Analyse

Le Gabon, où une tentative de coup d’État est en cours depuis le matin du 30 août, a longtemps profité de ses réserves pétrolière. L’or noir représente encore les deux tiers des recettes budgétaires, mais les gisements s’épuisent et les grandes compagnies se désengagent. La Chine s’intéresse de plus en plus aux richesses minières du pays.

Un sous-sol très riche et une population très pauvre. Alors que l’incertitude règne après l’annonce, jeudi 30 août, d’un coup d’État militaire qui pourrait mettre fin au règne de la famille Bongo depuis 55 ans, le Gabon n’a pas échappé pas à la malédiction économique de beaucoup de pays africains, avec une économie de rente, dont profite seulement une petite élite.

Grand comme la moitié de la France pour seulement 2,3 millions d’habitants, le pays est l’un des plus riches d’Afrique, en termes de PIB par habitant (8 636 dollars en 2021, soit 7 967 €), grâce à son pétrole, son manganèse et son bois notamment. Mais le Gabon « peine à traduire la richesse de ses ressources en une croissance durable et inclusive » et un tiers (33 %) de sa population vit sous le seuil de pauvreté, estimait la Banque mondiale, dans une note publiée en avril.

Baisse inexorable des ressources pétrolières

Le Gabon est aujourd’hui le quatrième producteur de pétrole d’Afrique subsaharienne, avec une production toutefois modeste, d’environ 200 000 barils par jour (bpj) en 2022. Par comparaison, le Nigeria, premier producteur du continent, extrait 1,2 million de barils par jour.

« Même s’il est membre de l’Opep, le Gabon pèse peu sur la scène pétrolière. Mais le pétrole est très important pour lui », explique Francis Perrin, chercheur à l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris). À la faveur de la remontée du prix de baril, il a ainsi représenté 51 % du PIB du pays en 2022 (contre 38,5 % en 2020), 85 % de ses exportations et plus de 65 % de ses recettes budgétaires.

Désengagement des grandes compagnies

Comme les autres pays du Golfe de Guinée, le Gabon doit faire à la déplétion de ces gisements, à des coûts de production élevés, souligne Benjamin Augé, chercheur à l’Institut français des relations internationales (Ifri), dans une note publiée en juin 2021.

Les grandes compagnies se désengagent progressivement, à l’image de l’anglo-néerlandais Shell et du français TotalEnergies. En décembre 2021, l’entreprise, dirigée par Patrick Pouyanné, a vendu une partie ses gisements ainsi que le terminal pétrolier de Cap Lopez, à un autre acteur français, Perenco, détenue par la très riche et très discrète famille Perrodo, 15e fortune française, selon le classement du magazine Challenges.

Au cœur de la « Françafrique »

Aujourd’hui TotalEnergies ne produit plus que 17 000 barils par jour au Gabon, même si sa filiale continue d’occuper une place un peu à part. Si la première exploitation commerciale d’un gisement remonte à 1956, les géologues firent leurs premières reconnaissances du terrain en 1928. La filiale gabonaise de TotalEnergies, qui en détient 55,3 %, est aussi cotée à la Bourse de Paris, avec 25 % du capital détenu par l’État gabonais et 16,7 % dans le public.

L’ancienne « Société des pétroles d’Afrique équatoriale française » (Spaef), créée en 1949, puis devenue Elf Gabon en 1973, fut longtemps considérée comme un des piliers du système de la « Françafrique » où se mélangeait intérêts économiques et diplomatiques, avec des valises de billets servant au financement de la vie politique hexagonale et à l’enrichissement des dictateurs locaux. Au début des années 1990, elle fut au centre de scandale de corruption de ce que l’on appela « l’affaire Elf ».

Une exploitation pétrolière très critiquée sur le plan environnemental

Les pétroliers français n’ont pas pour autant déserté le Gabon. Perenco produit aujourd’hui 110 000 barils par jour, soit la moitié de la production du pays. De son côté, Maurel et Prom, autre acteur hexagonal, est de plus en plus présent. Il a racheté en juin Assala Energy au fonds d’investissement Carlyle, ce qui devrait faire passer sa production gabonaise de 15 000 à 56 000 barils par jour dès 2024.

« Ces petites compagnies se spécialisent dans la reprise d’actifs qui n’intéressent plus les majors, mais qu’elles estiment pouvoir encore exploiter avec des coûts moins élevés », note Francis Perrin. Au détriment de l’environnement ? C’est ce qu’affirment de nombreuses ONG, en dénonçant, par exemple, des fuites de pétrole dans la mangrove.

Des minerais en grande quantité

Depuis quelques années, le Gabon cherche néanmoins à réduire sa dépendance pétrolière, avec notamment l’adoption d’un nouveau code minier en 2019, censé donner un cadre plus stable aux investisseurs. Car le pays est le deuxième producteur mondial de manganèse, qui représente 6 % de son PIB. Mais recèle aussi du minerai de fer, de l’or, du cuivre, de l’uranium, du zinc ou des terres rares comme le niobium, dont elle posséderait le deuxième gisement mondial.

À Moanda, le français Eramet exploite ainsi la première mine de manganèse au monde, avec une production de 7,5 millions de tonnes en 2022 et emploie quelque 8 000 personnes. Comilog, sa filiale locale, est détenue à 29 % par l’État gabonais. La Chine s’intéresse aussi au secteur, tout comme l’Inde, qui affiche aussi de gros besoins dans ce métal utilisé dans la production d’acier et de batteries.

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