Selon la dernière Note d’information sur les migrations et le développement (a) publiée aujourd’hui par la Banque mondiale, les remises migratoires à destination des pays à revenu faible et intermédiaire devraient s’accroître de 1,4 % pour s’établir à 656 milliards de dollars en 2023, dans la perspective probable d’un ralentissement de l’activité économique dans les pays d’origine de ces fonds qui limitera les possibilités d’emploi et de progression salariale chez les travailleurs migrants.

Le nouveau rapport fait également état d’une révision à la hausse des envois de fonds enregistrés en 2022, qui ont augmenté de 8 % pour atteindre 647 milliards de dollars. En cette période d’après-COVID, qui se caractérise par un ralentissement de la croissance économique et une contraction des investissements directs étrangers, les envois de fonds des travailleurs à l’étranger revêtent une importance accrue pour les pays et les ménages ; ils sont en effet une source de financement extérieur résiliente, en particulier dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire qui ont accumulé de lourdes dettes extérieures.

« Les envois de fonds des travailleurs migrants complètent dans une très large mesure les transferts monétaires de l’État et revêtent une importance cruciale pour les ménages durant les périodes difficiles, explique Michal Rutkowski, directeur du pôle mondial d’expertise en Protection sociale et emploi de la Banque mondiale. À travers ses travaux d’analyse et ses opérations dans le domaine migratoire, la Banque mondiale s’attache à faciliter les transferts d’argent et à en réduire le coût. »

En 2022, ces envois de fonds ont bénéficié du niveau élevé des cours du pétrole dans les pays membres du Conseil de coopération du Golfe, qui a entraîné une augmentation des revenus des migrants, des importants transferts de fonds de la Fédération de Russie à des pays d’Asie centrale, et de la robustesse du marché du travail aux États-Unis et dans les économies avancées où vont travailler les migrants. Au niveau des régions de destination, les remises migratoires ont augmenté de 0,7 % en Asie de l’Est et Pacifique, de 19 % en Europe et Asie centrale, de 11,3 % en Amérique latine-Caraïbes, de 12,2 % en Asie du Sud et de 6,1 % en Afrique subsaharienne. Elles ont diminué de 3,8 % dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord.

Les cinq principaux bénéficiaires de ces envois de fonds étaient, en 2022, l’Inde (111 milliards de dollars), le Mexique (61 milliards de dollars), la Chine (51 milliards de dollars), les Philippines (38 milliards de dollars) et le Pakistan (30 milliards de dollars). Les pays dans lesquels le poids des remises migratoires en pourcentage du PIB est particulièrement élevé — signe de l’importance de la contribution de ces fonds au financement des déficits du compte courant et des finances publiques — sont le Tadjikistan (51 % du PIB), les Tonga (44 %), le Liban (36 %), le Samoa (34 %) et la République kirghize (31 %).

« Les envois de fonds des travailleurs migrants sont devenus une bouée de sauvetage pour de nombreux pays en difficulté durant la pandémie, et seront encore plus nécessaires au cours des périodes à venir, fait observer Dilip Ratha, principal auteur du rapport et directeur de KNOMADNous collaborons plus étroitement avec les pays d’origine et avec les pays bénéficiaires dans le but d’améliorer les données et de tirer parti des envois de fonds pour mobiliser des capitaux du secteur privé grâce à l’émission d’“obligations diaspora” et au rehaussement des notes souveraines. »

À l’échelle mondiale, le coût du transfert de 200 dollars était, en moyenne, de 6,2 % au quatrième trimestre de 2022, soit légèrement plus que les 6 % enregistrés un an auparavant, et plus du double de la cible de 3 % fixée par les Objectifs de développement durable, selon la base de données de la Banque mondiale sur le coût des transferts d’argent dans le monde. Les banques sont les intermédiaires les plus coûteux (11,8 % en moyenne), suivis par les bureaux de poste (6,3 %), les opérateurs de transfert de fonds (5,4 %) et les opérateurs de services mobiles (4,5 %). Bien que ces derniers offrent les services les moins onéreux, ils ne traitent que moins de 1 % du volume total des transactions.

Tendances régionales

Les envois de fonds à destination de l’Asie de l’Est et Pacifique ont augmenté de 0,7 % pour atteindre 130 milliards de dollars en 2022. Les transferts d’argent vers la Chine diminuent en raison de la prospérité grandissante et du vieillissement de la population, deux facteurs qui ralentissent l’émigration des personnes relativement moins qualifiées. En dehors de la Chine, la demande de migrants très qualifiés d’Asie de l’Est par les pays membres de l’OCDE, la persistance de la demande de travailleurs dans les pays membres du Conseil de coopération du Golfe et l’accroissement des possibilités d’emploi en Australie et en Nouvelle-Zélande ont permis aux migrants d’envoyer des fonds dans leurs pays. Selon les projections, ces transferts devraient augmenter de 1 % en 2023, car le ralentissement de la croissance dans les pays d’accueil aura des répercussions sur les revenus et les perspectives d’emploi. Le coût moyen de l’envoi de 200 dollars dans cette région était de 5,7 % au quatrième trimestre de 2022, soit légèrement moins que l’année précédente (5,9 %). Il est tombé à moins de 3 % dans les cinq couloirs les moins onéreux.

