George Monastiriakos est fellow au Centre de politique de sécurité de Genève, et diplômé en common law canadien, en droit civil québécois, et en sciences politiques et histoire.

Depuis 2020, au moins cinq coups d’État militaires ont été réussis dans la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Bien que chacun d’entre eux soit arrivé dans un contexte différent, les renversements de l’ordre au Mali, au Burkina Faso et au Niger ont un but en commun : remplacer les partenaires qui sont des pays occidentaux, principalement la France, par la Russie et sa milice Wagner.

Trop souvent, les médias étrangers surestiment la perspective occidentale. En effet, mis à part les pays africains frappés, l’État perçu comme étant le plus affecté par ces coups d’État militaires est la France. Cependant, toutes les analyses mettant l’accent sur le déclin de la position stratégique de la République française dans le continent africain négligent l’importance de la géographie. C’est plutôt le Nigeria, qui partage une frontière de plus de 1500 kilomètres avec le Niger, et non la France, qui est la puissance la plus touchée par ces développements antidémocratiques en Afrique de l’Ouest.

Il existe une longue liste de défis complexes auxquels l’État nigérian fait face, ce qui inclut la corruption dans l’industrie pétrolière et des difficultés en matière de développement et de sécurité. Cela étant dit, le Nigeria est un pays d’état de droit et une jeune démocratie ayant survécu à une longue histoire de coups d’État militaires. Soyons clairs : en dépit de ses défauts, le Nigeria est une puissance régionale ayant un poids démographique, économique et militaire incomparable par rapport à ses voisins de l’Afrique de l’Ouest, raison pour laquelle Abuja est la pierre angulaire de la CEDEAO.

Avec 223,8 millions d’habitants et une croissance de 5 millions de personnes par année, le Nigeria compte plus de 50 % de la population du bloc économique. De même, l’économie nigériane représente plus de la moitié du poids économique de la CEDEAO, avec un PIB de 477 milliards de dollars américains. Autrement dit, l’économie du Nigeria est environ neuf fois plus large que celles du Mali, du Burkina Faso et du Niger combinées. Certes, son économie et sa démographie lui confèrent une énorme marge de manoeuvre dans la région de l’Afrique de l’Ouest.

Quant à la capacité des forces armées nigérianes, le pays dépense près de l’équivalent du cumul des budgets militaires des 14 autres membres de la CEDEAO. Du côté de l’expérience militaire traditionnelle, l’État nigérian a gagné sa propre guerre civile contre les séparatistes du Biafra et a mis fin aux guerres régionales du Liberia, de la Sierra Leone et de la Côte d’Ivoire. En ce qui concerne l’expérience militaire asymétrique, le Nigeria se bat contre des pirates dans le delta du Niger et des groupes terroristes dans le nord-est du pays depuis plus d’une décennie. Bien entendu, la supériorité militaire de l’État nigérian est incontestée dans la région de l’Afrique de l’Ouest.

Pour consolider sa primauté géopolitique régionale, le Nigeria est à la fois un membre du Commonwealth, un associé économique de l’Union européenne (UE) et un partenaire militaire de l’Occident. Présentement, l’État nigérian, en concert avec la CEDEAO et le Maroc, désire construire un gazoduc afin de fournir une source d’énergie durable et fiable à l’UE. D’ailleurs, ce projet ambitieux permettra d’atténuer les effets de la désertification dans l’Afrique de l’Ouest, d’améliorer les conditions de vie des populations de la CEDEAO et d’intégrer les économies de la région avec celles de l’Europe. Enfin, comme ce fut le cas au Niger, des pays occidentaux entraînent l’armée nigériane à travers des initiatives comme l’Opération Turus, ce qui leur donne un soutien technique inestimable dans leurs missions antiterroristes.

Ne vous trompez pas : arrêter l’expansion de l’influence russe et des mouvements antidémocratiques dans sa périphérie constitue un intérêt national, voire primordial, pour le Nigeria. Dans le contexte sécuritaire actuel, l’instabilité politique qui accompagne les coups d’État militaires nuit à la croissance économique et exacerbe les défis de développement dans la région. Pire, il y a un risque incontestable que le fléau prorusse et antidémocratique se propage dans le reste de l’Afrique de l’Ouest.

Ainsi, le phénomène de gouvernance antidémocratique divise la CEDEAO, compromet la légitimité du bloc économique et réduit ses chances de réussite à long terme. En conséquence, cela porte atteinte à la primauté géopolitique régionale du Nigeria et dévalorise la perception publique du pouvoir de l’État nigérian sur la scène internationale.

De toute évidence, l’État nigérian et ses alliés possèdent la puissance militaire, la capacité économique et le poids politique pour faire un exemple des bandits antidémocratiques au Niger, comme la CEDEAO l’a fait pendant la crise constitutionnelle de la Gambie en 2017. Avec le soutien diplomatique de l’Union africaine et sans aucun doute le soutien militaire des puissances occidentales, le tout peut être accompli. Ce scénario existe non parce qu’Abuja est une « poupée » de l’Occident, mais à cause du risque réel que le prochain château de cartes qui tombe soit le Nigeria lui-même.

George Monastiriakos

 

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