Le  président de la transition en Guinée, le colonel Mamadi Doumbouya, le 22 septembre 2022.

En Guinée, le porte-parole du gouvernement assure ce 4 janvier 2024 qu’une tentative de coup d’État a bel et bien « été tuée dans l’œuf ». Ousmane Gaoual Diallo répond aux accusations concernant la véracité de ce putsch qui aurait avorté il y a déjà plusieurs mois, comme celles portées par Cellou Dalein Diallo.

Le président d’une des principales forces d’opposition a déploré un retour aux pratiques du régime de Sékou Touré, père de l’indépendance guinéenne, et adepte des complots fictifs.

En Guinée, l’annonce d’une tentative de coup d’État continue de faire réagir. Le 2 janvier 2024, la télévision nationale a présenté les auteurs d’un putsch qui aurait été avorté il y a déjà plusieurs mois. Mais ce reportage de 15 minutes qui détaille l’opération manquée a laissé beaucoup de téléspectateurs dubitatifs, notamment sur sa crédibilité, voire sur la véracité même des faits présentés.

Le porte-parole du gouvernement Ousmane Gaoual Diallo a insisté au micro de Sidy Yansané sur le fait que cette tentative de putsch a bel et bien eu lieu : « C’est une opération qui a été tuée dans l’œuf. Cela ne fait l’objet d’aucun doute. Maintenant, qu’il y ait des questionnements, c’est une société qui a été nourrie depuis son indépendance par des vrais et des faux coups d’État qui ont emporté souvent certains de nos compatriotes. Donc, quand on parle de coups d’État, fondamentalement, il y a une frange de notre population qui peut se poser des questions. »

Il poursuit : « Avec le temps, on pourra aussi comprendre ce qui s’est passé parce que les auteurs sont là. Et puis, les informations peut-être plus structurées pourront être mises à disposition des populations, et ça permettra de dissiper les doutes des uns et des autres. Ce sont des doutes qui sont légitimes dans une société qui n’a connu que des règlements très durs de ce type d’action. »

Du côté de l’opposition, Cellou Dalein Diallo, président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), principale force d’opposition et actuellement en exil, avait déploré un retour aux pratiques du régime de Sékou Touré, le père de l’indépendance guinéenne, et adepte des complots fictifs.

« En 1970, 1971, 1972, moi, j’étais encore à l’université, raconte-t-il au micro de Sidy Yansané. J’ai vu ces jeunes femmes, ces dames, ces militaires, reconnaître avoir comploté, sollicité l’indulgence du président, le remercier pour sa clémence. Ça m’a rappelé, il ne manquait plus que l’ardoise sur laquelle était inscrit leur nom ».

Il accuse : « Je pense qu’on est en train d’assassiner la liberté de la presse. Je vois ce qui se passe, on a coupé internet, on a coupé les principales radios. J’ai des doutes, personnellement, je ne sens aucune volonté politique de rétrocéder le pouvoir au civil, parce qu’aujourd’hui, on n’a pas de fichier électoral. On n’a pas de code électoral, on n’a pas d’opérateur technique, on n’a pas de découpage. Tout ce qui concourt à l’organisation des élections, rien n’a été fait encore. »

Pour rappel, le 5 septembre 2021, le colonel Mamadi Doumbouya avait conduit un coup d’État qui avait renversé le président Alpha Condé, au pouvoir depuis plus de 10 ans. Après ce putsch, le colonel Doumbouya s’était fait investir président et s’était engagé à remettre le pouvoir à des civils élus fin 2024.


En Guinée, c’est une annonce qui interroge plus qu’elle n’inquiète. Mardi 2 janvier, la télévision nationale a présenté les auteurs d’une tentative de coup d’État, qui aurait été avortée il y a plusieurs mois par les autorités guinéennes. Celui qui est désigné comme le cerveau de l’opération est un certain capitaine Abdoulaye 2 Cissé. Le reportage de la RTG retrace pendant 15 minutes le film de cette tentative de putsch annoncée, mais il soulève beaucoup plus de questions qu’il n’apporte de réponses. RFI a tenté en vain de joindre le gouvernement guinéen pour avoir une confirmation officielle de ce coup d’État manqué.

Le  président de la transition en Guinée, le colonel Mamadi Doumbouya, le 22 septembre 2022.
Le président de la transition en Guinée, le colonel Mamadi Doumbouya, le 22 septembre 2022. AP

Le reportage montre le capitaine Abdoulaye 2 Cissé, présenté comme un ancien du Bataillon autonome des troupes aéroportées. On le voit notamment dans la vidéo, que le militaire aurait prévu de diffuser après avoir renversé Mamadi Doumbouya dans laquelle il appelle les forces de défense et de sécurité à le rejoindre au sein d’un Conseil national transitoire de Guinée. Puis arrivent les aveux filmés du capitaine ainsi que ceux de ses complices.

Tous reconnaissent leur implication et demandent pardon avant de remercier le colonel Mamadi Doumbouya qui leur a accordé une grâce présidentielle à l’occasion du Nouvel An.

Mais ce reportage laisse beaucoup de téléspectateurs dubitatifs. Le militaire aurait été arrêté il y a plusieurs mois. Pourtant, ce putsch manqué n’a jamais été annoncé par les autorités. Les aveux sont filmés par la communication de la présidence, reconnaissable à son logo.

Le profil des complices aussi interroge : un éleveur, une commerçante, un manager d’artiste et même un élève.

Et les confessions du capitaine Cissé, déjà peu précises, laissent penser qu’il n’était qu’un exécutant, puisqu’il affirme ne disposer d’aucun moyen financier et matériel, et ne même pas connaître l’agencement du palais Mohamed V, où réside le président Doumbouya.

En tout cas, le reportage de la RTG fait réagir. Du côté de l’opposition, l’ancien Premier ministre Sidya Touré, actuellement en exil, déplore « un retour aux pratiques d’Ahmed Sékou Touré », le père de l’indépendance guinéenne, et adepte des complots fictifs. Une époque qu’a également bien connu Cellou Dalein Diallo, président de l’UFDG, principale force d’opposition et aussi en exil. Il estime que la liberté de la presse est en danger et ne voit « aucune volonté politique de rétrocéder le pouvoir aux civils. »

Je pense qu’on est en train d’assassiner la liberté de la presse. Je vois ce qui se passe. On a coupé internet, les principales radios. J’ai des doutes, personnellement. Je ne sens aucune volonté politique de rétrocéder le pouvoir aux civils.

Cellou Dalein Diallo, président de l’UFDG

 

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