Les remises migratoires à destination de l’Europe et Asie centrale ont augmenté de 19 % pour atteindre le niveau record de 79 milliards de dollars en 2022. Ces solides résultats ont tenu essentiellement au montant record des transferts effectués depuis la Fédération de Russie vers ses pays voisins. Le fort accroissement de ces flux a résulté de la migration des capitaux par suite de la relocalisation de sociétés et de citoyens russes, de la solidité du rouble et de la demande grandissante de travailleurs migrants en Russie. En 2022, l’Ukraine était toujours le principal pays bénéficiaire de la région, avec des remises migratoires qui se sont chiffrées à 17,1 milliards de dollars. Ce montant était toutefois inférieur de 5,4 % à celui de 2021 et, au cours des quatre premiers mois de 2023, le volume des transferts d’argent vers l’Ukraine a continué de diminuer (-11,5 %). En 2023, les envois de fonds des travailleurs migrants à destination de l’Europe-Asie centrale devraient augmenter de 1 %.Le coût moyen de l’envoi de 200 dollars vers la région était de 6,4 % au quatrième trimestre de 2022, contre 6,1 % un an auparavant.

Les remises migratoires vers l’Amérique latine et Caraïbes ont augmenté de 11,3 % pour s’établir à 145 milliards de dollars en 2022 grâce à la vigueur du marché du travail aux États-Unis. Les flux à destination du Mexique se sont accrus de 12,9 % pour atteindre 61,1 milliards de dollars. L’augmentation des envois de fonds diffère considérablement selon les pays puisqu’elle a été de 50 % au Nicaragua, de 18 % au Guatemala, de 17,8 % au Honduras et de 9,7 % en Colombie. Selon les projections pour 2023, ces transferts devraient s’accroître de 3,3 %. Leur évolution est toutefois largement tributaire de l’activité économique aux États-Unis qui marque le pas, de sorte que la situation pourrait se dégrader. Le coût d’un transfert de 200 dollars dans la région était de 5,8 %, en moyenne, au quatrième trimestre de 2022, contre 5,6 % un an auparavant.

Les envois de fonds des migrants à destination du Moyen-Orient et Afrique du Nord ont diminué de 3,8 % pour s’établir à 64 milliards de dollars en 2022 alors qu’ils avaient affiché une augmentation de 12,2 % en 2021. Certaines économies de la région, parmi lesquelles plusieurs pays du Maghreb, ont cependant enregistré des hausses légères. En 2023, les remises migratoires devraient augmenter de 1,7 %, avec des projections qui diffèrent selon les sous-groupes de la région, en fonction de leurs principaux pays d’accueil et de leur degré d’exposition à l’inflation et à la volatilité financière. Le coût d’un transfert de 200 dollars vers la région était, en moyenne, de 6,2 % au quatrième trimestre de 2022, contre 6,4 % un an auparavant.

Les envois de fonds des travailleurs migrants vers l’Asie du Sud ont augmenté de plus de 12 % en 2022 pour atteindre 176 milliards de dollars grâce à la solidité des marchés du travail dans les pays de destination membres de l’OCDE, à la forte demande de migrants peu qualifiés dans les pays membres du Conseil de coopération du Golfe et aux mesures prises par ces derniers pour lutter contre la hausse des prix alimentaires qui ont conforté les revenus des migrants. Les flux à destination de l’Inde ont augmenté de 24 % pour s’établir à 111 milliards de dollars. Les autres grands bénéficiaires de la région sont le Pakistan (en cinquième position) et le Bangladesh (en septième position), qui ont enregistré en 2002 des entrées de fonds de, respectivement, 30 milliards et 22 milliards de dollars. Avec des remises migratoires qui ont représenté 23 % du PIB en 2022, le Népal se classe en neuvième position à l’échelle mondiale. Selon les projections pour 2023, les envois de fonds des travailleurs migrants devraient augmenter de 0,3 %. En cause, le ralentissement de la croissance dans les pays membres de l’OCDE (en particulier dans le secteur des hautes technologies aux États-Unis), qui aura des répercussions sur la demande d’informaticiens, mais aussi le recours privilégié aux circuits informels au Pakistan, au Bangladesh et au Sri Lanka en raison de la dégradation de la situation économique dans ces pays. Le coût d’un transfert de 200 dollars vers la région était de 4,9 %, en moyenne, au quatrième trimestre de 2022, contre 4,3 % un an auparavant.

Les remises migratoires à destination de l’Afrique subsaharienne ont augmenté de 6,1 % en 2022 pour atteindre 53 milliards de dollars. Une dynamique qui s’explique en grande partie par le fort accroissement des transferts d’argent vers le Ghana (12 %), le Kenya (8,5 %), la Tanzanie (25 %), le Rwanda (21 %) et l’Ouganda (17 %). Les flux à destination du Nigéria, qui constituent environ 38 % du total des montants envoyés par les travailleurs migrants dans la région, ont augmenté de 3,3 % pour atteindre 20,1 milliards de dollars. Les envois de fonds des migrants ont apporté un soutien aux comptes courants de plusieurs pays africains confrontés à l’insécurité alimentaire, aux perturbations des chaînes d’approvisionnement, à une grave sécheresse (Corne de l’Afrique), à des inondations (Nigéria, Tchad, Niger, Burkina Faso, Mali et Cameroun), et aux difficultés posées par le service de la dette pour de plus en plus d’entre eux. Selon les projections pour 2023, l’augmentation des remises migratoires vers l’Afrique subsaharienne ne devrait pas dépasser 1,3 %. Le coût d’un transfert de 200 dollars vers la région était de 8 %, en moyenne, au quatrième trimestre de 2022, contre 7,8 % un an auparavant.

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