute nouvelle capitale pour l’Indonésie : Ibu Kota Nusantara, qu’on surnomme IKN.

Nous allons seulement développer environ 1000 hectares dans cette première phase, mais cela suffira pour que le monde voie que le projet va de l’avant, précise Bambang Susantono, élu local et directeur de l’autorité de la capitale nationale de Nusantara.

Le politicien supervise la phase initiale d’une valeur de 50 milliards de dollars du projet de déménagement de la capitale dès l’an prochain.

Palais présidentiel, édifices gouvernementaux, résidences, il faut tout bâtir au même moment où routes et infrastructures prennent forme.

L'immense chantier de la nouvelle capitale vu des airs avec quelques bâtiments, des routes et des terrains exempts de forêt.

La première phase de développement de la future capitale Ibu Kota Nusantara, surnommée IKN, s’étendra sur environ 1000 hectares.

PHOTO : RADIO-CANADA / VIANNEY LEUDIÈRE

Ville futuriste qui suscite déjà la controverse

Si le déménagement de la capitale est le projet du président indonésien actuel, Joko Widodo, c’est l’architecte Sofian Sibarani qui le dessine.

Ça doit être une ville verte, intelligente, internationale et durable du 21e siècle, une ville qui transforme le peuple indonésien en faveur du progrès de la société, affirme Sofian Sibarani, le directeur de la firme Urban+. C’est une cible très effrayante pour moi!

Sa vision pour cette ville futuriste, qui aura la superficie de Tokyo en 2045 et qui accueillera plus de 2 millions de personnes, comprend des panneaux solaires sur tous les toits, des passerelles piétonnières entre les édifices, ainsi que des espaces pour la livraison par drones.

Il rêve d’une ville sans voiture, à la consommation énergétique minimale et résiliente face aux changements climatiques. Un plan qui serait trop ambitieux, selon lui, pour le gouvernement indonésien actuel.

Le gouvernement ou ceux qui exécutent les travaux actuellement ont plus de difficulté à adopter et à suivre notre plan pour le futur, avance Sofian Sibarani.

Trois pelles mécaniques arrachent des racines sur le bord d'une forêt.

Les écosystèmes de Bornéo et de sa forêt tropicale risquent de souffrir de cette déforestation.

PHOTO : RADIO-CANADA / PHILIPPE LEBLANC

La nouvelle capitale indonésienne commence à peine à prendre forme qu’elle suscite déjà la controverse. Des populations locales ont été expropriées. Certains affirment de plus que l’écosystème de Bornéo et celui de sa forêt tropicale déjà fragilisée par l’exploitation minière et forestière risquent de souffrir davantage.

On ne va que déplacer les problèmes, pas les régler. Ça ne réglera pas non plus les problèmes de pollution et de surpopulation de Jakarta, croit Melky Nahar, le directeur de Mining Advocacy Work, et cela même si des centaines de milliers de fonctionnaires et travailleurs déménagent de Jakarta à IKN. Il n’y a pas de politique pour améliorer la qualité de l’air à Jakarta.

Le chercheur Heri Andreas, lui, demande aux autorités de dépolluer les cours d’eau de Jakarta pour freiner l’extraction de l’eau souterraine ainsi que l’enfoncement de la ville. Cela permettrait à la population d’y rester, selon lui.

La gestion des eaux souterraines est peut-être plus importante que le déplacement de la capitale vers Jakarta, affirme Heri Andreas.

Deux travailleurs transportent un grand panneau par-dessus leur tête.

Des travailleurs à l’œuvre sur un chantier résidentiel de la future capitale indonésienne, Ibu Kota Nusantara.

PHOTO : RADIO-CANADA / PHILIPPE LEBLANC

Pour l’instant, le gouvernement indonésien se concentre sur sa future capitale et des fonds supplémentaires ont été alloués dans le dernier budget présenté cet automne.

Il ne s’agit pas seulement de déplacer la capitale, de construire physiquement une nouvelle capitale. Il s’agit d’une transformation de la façon de vivre en Indonésie qui sera devenue un pays riche en 2045.

Une citation de Bambang Susantono, un élu

Pour le moment, c’est la vision à long terme. L’inauguration officielle de la capitale indonésienne doit avoir lieu au mois d’août l’an prochain afin de marquer les fêtes annuelles de l’indépendance.

Le président, Joko Widodo, ne peut pas se présenter à nouveau aux élections de février. Il faudra donc voir ce que le prochain président de l’Indonésie décidera de faire de cet immense projet.

Avec RADIO CANADA

 

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