ntre approche sécuritaire pour remédier à une crise migratoire aux origines et aux ramifications complexes et les réactions d’extrême droite européenne, l’Europe s’engage sur la voie sécuritaire au lieu de traiter les racines du mal

Phénomène persistant depuis plusieurs décennies, mais dont la cadence a augmenté drastiquement durant plusieurs mois, il ne se passe pas une semaine sans son lot de bilan, parfois dramatique, de migrants qui tentent la traversée périlleuse de la Méditerranée, attirés par le chant de sirènes d’un improbable “Eldorado“ européen.

Phénomène social par certains aspects, la migration est loin d’avoir une définition universellement acceptée.

Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme définit le terme “migrant international“, dans un document intitulé Principes et directives recommandés sur les droits de l’homme aux frontières internationales, avec la définition suivante : “toute personne se trouvant à l’extérieur de l’État dont elle possède la nationalité ou la citoyenneté ou, dans le cas des apatrides, de son pays de naissance ou de résidence habituelle. Le terme englobe les migrants qui ont l’intention de se déplacer définitivement ou temporairement, ceux qui se déplacent de manière régulière et en possédant les documents requis et ceux qui sont en situation irrégulière“.

Or, le phénomène prend de telles proportions géopolitiques et sécuritaires que ça en fait perdre de vue des raisons profondes qui poussent des familles entières à se lancer sur les routes d’un exil au dénouement incertain, voire fatal.

Les solutions proposées, notamment par l’Europe, misent sur le tout sécuritaire, perdant souvent de vue les motivations qui incitent à braver les dangers d’une traversée dans l’espoir d’une vie meilleure.

En témoigne la récente crise migratoire dans l’île italienne de Lampedusa qui a vu affluer environ 8 500 migrants entre le 11 et le 13 septembre 2023, suscitant une levée de boucliers au sein de la classe politique européenne, notamment l’extrême droite, quant à l’accueil de cette vague migratoire, appelant à plus de mesures sécuritaires, en perdant de vue les causes premières d’une telle situation.

** Migration : aux origines des traversées périlleuses

De manière générale, le phénomène migratoire répond à une logique d’attraction et de répulsion. Le facteur de répulsion se résume dans les facteurs qui incitent (voire contraignent) les personnes à quitter le pays d’origine. Le facteur d’attraction est la somme des incitatifs qui font choisir un pays de destination.

Plusieurs axes constituent les racines expliquant la migration. Les plus importants sont ceux d’ordre sociopolitique, démographique – économiques et plus récemment la migration climatique et environnementale.

Dans le registre sociopolitique, les situations paroxystiques issues des conflits armés civils ou internationaux, des persécutions ethniques, raciales, religieuses ou encore politiques sont un facteur évident de migration dans la mesure où s’il s’agit d’un simple mécanisme de survie face à des situations extrêmes où la vie des personnes est clairement menacée.

Dans une première étape, les individus fuyant leurs pays choisissent un pays de destination apte à leur fournir la protection nécessaire, se classant par ce fait dans la catégorie des réfugiés humanitaires à la recherche d’une protection internationale qui pourrait être subsidiaire ou temporaire selon la politique de l’Etat dans le pays d’accueil. En ce sens, l’Europe est souvent privilégiée dans la mesure où les Etats de ce continent adoptent notoirement une approche libérale concernant les droits humains.

Certains facteurs déterminants sont la guerre, les risques de conflit ou la persécution par le gouvernement. Ceux qui fuient les conflits armés, les violations des droits de l’homme, ou la persécution sont généralement des réfugiés humanitaires. Ceci aura un impact sur leur choix de destination puisque certains pays ont une approche plus libérale vis-à-vis des droits de l’homme que d’autres.

Dans un premier temps, ces individus auront tendance à migrer vers le pays sûr le plus proche qui accepte les demandeurs d’asile.

Un autre axe important du phénomène migratoire, réside dans les changements démographiques dans un territoire, qui est à mettre en lien direct avec le facteur économique. Ce facteur détermine la mobilité humaine, et ce, dans le sens où selon l’état de la population (croissance ou diminution, jeune ou vieillissante) impacte directement la dynamique économique, la disponibilité des moyens de subsistance, ainsi que la qualité et le niveau de vie.

Un climat économique en crise, des conditions de travail médiocres, un taux de chômage élevé supposent une recherche de leur exact opposé par les candidats à la migration, autrement dit, on migre pour de meilleurs salaires, pour un niveau de vie plus élevé et pour de plus larges perspectives éducatives et professionnelles dans des pays riches ou à haut revenu.

Le facteur climatique et environnemental compte aussi parmi les facteurs déterminants dans les mouvements migratoires humains, fuir les zones sismiques, les phénomènes naturels extrêmes (ouragans, inondations, raz-de-marée, etc.).

L’Organisation mondiale pour la migration (OIM) propose la définition suivante : “on appelle migrants environnementaux les personnes ou groupes de personnes qui, essentiellement pour des raisons liées à un changement environnemental soudain ou progressif influant négativement sur leur vie ou leurs conditions de vie, sont contraintes de quitter leur foyer habituel ou le quittent de leur propre initiative, temporairement ou définitivement, et qui, de ce fait, se déplacent à l’intérieur de leur pays ou en sortent“.

Difficile à quantifier, ce type de migration est en nette croissance avec l’aggravation du dérèglement climatique, et les prévisions ne sont guère rassurantes à ce propos, puisque les pires prévisions estiment le nombre de migrants/réfugiés climatiques à plusieurs dizaines de millions, voire à un milliard (dans les pires scénarios) à l’horizon 2050.

** Migration : quand la politique s’en mêle

Les réactions à la récente la vague migratoire dans l’île de Lampedusa, qui peut sembler impressionnante au premier abord, ont accueilli la nouvelle de l’arrivée des migrants avec des superlatifs pour le moins dramatiques. Les partis italien et français d’extrême droite n’ont pas tari en termes d’exagération pour qualifier un chiffre, qui, somme toutes n’est pas aussi élevé que celui de 2016-2017, par exemple même si le nombre de migrants dépasse celui des habitants et qu’il met une grande tension sur les capacités d’accueil de l’île et le régime de solidarité de l’Europe.

Pour Giorgia Meloni, la Première ministre italienne, il est question d’un “afflux migratoire“, Nadine Morano parle d’une “invasion“, alors que pour Marine le Pen, il s’agit de rien de moins qu’une “submersion“. Ces réactions ont en commun l’instrumentalisation politique des faits (perception très partielle et partiale qui perd de vue l’aspect humanitaire).

Dans une tribune du site Libération intitulée “«L’effet Lampedusa», ou comment se fabriquent des politiques migratoires répressives“, les chercheuses Marie Bassi et Camille Schmoll mettent en exergue l’argumentaire électoraliste des politiques d’extrême droite en France, “des représentants politiques partent en croisade : pour accroître leur capital électoral, ils utilisent une rhétorique guerrière tandis que les annonces de fermeture des frontières se succèdent. Les élections européennes approchent, c’est pour eux l’occasion de doubler par la droite de potentiels concurrents“.

Les mêmes chercheuses ont ajouté : “Au-delà du cynisme des opportunismes politiques, que nous dit l’épisode Lampedusa ? Une fois de plus, les politiques migratoires mises en place par les Etats européens depuis une trentaine d’années, et de manière accélérée depuis 2015, ont contribué à créer les conditions d’une tragédie humanitaire“.

La politique migratoire européenne s’est axée sur le tout sécuritaire depuis plusieurs années en concluant notamment un accord de “partenariat stratégique“ avec la Tunisie le 16 juillet dernier, axé sur la lutte contre l’immigration. La Commission européenne vient d’ailleurs d’autoriser une enveloppe “de 60 millions d’euros pour la Tunisie et un paquet d’assistance opérationnelle sur la migration d’environ 67 millions d’euros, qui seront déboursés dans les prochains jours“, selon la porte-parole de la Commission européenne, Ana Pisonero.

Ce même accord qui a reçu récemment les foudres du député Andrea Crippa, du parti italien La Ligue (parti anti-immigration de Matteo Salvini et membre de la coalition au pouvoir), qui, sur fond d’arrivée d’un grand nombre de migrants, a déclaré que « le gouvernement de la Tunisie, c’est évident, a déclaré la guerre à l’Italie ».

Des déclarations incendiaires qui ne résolvent rien à la situation certes, et qui se concrétisent déjà par une fuite en avant vers encore plus de sécuritaire, en attendant une approche plus pragmatique et efficace, mais aussi plus difficile à appliquer dans les contextes économique et géopolitique actuels.

Mounir Bennour

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