L’État d’Israël a annoncé, lundi 17 juillet, « reconnaître la souveraineté du Maroc » sur le Sahara occidental. Ce territoire situé dans le nord-ouest de l’Afrique se trouve au cœur d’un conflit enlisé depuis près de cinquante ans, qui oppose le royaume marocain aux indépendantistes du Front Polisario.

Deux ans et demi après les États-Unis, Israël a décidé, lundi 17 juillet, de « reconnaître la souveraineté du Maroc » sur le territoire disputé du Sahara occidental, selon une annonce du cabinet royal à Rabat, citant une lettre du premier ministre israélien Benyamin Netanyahou.

La lutte pour le contrôle de ce territoire désertique, grand comme la moitié de la France et riche en ressources naturelles, oppose le royaume marocain et les indépendantistes du Front Polisario depuis 1975. Alors que le Sahara occidental n’a toujours pas de statut juridique, le conflit qu’il suscite s’inscrit aujourd’hui dans les rivalités régionales de cette zone, marquée par l’implantation de groupes terroristes djihadistes.

Territoire non autonome de l’ONU

Après huit siècles sous la domination des dynasties Almoravide puis Saadienne, le Sahara occidental est placé sous protectorat espagnol en 1884, dans le cadre de la conférence de Berlin. Les prétentions marocaines sur ce territoire, considéré par le royaume comme partie intégrante des frontières d’un « grand Maroc », se concrétisent après l’indépendance du pays, en 1956. Une force armée tente de s’introduire dans le Sahara encore sous domination espagnole, mais l’offensive se solde par un échec.

À lire aussiEntre le Maroc et l’Algérie, le « point de non-retour »

En parallèle, se crée en 1973 le Front Polisario (abréviation de « Pour la libération du Saguit el Hamra et du Rio d’Oro », les deux régions du Sahara occidental actuel). Ce mouvement politique et armé revendique l’autodétermination et l’indépendance du Sahara occidental, avec le soutien de l’Algérie. L’Espagne finit par se retirer du territoire, obtenant de conserver les enclaves de Ceuta et Melilla au Maroc.

Annexion par le Maroc

Le pouvoir marocain profite du départ des Espagnols pour organiser une nouvelle offensive et tenter d’annexer le territoire. Le 6 novembre 1975, 350 000 Marocains pénètrent dans le Sahara occidental lors d’une « marche verte », malgré les condamnations de l’ONU. Tandis que le Maroc prend le contrôle d’une large partie du nord du territoire, des milliers de Sahraouis fuient alors vers l’ouest de l’Algérie, à Tindouf. La ville algérienne devient la base arrière de l’entité politique sahraouie, la République arabe sahraouie démocratique (RASD), proclamée en 1976. La Mauritanie récupère également une partie du Sahara occidental, finalement cédée à la RASD en 1979.

La situation s’enlise dans les années 1980. Le pouvoir marocain érige progressivement des murs de sable pour démarquer le territoire conquis en 1975 et repousser les incursions des indépendantistes. Cette ligne de démarcation de plus de 2 500 km crée une nouvelle frontière qui divise le pays entre la zone du nord sous contrôle marocain (80 %), et le sud, sous contrôle indépendantiste, appelé « territoire libéré » (20 %)

En 1991, l’ONU envoie une Mission des Nations unies pour l’organisation du référendum au Sahara occidental (Minurso) afin de trouver un compromis. Les protagonistes acceptent un plan de résolution du conflit, qui entraîne un cessez-le-feu et doit déboucher sur un référendum d’autodétermination. Mais ce vote n’a toujours pas eu lieu, le Maroc, soutenu par la France, l’Espagne et les États-Unis, s’y refusant.

Dimension internationale

Les Sahraouis sont donc aujourd’hui divisés entre le Sahara occidental (entre 500 000 et 600 000 habitants), la Mauritanie et l’Algérie (entre 90 000 et 165 000 réfugiés dans six camps), tandis que le Maroc poursuit le développement économique des territoires du nord. Le royaume chérifien utilise en outre le différend autour du Sahara occidental comme levier de négociation sur la scène internationale. Le pays avait par exemple quitté l’Union africaine en 1984 et cessé d’investir dans les pays d’Afrique reconnaissant l’indépendance du Sahara occidental.

« (Le Maroc) s’est rendu presque indispensable pour les pays occidentaux dans la mesure où il surveille le détroit de Gibraltar et il est utile dans la rétention des émigrés d’Afrique subsaharienne notamment », analysait récemment Khadija Mohsen-Finan à TV5 Monde. La politologue spécialiste du Maghreb pointe aussi le rôle du royaume dans la lutte contre le djihadisme, face à l’implantation de groupes terroristes au Sahel, comme Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi).

Actuellement, 59 pays se sont positionnés en faveur de la reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le territoire du Sahara occidental, dont les États-Unis, l’Espagne ou encore l’Allemagne, et 24 y ont ouvert des représentations diplomatiques, à Dakhla ou Laâyoune.

En 2015, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) avait toutefois tranché en faveur des indépendantistes en annulant un accord commercial entre le Maroc et l’UE. Le Front Polisario estimait alors que l’application de cet accord aurait violé le droit international et les engagements de l’Union.

Advertisement

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici