Je dois vous faire un aveu. J’aime beaucoup Laurent Gbagbo. Oui, j’ai beaucoup d’affection pour lui. J’aime son côté protecteur de la veuve, de l’orphelin et du pauvre, son côté sauveur du monde, et surtout son côté faux candide, qui fait semblant de ne rien comprendre de la façon dont certaines choses se font dans ce bas monde. Ne vous touche-t-il pas, vous aussi, lorsqu’il dit par exemple : « on ne dirige pas un pays en mettant les gens en prison » ?
Venance Konan, est journaliste, écrivain et homme de médias ivoirien.

Moi ça me touche profondément. Oui, il a raison. On ne dirige pas un pays en mettant les gens en prison. Pourquoi mettrait-on des gens en prison, comme ça, pour le simple plaisir, parce qu’on dirige un pays ? Oui, dans l’Afrique traditionnelle, il n’existait pas de prison. Il y avait d’autres formes de sanctions.

Mais seulement, nous devons rappeler à notre candide que nous ne sommes plus dans cette Afrique, et aujourd’hui, lorsque certaines personnes commettent certains actes, on les envoie en prison. C’est comme ça, un Etat moderne. Je suppose que lui, n’avait mis personne en prison lorsqu’il dirigeait le pays. Ou bien il a oublié qu’il a dirigé la Côte d’Ivoire pendant dix ans ?
Que diraient mes amis Sylvestre, Tiémoko, Théophile, et tant d’autres qui eux, ont bien goûté la prison lorsque lui, Gbagbo, était au pouvoir. Et pas pour des crimes, mais juste pour des opinions différentes. Et il y a ceux qui, s’ils avaient eu la possibilité de parler, auraient sans doute dit : « prison est mieux ». Ceux-là ne peuvent pas parler, parce qu’ils ont tout simplement été tués, et parfois torturés avant d’être tués. Ils sont trop nombreux pour qu’on les cite ici. Et les femmes qui ont été violées ? Sacré Gbagbo. Ce cher Laurent Gbagbo. A-t-il vraiment oublié ou fait-il semblant ? Peu importe. Je l’aime bien malgré ses trous de mémoire, volontaires ou non.
Je l’adore aussi lorsqu’il joue à celui qui ne sait pas comment le monde fonctionne, qui découvre, ahuri, des choses qu’il ne soupçonnait pas. Ainsi, il aurait dit ceci récemment à Lakota : « Regardez la population, regardez nos parents, le travail du cacao, du café, ça n’intéresse plus les jeunes. On n’achète pas le cacao à un bon prix. Quand j’étais président, on a acheté le cacao à 1200 FCFA le kilogramme. Et là, j’ai vu tout le monde aller faire des plantations de cacao, de café. On a acheté l’hévéa à des prix intéressants. Tout le monde est allé faire l’hévéa. Mais aujourd’hui, tu vas nettoyer sous les caféiers, cacaoyers. Et au moment d’acheter, on te donne un papier, un reçu. Au lieu de te donner de l’argent, on te donne un reçu. Il n’y a plus d’argent. »
Dois-je expliquer à mon cher Laurent Gbagbo, que si le cacao s’est acheté à 1200F lorsqu’il était président, ce n’est pas parce que lui, avait décidé qu’il en soit ainsi ? Pourquoi donc se serait-il arrêté à 1200F ? Les paysans auraient-ils protesté s’il avait payé leur cacao à 5000F le kilogramme ? Non. Il sait que ce n’est ni lui, ni le président Ouattara, ni aucun président qui fixe le prix du cacao ou de l’hévéa ou du café ou de toutes les matières premières que nous, pays africains, produisons.
Ces prix sont fixés par le mécanisme du marché, en fonction de l’offre et de la demande. Je sais que tout cela peut sembler très compliqué pour le petit planteur de cacao de Mama, mais pas pour mon cher Laurent quand même. En gros, cela veut dire que plus les quantités d’un produit mis sur le marché sont importantes, plus les prix baissent.
Et moins il y en a, et plus les prix grimpent. Or, notre tendance naturelle, lorsque les prix montent, est de vouloir produire plus. Parce que tout le monde veut faire la même chose. Lorsque les prix du cacao ou de l’hévéa monte, chacun de nous veut avoir sa plantation de cacao ou d’hévéa.
Et la conséquence est que les prix baissent parce que la production est en hausse. Les consommateurs de ce que nous produisons se trouvent presque tous dans les pays développés. Leur intérêt est que les prix baissent. Donc, ils sont contents lorsque nous nous mettons tous à faire du cacao ou de l’hévéa. Ils nous y encouragent. Comment nous en sortir ? C’est en produisant d’abord ce que nous consommons, ou en transformant tout ou partie de nos matières premières dans nos pays que nous pourrons en tirer plus d’argent.
C’est ce que le président Ouattara est en train de faire maintenant. Et la transformation de nos matières premières est quelque chose qui vient doucement, un peu, un peu, comme on dit à Mama. Si mon cher Gbagbo avait commencé à le faire quand il était président, on serait loin aujourd’hui.
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