Trop complexe, la relation entre Israël et la Palestine ? Peu de personnes peuvent prétendre comprendre pleinement cette relation depuis sa genèse. Mais l’humain n’a pas besoin de doctorat en géopolitique ou en histoire pour reconnaître les manifestations de violence les plus abjectes et souhaiter la paix.

Lorsque, le 7 octobre dernier, le Hamas a tué plus de 1400 personnes, l’attaque a invité à une réaction simple : la condamnation immédiate, parce qu’on comprenait l’atrocité du geste.

Plus de 200 Israéliens sont retenus en otages par le Hamas. Ça ne prend pas non plus une dissertation pour se convaincre de l’importance de leur libération. Mais au prix de tuer davantage de personnes innocentes ?

Non, disent certaines des personnes les plus directement touchées par les violences. Lors des funérailles de son frère Hayim, militant pour la paix israélien tué par le Hamas le 7 octobre, Noy Katsman a déclaré : « N’utilisez pas nos morts et notre douleur pour provoquer la mort et la douleur d’autres personnes et d’autres familles. […] Je n’ai aucun doute que même face aux membres du Hamas qui l’ont assassiné, il continuerait à dénoncer le meurtre et la violence envers des personnes innocentes. »

Un message criant de simplicité. Visiblement, en riposte au Hamas, le gouvernement israélien considère l’affaire autrement, alors qu’au moment d’écrire ces lignes, son armée a tué près de 10 000 Palestiniens, dont plus de 4800 enfants, selon les chiffres diffusés lundi par le Hamas.

Les agressions considérées comme des crimes de guerre se multiplient à un tel rythme qu’elles deviennent difficiles à suivre.

Vendredi dernier, l’armée israélienne a attaqué un convoi d’ambulances à proximité de l’hôpital Al-Shifa. Quelques jours auparavant, elle a bombardé deux fois le camp de réfugiés Jabaliya, tuant au moins 50 personnes. Cinquante morts sous prétexte de tuer un commandant du Hamas.

À ce compte, on peut difficilement prétendre que les morts de civils sont de simples dommages collatéraux d’une guerre, ou encore la conséquence du droit de se défendre d’Israël. Ces morts font partie même de l’œuvre qui plonge des Palestiniens innocents dans la souffrance avec un manque flagrant de discernement. Cela transparaissait déjà quand Israël a annoncé le siège complet de Gaza sans électricité, eau, nourriture ni carburant. Un coup parti, lâcher une sorte de bombe nucléaire sur toute la bande de Gaza, la raser et tuer tout le monde ? « C’est une option », a affirmé dimanche dernier le ministre israélien du Patrimoine, Amichai Eliyahu.

Ce ministre a été désavoué et suspendu par le premier ministre Benyamin Nétanyahou, mais lui-même brille par le recours aux métaphores bibliques qui peuvent encourager le recours à la violence contre tous les Palestiniens1.

Plus que bien d’autres catastrophes pour l’humanité, les images de l’horreur sont accessibles presque en direct sous nos yeux, au bout de nos doigts… et malgré les 36 journalistes tués à Gaza depuis le 7 octobre, rappelons-le. Que dire de ce désastre ? Craig Mokhiber, directeur du bureau de New York du Haut-Commissariat aux droits de l’homme des Nations unies, a écrit le 28 octobre dernier une lettre de démission⁠2 qui mérite d’être lue complètement, et dont un paragraphe est reproduit ici :

« En tant que juriste spécialisé dans les droits de la personne, avec plus de 30 ans d’expérience dans ce domaine, je sais bien que le concept de génocide a souvent fait l’objet d’exploitation politique abusive. Mais le massacre actuel du peuple palestinien, ancré dans une idéologie coloniale ethnonationaliste, dans la continuité de décennies de persécution et d’épuration systématiques, entièrement fondé sur leur statut d’Arabes, et associé à des déclarations d’intention explicites des dirigeants du gouvernement et de l’armée israéliens, ne laisse aucune place au doute ou au débat. »

Sommes-nous effectivement devant un génocide ? Il s’agit d’une preuve difficile à faire devant un tribunal, mais les faits sont assez graves pour que des experts lancent l’alerte.

Le tout appelle à l’évidence : stoppons la violence. Le commun des mortels comprend spontanément cette option.

Selon un sondage mené par Data for Progress les 18 et 19 octobre dernier, 66 % des Américains sont en faveur d’un cessez-le-feu. Une option refusée par les gouvernements américain et canadien. Une nuance sémantique qui serait reçue avec moins de scepticisme si ces États, en plus d’avoir largement contribué à l’armement d’Israël, ne faisaient pas preuve d’un laxisme flagrant à l’égard de ses violations du droit international et des droits fondamentaux.

Des personnalités comme Hillary Clinton affirment que les gens qui appellent à un cessez-le-feu maintenant ne comprennent pas le Hamas. « Ce serait un véritable cadeau pour le Hamas, car ils consacreraient le temps du cessez-le-feu à reconstruire leurs armements… pour être capables de repousser un éventuel assaut des Israéliens. » L’argument serait plus convaincant si Israël avait démontré non pas un effort de vengeance, mais une action visant à libérer ses otages ressortissants et à mettre en échec le Hamas stratégiquement.

L’argument de Clinton faillit pour une raison plus fondamentale : la violence nourrit le cycle de la violence.

Simpliste ? C’est plutôt le paradigme de la peur exprimé par Clinton qui est désuet. Il s’agit d’un point de vue partagé par Standing Together, un mouvement populaire mobilisant les citoyens juifs et palestiniens d’Israël cherchant à éviter l’escalade de la violence. Alon-Lee Green, l’un de ses leaders, s’est fait on ne peut plus clair récemment : « La seule façon d’assurer la sûreté et la sécurité est de mettre fin à l’occupation de millions de personnes en Palestine. Et, oui, nous devons nous occuper du Hamas, nous ne devrions pas renforcer le Hamas, et chaque fois que nous tuons davantage d’enfants innocents, cela renforce les extrémistes comme le Hamas. »

Ce qui est trop complexe, c’est de justifier un idéal de paix en laissant un État répandre du sang impunément.

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