La rue: prochaine carte de l’opposition ivoirienne ?

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Le président Laurent Gbagbo candidat du ppa-ci, ainsi que monsieur Tidjane Thiam celui du pdci, ont déposé leurs dossiers de candidature à la CEI, qui les transmettra à la Cour constitutionnelle pour examen. Pourtant ne figurant pas sur la liste électorale, donc n’étant pas électeur, ils ne peuvent être éligible à aucune élection. Pourquoi alors faire acte de candidature dans ce cas ? Parce que dans les états-majors de ces deux candidats, on fait le pari que la question ne sera pas réglée au conseil constitutionnel, mais par une pression de la rue. En Afrique, la rue reste la carte maîtresse de l’opposition. 

Vêtements politiques

Mais revenons un instant en arrière. Lors de la présidentielle de 2000, le candidat Laurent Gbagbo s’est retrouvé seul face au général Gueï, les autres poids lourds de l’opposition ayant vu leur candidature rejetée par la cour suprême de l’époque, pour diverses raisons. Bien entendu le candidat Gbagbo Laurent n’a pas versé d’abondantes larmes sur le sort de ceux qui étaient ainsi écartés, il n’a pas vu dans cette décision de la cour suprême un « acte arbitraire politiquement motivé », il appelait plutôt à organiser la présidentielle coûte que coûte, trop content d’être le seul poids lourd face au général Gueï.

Après la présidentielle (dont la proclamation des résultats donna lieu à des violences), suivirent les législatives en Décembre 2000. Là encore, la candidature de l’ex premier ministre Ouattara fut rejetée par la cour suprême. Désormais installé au palais présidentiel, Laurent Gbagbo parla alors de justice indépendante, de séparation des pouvoirs,…..etc…… Dans une allocution à la nation, il déclara que « les décisions prises par les institutions doivent être respectées par tous » .

Aujourd’hui il fait face à une décision de justice qui le prive d’une partie de ses droits civiques, mais refuse de s’y soumettre, et envisage la rue pour passer en force. On peut lui opposer ses déclarations lorsqu’il était au pouvoir. D’autre part, peut-on se prétendre démocrate et faire fi des décisions de justice ? On peut spéculer sur le fait que la décision qui le frappe soit ou non politiquement motivée. Mais dans le cas de figure, en l’absence d’une amnistie, cette décision reste en place et elle a force de loi. Ne pas la respecter c’est se mettre en dehors de la loi, c’est se mettre « en dehors de la république » pour employer une expression chère au président Gbagbo lorsqu’il était aux affaires. Le président Gbagbo oublie également que c’est à une décision de justice qu’il doit son destin présidentiel. Si la justice n’avait pas écarté ses principaux concurrents en 2000, il n’est pas sûr qu’il serait monté sur le podium.

En Afrique, selon qu’on est dans l’opposition ou au pouvoir, les valeurs, les principes, les convictions ne sont pas les mêmes. C’est une constante chez les opposants, surtout ceux qu’on appelle les ‘’opposants historiques’’. Le président Gbagbo, le « père de la démocratie ivoirienne » semble être de la même lignée, lui qui se prépare à jouer la carte de la rue.

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