Laurent Gbagbo

Des dirigeants au pouvoir aux militants et partisans de la majorité présidentielle, l’affaire Laurent Gbagbo est devenue une question de vie ou de mort.

Chargé de tous les péchés, l’ancien président de la République se trouve dans la position de la victime que ses accusateurs veulent offrir en sacrifice pour l’expiation de toutes les fautes …de la communauté.

Et l’État et des mouvements, aiguillonnés qui se réclament d’abord du RDR, conduisent l’offensive pour un objectif commun: la neutralisation de l’empêcheur de tourner en rond.

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Les manifestations désordonnées et montées de toutes pièces dans la commune abidjanaise d’Abobo, ont été abandonnées au profit de structures peu ou prou sérieuses, envoyées en mission.

Ainsi, le lundi 22 juin 2020, une organisation inconnue jusque-là, l’Association des parents des femmes martyres d’Abobo (APAFEMA), est sortie de nulle part.

Par la voix de son président, Bamba Mamadou, elle entend poursuivre les procédures judiciaires, contre Gbagbo et Charles Blé Goudé, en portant plainte, aussi bien à Abidjan qu’à Bruxelles, pour « assassinats et complicité d’assassinats ».
Il n’a pas eu peur d’être tournée en dérision, en livrant sa bataille de Waterloo, avec des dossiers mal ficelés sur cette affaire parce que vides.

De son côté, le Collectif des victimes en Côte d’Ivoire (CVCI) est catégorique. Le lundi 1er juin 2020, son président Issiaka Diaby a exprimé « l’opposition énergique » de son organisation au retour de Gbagbo en Côte d’Ivoire, son pays.
Il ne craint pas de se couvrir de ridicule alors que la Constitution ivoirienne dispose qu’aucun Ivoirien ne peut être contraint à l’exil.

Cerise sur le gâteau des rivalités politiques internes nourries au lait des Iznogoud, des militants du FPI ne font pas preuve d’un enthousiasme débordant au regard de l’évolution de la situation.
Et entre le marteau des Ponce Pilate (qui l’ont livré à la CPI) et l’enclume des Saint Pierre (qui le renient, l’abandonnant dans sa traversée du désert), Laurent Gbagbo est le bouc émissaire parfait.

En effet, l’État a refusé de livrer, à la CPI, Mme Simone Gbagbo, son épouse. De plus, il n’y eut aucun tollé quand, poursuivie pour les mêmes chefs d’accusation de « crimes de guerre et crimes contre l’humanité » devant la Cour d’assises d’Abidjan, elle a été acquittée, le 28 mars 2017 par le juge Kouadio Boiqui.

Mais c’est la levée de boucliers avec la même décision d’acquittement prononcée, le 15 janvier 2019 à La Haye, par la CPI, blanchissant Gbagbo et Charles Blé Goudé. La Cour d’appel a été plus loin en mettant fin, le 28 mai 2020, à leur liberté conditionnelle. Au grand dam des adversaires qui se sont lancés dans un activisme éperdu.

Or, devant la vacuité de l’accusation, l’appel de la procureure, que la Cour a examiné du 22 au 24 juin 2020, apparaît comme le chant du cygne de Fatou Bensouda en fin de mandat à la CPI et au bout de son rouleau.

F. M. Bally