Lundi, c’était jour de rentrée scolaire en France. Mais ce n’était pas une rentrée ordinaire. Dans une grande partie des collèges de France, on était littéralement sur les nerfs. Comment cela allait-il se passer ? Comment réagiraient les élèves ? Les parents viendraient-ils protester devant les grilles ? Bref, on craignait le pire.

C’est qu’une semaine plus tôt, le tout nouveau ministre de l’Éducation nationale, Gabriel Attal, avait décrété l’interdiction du port de l’abaya en classe. L’abaya est cette tunique traditionnelle musulmane que portent un nombre croissant de jeunes d’origine maghrébine afin de dissimuler leur corps. Tout juste nommé, à une semaine de la rentrée scolaire, le jeune ministre de 34 ans a décrété que ce vêtement distinctif identifié à la culture arabo-musulmane n’avait « pas sa place à l’école ». Le message était clair. On ne se présente pas devant un professeur en revendiquant sa religion.

Cela faisait des mois que, partout en France, enseignants et directeurs d’établissements réclamaient une intervention du ministre. Laissées à elles-mêmes, les directions étaient aux prises depuis plus d’un an avec des campagnes islamistes sur les réseaux sociaux incitant ouvertement les jeunes musulmanes à contourner la loi qui, depuis 2004, interdit aux élèves le port de tout signe religieux ostensible. Pas surprenant qu’en deux ans, le nombre d’incidents scolaires portant atteinte à la laïcité ait plus que doublé.

Or, quoi de plus ostensible que cet accoutrement patriarcal destiné à dissimuler tout le corps ? Dans sa déclaration, il aura suffi d’une seule phrase à Gabriel Attal pour clarifier le débat. « Lorsque vous entrez dans une classe, vous ne devez pas être capables d’identifier la religion des élèves », a-t-il tranché.

Les associations musulmanes eurent beau prétendre qu’il s’agissait d’une simple tenue traditionnelle sans la moindre connotation religieuse, il est clairement apparu dans le débat que l’abaya était aussi musulmane que la ceinture fléchée est québécoise. D’abord, rien de plus difficile dans la civilisation musulmane que de distinguer clairement ce qui relève de la culture de ce qui est proprement religieux. Comme l’a brillamment expliqué le philosophe Rémi Brague dans son essai magistral Sur l’islam (Gallimard) publié l’an dernier, contrairement à la chrétienté, l’islam est ce qu’il appelle « une religion intégrale » où « tout est culte » puisqu’il intègre un code juridique et définit les moeurs des bons musulmans.

Comme l’expliquait la spécialiste de l’islamisme Florence Bergeaud-Blackler, il n’existe pas de vêtements qui seraient par essence religieux, seulement « un habit qui permet de se conformer à une norme religieuse, celle qui d’après les rigoristes considère que la femme ne doit pas montrer les formes de son corps ». Comme le voile en 2004, ce rôle revient aujourd’hui à l’abaya. Il suffit de consulter les publicités sur Internet pour voir combien les marchands de guenilles le considèrent comme un prolongement du voile permettant de rompre avec la tradition laïque de l’école française.

Une tradition plus que centenaire que les Français ne semblent pas prêts à renier. Soutenue par 81 % des Français, l’interdiction de l’abaya fait l’objet d’un consensus encore plus fort que celui observé en 2004 sur la loi interdisant les signes religieux à l’école. Même les jeunes ayant entre 18 et 24 ans, que l’on dit pourtant multiculturalistes, se rangent à 63 % derrière la décision de Gabriel Attal. Ce consensus s’étend à toutes les familles politiques sans exception, mettant d’ailleurs en porte-à-faux la majorité de la gauche française avec ses électeurs. Ainsi, 58 % des partisans de La France insoumise (LFI) approuvent la décision du ministre alors même que son leader, Jean-Luc Mélenchon, a fait un virage électoraliste à 180 degrés sur le sujet, dénonçant « une mesure dangereuse et cruelle ».

Certaines féministes ont aussi de graves questions à se poser. Alors que l’écologiste radicale Sandrine Rousseau dénonce une « machine de broyage » des adolescentes, le caractère religieux de l’abaya ne fait aucun doute pour 74 % des Françaises qui se disent féministes. Rarement un événement aura illustré de manière aussi évidente le cul-de-sac dans lequel s’est engagée depuis plusieurs années une grande partie de la gauche en se ralliant aux thèses du multiculturalisme et en ne craignant pas de s’allier aux musulmans les plus obscurantistes.

Lundi, comme en 2004, après moult explications de la part des proviseurs, à peine quelques dizaines de jeunes filles ont dû être renvoyées chez elles. Les autres se sont facilement conformées à la règle. Le cours normal de l’école a ainsi pu reprendre. Cela démontre que, pour peu que l’on fasse respecter les lois et la tradition laïque de l’école, l’immense majorité des élèves musulmans se conformeront aux traditions et règles de vie de leur pays d’accueil. Ils n’attendent qu’une chose, qu’on le leur dise !

Pour tous les Québécois que l’on stigmatise en permanence pour avoir simplement osé exiger des enseignants qu’ils se gardent d’exprimer par la parole ou le vêtement leurs convictions religieuses à l’école, le message est on ne peut plus clair : pour être respecté, encore faut-il se tenir debout.

Christian Rioux

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