Omar Bongo a dirigé le Gabon entre 1967 et 2009. Son fils Ali lui a succédé à sa mort. Mais depuis, ses nombreux héritiers se livrent une guerre sans merci.

Les élections  au Gabon. Le 26 août, les électeurs devront notamment élire leur président. 19 candidatures ont été validées, mais pas celle de Jean Boniface Assélé. La particularité de ce candidat débouté, c’est d’être l’oncle du président, Ali Bongo Ondimba.

Un paradoxe quand on sait que depuis les années 1967, la vie politique gabonaise est dominée par cette famille : la famille Bongo, une dynastie où se mêlent pouvoir autoritaire, richesse démesurée… et haines familiales tenaces.

Omar Bongo et ses 52 enfants

Le fondateur du clan, c’est Omar Bongo, né Albert-Bernard Bongo, en 1935. Président du Gabon de 1967 à sa mort, en 2009, Omar Bongo s’est marié deux fois civilement. Mais la légende lui prête une trentaine de compagnes et il a reconnu officiellement 52 enfants.

Sa première fille, Pascaline, naît de sa liaison avec Louise Mouyabi Moukala, en 1956. Pascaline sera plus tard l’épouse du ministre des Affaires étrangères, Paul Toungui, cheffe de cabinet de son père et considérée comme la gestionnaire de sa fortune. Pascaline a été la compagne de Jean Ping.

Omar Bongo épouse l’artiste Patience Dabany en 1959 (de son vrai nom Marie-Joséphine Kama). Il a deux enfants avec elle : Alain (futur Ali Bongo) et Albertine Amissa Bongo. Avant de succéder à son père à la présidence de la République, Ali Bongo a été ministre de la Défense.

Ali Bongo a tenté de gouverner sans partage

Après son divorce, Omar Bongo a de nombreuses conquêtes avec lesquelles il a d’autres enfants dont plusieurs occuperont des postes-clefs de l’administration ou à la tête de grandes entreprises.

Le Parti démocratique gabonais (PDG) est le parti créé en 1953 par Omar Bongo et qui prend son nom actuel en 1968. Pour Jocksy Ondo Louemba, journaliste gabonais en exil, le PDG, « ce n’est pas qu’un parti, c’est un instrument au service de la famille Bongo. »

Alliance avec Sassou Nguesso

En 1990, Omar Bongo épouse civilement Edith Lucie Sassou Nguesso, la fille aînée du président congolais, un mariage qui scelle l’alliance des deux chefs d’Etat.

Il y a quelque temps, voici l’explication qu’en donnait à la DW Jocksy Ondo Louemba:

« Sassou voit, certes, dans ce mariage un mariage avantageux pour sa fille, car Omar Bongo est un homme puissant et riche – même s’il a détourné les richesses du Gabon à son profit car à la base, c’est un agent des postes – Sassou Nguesso est très contesté en 1990 parce qu’il est ébranlé par la conférence nationale qui a été très violente. Mais il mise sur son avenir : il sait très bien qu’on va tenter de le faire partir. Sa fille, c’est son assurance-vie. »

Du mariage d’Omar et Edith Bongo naissent une fille, Yacine Queenie, et un fils, Omar Denis Junior.

La guerre du clan

Tout se gâte entre les héritiers quand meurt Omar Bongo, en juin 2009. Ali Bongo succède à son père à la présidence. Sa demi-sœur Pascaline, qui gérait le patrimoine d’Omar Bongo de son vivant, se considère comme l’exécutrice testamentaire. Ali isole Pascaline de leurs autres frères et sœurs.

Ils reprochent à leur aînée son manque de transparence et veulent récupérer le patrimoine opaque mais colossal de leur père (des dizaines de millions d’euros sur des comptes en banques, en actifs dans des entreprises, en biens immobiliers, en véhicules etc. à faire expertiser et inventorier) .

Sur le testament d’Omar Bongo, les trois aînés, dont seuls Pascaline et Ali sont encore vivants, récoltent la plus grande part de la fortune paternelle. Les autres héritiers sont scindés en deux groupes moins bien lotis, ce qui fait contester la véracité du document à certains.

Les liens entre les familles Bongo et Sassou sont complexes

La brouille d’Ali Bongo avec Sassou

Après avoir aidé, par des armes et des fonds, le président congolais à se remettre en selle après la guerre civile au Congo, en 1996-1997, Ali Bongo se brouille avec Denis Sassou Nguesso : le président congolais ne comprend pas que ses petits-enfants, Omar Denis Junior et Yacine, ne figurent pas sur le testament de leur père.

« C’est une animosité qui a commencé avec la succession Bongo, rappelle le militant congolais Andrea Ngombet, fondateur du « Collectif Sassoufit ». L’héritage de feu Bongo père devait être partagé entre les héritiers des différents mariages du président Bongo. Et l’un des derniers mariages était celui avec la fille Sassou Edith Lucie Bongo Odimba. Cette succession s’est très mal passée. Donc il est de l’intérêt du président Sassou de rétablir, en quelque sorte, ce qu’il estime être son droit de succession sur le Gabon. »

Ali Bongo évince les gêneurs. Il fait par exemple supprimer en 2012 les allocations que l’Etat versait à ses frères et sœurs depuis la mort de leur père. Une trentaine de membres de la famille ou de caciques du régime d’Omar Bongo basculent dans l’opposition.

« Quand vous regardez les profils des opposants gabonais, ils sont tous issus de la matrice qu’est le Parti démocratique gabonais, qui lui-même est un instrument au service de la famille Bongo », déclare Jocksy Ondo Louemba.

Omar Denis Junior

Ali Bongo a pris soin d’exclure son demi-frère Omar Denis Junior, le petit-fils de Sassou Nguesso, de la présidentielle de fin août 2023. Jean Delors Biyogue Bi Ntougou, l’un des candidats indépendants à la présidentielle, constate qu’« Omar Denis junior est naturellement exclu [du scrutin] car il y a de cela un an environ, le gouvernement a émis un décret qui interdit à tous ceux qui n’ont pas vécu au Gabon sans discontinuer durant les six mois qui précèdent les élections de se présenter au Gabon. »

Omar Denis junior qu’Ali Bongo a même empêché de pénétrer sur le territoire gabonais pour assister aux obsèques de leur oncle, Fidel Andjoua, fin 2021.

Le financement congolais

Les grandes figures de l’opposition gabonaise se tournent donc souvent vers Denis Sassou Nguesso, prêt à les soutenir et les financer, contre Ali Bongo, comme le rappelle Andrea Ngombet du collectif « Sassoufit », au Congo Brazzaville : « [l’opposant  gabonais] Alexandre Barro-Chambrier est marié à une nièce de madame Sassou et a guichet ouvert à Brazzaville. On peut citer aussi l’exemple de l’opposant Jean Ping qui a guichet ouvert à Brazzaville. »

Vers une ère Noureddin Bongo Valentin ?

Ali Bongo Ondimba se présente une nouvelle fois le 26 août 2023. Depuis son accident vasculaire cérébral, en 2018, c’est un autre Bongo qui a gagné en influence : son fils Noureddin Bongo Valentin.

De 2019 à 2021, le jeune homme a été coordinateur général des affaires présidentielles. Désormais, il est conseiller stratégique du président et dirige la campagne électorale de son père.

DW

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A lire Dossier de la Lettre du continent sur l’héritage problématique d’Omar Bongo

 

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2 Commentaires

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