À la frontière nord d’Israël avec le Liban et en Cisjordanie occupée, la menace d’un embrasement augmente de jour en jour

Neuf jours après l’attaque meurtrière du Hamas contre Israël, planifiée par une demi-douzaine de hauts commandants à Gaza et qui a fait 1 400 victimes, et alors que l’État hébreu s’apprête à lancer une opération terrestre massive sur la bande de Gaza, la tension ne cesse de monter dans la région. Notamment avec le Hezbollah libanais, installé juste de l’autre côté de la frontière nord d’Israël. L’insurrection menace aussi chez les Palestiniens de Cisjordanie.

De nombreux accrochages au nord d’Israël

Le Hezbollah et Israël se sont violemment affrontés en 2006, pendant trente-trois jours, après que l’organisation islamiste a kidnappé deux soldats israéliens à la frontière. Or, depuis l’attaque déclenchée le 7 octobre dernier par le Hamas, les accrochages entre Israéliens et militants du Hezbollah se multiplient : ils ont déjà fait une dizaine de morts côté libanais, et au moins deux côté israélien.

Il s’agit en majorité de combattants de l’organisation libanaise, mais des civils ont également été tués, dont un journaliste de Reuters vendredi, et un couple habitant le village de Chebaa samedi. Dimanche, un civil israélien a été tué et plusieurs autres blessés à Shtula, dans le Nord, par un tir de missile revendiqué par le Hezbollah libanais, allié du Hamas palestinien en guerre contre Israël.

Guerre Israël-Hamas : la crainte d’un élargissement du conflit se renforce

 

Israël cible par ailleurs la Syrie. L’État hébreu a ainsi mené, dans la nuit de samedi à dimanche, des frappes aériennes sur l’aéroport d’Alep, dans le nord de la Syrie, faisant cinq blessés selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), quelques jours seulement après des frappes similaires sur les aéroports de Damas et déjà d’Alep. Des bombardements confirmés par le ministère syrien de la défense. Mais la Syrie, très dépendante de l’aide de la Russie, n’est pas véritablement en mesure d’intervenir dans ce conflit.

Une grande proximité entre le Hezbollah et le Hamas

Pour Jean-Paul Chagnollaud, professeur émérite des universités, le monde arabe n’a ni la capacité, ni l’envie de se lancer dans une nouvelle guerre avec Israël, hormis le Hezbollah libanais. Toutefois, poursuit-il, « ce serait insensé de sa part de le faire compte tenu de la situation économique catastrophique dans laquelle se trouve le Liban ».

« S’il devait y avoir une très forte dégradation de la situation de la population à Gaza avec des milliers de victimes, à la suite de l’offensive militaire israélienne, le Hezbollah, véritable État dans l’État, pourra-t-il rester sans rien faire ? », s’interroge-t-il néanmoins. D’autant qu’il existe une grande proximité entre le Hezbollah et le Hamas, les deux organisations partageant le même ennemi, Israël. Même si, selon Jean-Paul Chagnollaud, ces deux entités fonctionnent indépendamment l’une de l’autre sur le terrain militaire.

Preuve que la crainte est partagée, les appels au calme en direction du Hezbollah se multiplient. La France a appelé samedi l’organisation libanaise et son parrain iranien à la « retenue » afin « d’éviter d’ouvrir un nouveau front dans la région ». Washington, de son côté, a également averti il y a quelques jours le Hezbollah de ne pas prendre de « mauvaise décision ».

La crainte d’une troisième Intifada

De son côté, Israël, par la voix de son ministre israélien de la défense, Yoav Gallant, a affirmé dimanche que son pays n’était « pas intéressé » par une guerre à la frontière avec le Liban. « Nous ne voulons pas d’une escalade », a déclaré le ministre à des soldats, d’après une vidéo diffusée par son bureau, précisant toutefois que « si le Hezbollah choisit la voie de la guerre, il en paiera un très lourd tribut ».

Autre front très instable, la Cisjordanie occupée, faisant planer la menace d’une troisième Intifada. À leur tour, les Palestiniens, qui subissent l’occupation et la violence permanente des colons, encouragées par le gouvernement d’extrême droite israélien au pouvoir depuis près d’un an, pourraient manifester violemment contre Israël. « Depuis le début de l’année 2023, on dénombre près de 200 morts, rappelle Jean-Paul Chagnollaud, pour la plupart des civils palestiniens et surtout des jeunes, tués par Israël. On peut craindre dans ces conditions que l’opération israélienne à Gaza n’entraîne une révolte en Cisjordanie où, par ailleurs, le Hamas est très populaire. »

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