Le garde pénitenciaire Koné Kassoum dit ‘’La Machine’’

La presse ivoirienne a-t-elle encore une colonne vertébrale pour rester debout, sans fléchir!?

La réponse appartient à ses animateurs qui, en dehors des célébrations, semblent avoir désormais d’autres chats à fouetter.

Le mercredi 6 mai 2020, Claude Dassé, journaliste à L’Intelligent d’Abidjan, a passé un sale quart d’heure à la Maca, prison civile d’Abidjan. Parti, sur rendez-vous, pour enquêter sur les extorsions de fonds qu’opèrent les gardes pénitentiaires sur les prisonniers, il a été séquestré durant des heures avant d’être remis en liberté.

72 heures après cet incident fâcheux, c’est le silence de cimetière, distrait ici et là par les réactions de colère et de désapprobation de citoyens ou de l’Ong Reporters Sans frontière.

Aux dernières nouvelles, ni la direction de l’entreprise qui l’emploie ni les faîtières de la profession (UNJCI et OLPED) ni l’OLPED (structure d’auto-régulation) ni les syndicats dont le SYNAPPCI n’ont produit aucun communiqué ni d’indignation ni de protestation.

À la différence, apprend-on, de deux des trois syndicats des gardes pénitentiaires qui se sont élevés contre le sort réservé à Dassé, toutes les structures formelles de la profession sont muettes comme une carpe.

Chacune observe la posture du singe de la gravure: personne n’a rien vu, n’a rien entendu et ne dit rien. Tout le monde paraît tétanisé, laissant alors Claude Dassé, secrétaire de l’UNJCI chargé des affaires syndicales, livré à lui-même et seul face aux sévices de Koné Kassoum dit « la machine ».

Cette évolution traduit éloquemment que le ver est dans le fruit. C’est le drame de la presse ivoirienne qui sacrifie, pour des raisons politiciennes, les intérêts de ses membres.

Car nul ne peut oublier la trace indélébile laissée hier par des journalistes ivoiriens, tous bords et toutes lignes éditoriales confondus, sous le pouvoir de la junte militaire. Le jeudi 21 septembre 2000, comme un seul homme, ils ont observé, à l’unanimité, une journée presse morte. Pourquoi!? Joachim Beugré, journaliste au quotidien Le Jour, a été bastonné par des militaires douze jours plus tôt, le 8 septembre.

À l’issue d’une courageuse marche de protestation contre « la délinquance militaire », ils ont déposé une motion de protestation dans les mains du général Guéi Robert, chef de la junte militaire.

Beaucoup d’eau a coulé sous les nombreux ponts ivoiriens. « Le temps qui était le temps n’est plus le temps qui est le temps. Il est coagulé et on ne sait plus où aller », a dit le vieux Menékré.

Et alors, vingt ans plus tard, les mauvais traitements subis par Claude Dassé sont en train de passer par pertes et profits. Devant le silence gêné ou assumé des uns et des autres.

F. M. Bally