Commerce, infrastructures, investissements du secteur privé régional et international…, ces sujets reviennent lorsqu’il est question du développement économique du continent. Pour La Tribune Afrique, Solomon Quaynor, vice-président chargé du secteur privé, des infrastructures et de l’industrialisation à la Banque africaine de développement (BAD), livre son analyse face aux enjeux internationaux du moment.

 Conçue à la base pour mobiliser le financement public, la BAD fait le focus – notamment à l’occasion des assemblées annuelles – sur le financement du secteur privé en Afrique et à l’international. Pourquoi maintenant ? Que représente le secteur privé dont vous avez la charge dans la stratégie globale de la BAD ?

SOLOMON QUAYNOR – En réalité, la BAD a toujours fait à la fois le secteur public et le secteur privé. Il n’en demeure pas moins qu’aujourd’hui, 80% de nos prêts relèvent du secteur public, tandis que 20% relèvent du secteur privé. Notre focus cette année sur les financements privés pour le climat et la croissance verte reflète la réalité de notre continent, où le secteur public dispose d’un espace fiscal limité. Nous ne pouvons pas prêter aux pays dont l’espace fiscal est petit, car nous augmenterions leurs risques liés à la viabilité de la dette. En cela, le secteur privé serait d’un grand secours, en particulier en ce moment où la donne environnementale devient essentielle dans la construction de nos économies.

N’est-ce pas aussi, clairement, parce que les pays développés n’honorent pas leur promesse de financement (100 milliards de dollars par an) envers les pays africains ?

Oui et non. Car, même si nous nous penchons sur la manière d’attirer le secteur privé pour le financement du climat et de la croissance verte, certains de ces financements émanent des pays partenaires membres du G7. C’est la raison pour laquelle nous parlons également beaucoup de blended financing [financement mixte]. Nous obtenons certains financements de ces partenaires sur une base concessionnelle ou sous forme de subventions. Nous nous en servons ensuite pour davantage mobiliser le secteur privé.

Sans parler de la politique des 100 milliards de dollars, nous avons besoin de saisir à présent les différentes manières d’augmenter les financements du secteur privé dans les projets résilients au climat et les projets verts partout en Afrique. Et c’est ce que nous faisons à la Banque.

Les infrastructures restent l’un des besoins pressants de développement en Afrique. En la matière, il existe encore beaucoup de disparités entre les pays. La BAD contribue à plusieurs projets depuis de nombreuses années. Mais alors que cette réalité s’entremêle à d’autres urgences émanant notamment de la conjoncture internationale, quelles pistes pour les pays les moins avancés ?

La situation des pays les moins avancés, des petits pays et des moins nantis, entre autres, a motivé l’accent que nous mettons actuellement sur les corridors économiques. Ces derniers ont l’avantage de connecter différents pays. A titre d’exemple, l’autoroute Abidjan-Lagos [longue de 1081 mètres, NDLR], qui partira de la Côte d’Ivoire au Nigeria en passant par le Ghana, le Bénin, le Togo est un cas d’école. Nous avons ici deux grandes économies que sont la Côte d’Ivoire et le Nigeria, et dans une moindre mesure le Ghana. Mais le Togo et le Bénin sont de petits pays qui font partie d’un corridor économique qui leur offre des opportunités sur de grands marchés.

A l’avenir, nous allons nous focaliser sur les infrastructures régionales, parce que travailler sur les infrastructures régionales implique les petits pays ou les moins avancés, parce qu’ils sont automatiquement introduits dans un corridor économique. Après, tout dépend également de ce que ces pays produisent et qu’ils peuvent vendre sur les grands marchés. Si à titre d’exemple le Liberia ou la Guinée dispose de grandes quantités de produits agricoles qu’il souhaite vendre au Nigeria, relier ces marché implique des investissements dans des projets de routes, autoroutes et potentiellement dans des projets de transport aérien. C’est une des manières dont nous concevons  le développement des infrastructures dans les pays les moins avancés en la matière.

Mais en plus, nous avons à la Banque africaine de développement ce que nous appelons le Fonds africain pour le développement (FAD) dont nous nous servons pour soutenir les pays les moins avancés et nous sommes toujours en train de chercher les voies et moyens pour mobiliser davantage des financements concessionnels et des subventions, afin de lever plus d’argent et financer les plans de développement des infrastructures dans les pays qui en ont le plus besoin.

Dans un contexte mondial sans précédent où la Zlecaf représente une opportunité, comment les pays africains peuvent-ils définitivement sortir des discours et concrétiser les plans d’industrialisation, notamment en matière de transformation des matières premières qui permettront de rehausser le niveau de l’Afrique dans le commerce mondial ? Que fait la BAD pour y inciter les secteurs public et privé d’Afrique et d’ailleurs dans le monde ?

La Zlecaf change véritablement la donne. Sa réussite dépendra aussi de la manière dont nous investissons dans les infrastructures transcontinentales et régionales, parce qu’au final, le concept est de connecter le continent. La Zlecaf soutient essentiellement la libre circulation des biens, des services et des personnes. Pour nous, le contexte actuel est opportun pour concrétiser ce projet géant, car nous partons de très bas en raison de l’impact de la crise Covid. Si nous voulons nous reconstruire mieux et plus intelligemment, nous devons tirer parti de cette plateforme, où il sera question d’exporter entre pays africains des produits à valeur ajoutée, donc développer l’industrialisation. Cela va clairement renforcer la compétitivité du continent. En réalité, les pays africains ont là l’opportunité d’être compétitifs par rapport aux importations d’Asie, d’Amérique ou d’ailleurs dans le monde.

Ce que nous devons vraiment apprécier dans le contexte international actuel, c’est la possibilité de construire notre propre chaîne d’approvisionnement régionale en produits à valeur ajoutée. Et cela devrait pousser les économies à se concentrer sur les domaines où ils seront compétitifs. Si un pays ne produit pas de cacao, il n’aura pas à travailler sur la transformation du chocolat et en laissera le soin aux pays qui produisent réellement le cacao. Idem pour le blé, le maïs ou le soja. Si je prends le cas du coton, les pays producteurs de coton de référence seraient le Bénin, le Togo, le Burkina Faso. Le Sénégal n’aurait pas besoin de chercher à le faire alors qu’il ne dispose pas du climat adéquat, ni des conditions, ni du savoir-faire … A ce moment, nous devons comprendre que les régions d’Afrique qui sont les plus compétitives dans une chaîne de valeur en particulier seront celles qui mettront l’accent sur cette chaîne de valeur. Bref, les pays africains gagneraient à se spécialiser selon leurs forces.

Ristel Tchounand, à Charm-el-Cheikh

LA TRIBUNE AFRIQUE

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10 Commentaires

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