Le 28 août 1963, Martin Luther King partageait son rêve d’un pays sans racisme dans son célèbre discours « Je fais un rêve », prononcé à l’issue de la Marche sur Washington. Soixante ans plus tard, alors que la communauté afro-américaine estime qu’il reste du chemin pour l’exaucer, une nouvelle marche a lieu ce samedi 26 août dans la capitale fédérale.

La chaleur de plomb, la foule, le silence… Gwen Day-Fuller se souvient de ce 28 août 1963 comme si c’était hier. Cette enseignante afro-américaine à la retraite avait 19 ans quand elle a participé, avec 250 000 autres personnes, à la « Marche sur Washington pour l’emploi et la liberté », un grand rassemblement pour l’égalité raciale organisé par plusieurs groupes de défense des droits civiques.

Le point d’orgue de l’événement fut le discours « Je fais un rêve » du pasteur Martin Luther King Jr. Au pied de la fameuse statue d’Abraham Lincoln, le président qui mit fin à l’esclavage, il invita les participants à imaginer une nation débarrassée du racisme et de la ségrégation.

« Nous avions le sentiment que le changement était possible », se remémore Gwen Day-Fuller. Soixante ans plus tard, elle se montre plus mesurée. « Il y a eu des progrès évidents, mais on ne peut pas nier les régressions, estime-t-elle. Ce n’est pas le moment de se relâcher. »

Plombés par l’héritage de l’esclavage

Le « rêve » de « MLK » et de ses alliés est encore loin d’être réalité. Malgré l’examen de conscience déclenché par le meurtre de l’Afro-Américain George Floyd en 2020, les cas de violences policières contre les minorités continuent d’entacher l’actualité. Plombés par l’héritage de l’esclavage, les ménages afro-américains ont un patrimoine sept fois inférieur à celui des ménages blancs, d’après une étude de 2019.

Dans le sillage de la victoire de Joe Biden en 2020, plusieurs États dirigés par le Parti républicain ont instauré des mesures de lutte contre la fraude électorale accusées de rendre plus difficile la participation des Noirs, un électorat traditionnellement démocrate.

Et en juin dernier, les militants ont connu un nouveau revers : la Cour suprême à majorité conservatrice a décidé de mettre un terme à l’« affirmative action », cette politique héritée du mouvement des droits civiques qui autorisait les universités à utiliser le critère racial ou ethnique pour sélectionner leurs futurs étudiants.

Deux populations qui ne vivent pas dans le même monde

Les Américains mesurent qu’il reste du chemin. D’après l’Institut Pew, 52 % estiment qu’en soixante ans le pays a fait « beaucoup » ou « une quantité honnête » de progrès dans le domaine de l’égalité raciale. Mais seuls 30 % des sondés noirs le pensent, contre 58 % des blancs. Signe que ces deux populations ne vivent pas dans le même monde.

«C’est fatigant. On a l’impression de devoir se battre encore et toujours, même si la ségrégation n’est plus légale », souffle Star, une touriste afro-américaine rencontrée au Mémorial de Martin Luther King Jr. à Washington. «On revient aux années 1960 : une période fragile, où les avancées d’hier sont remises en question », estime son amie, Trudy. Cette décennie turbulente avait vu l’interdiction des discriminations grâce à une série de lois nationales majeures, mais aussi l’assassinat de Martin Luther King, en 1968.

« Être dans l’action ! »

Afro-Américaine résidant en Floride, Trudy vit ces dynamiques aux premières loges. Le gouverneur républicain de l’État, Ron DeSantis, candidat aux primaires de son parti pour la présidentielle de 2024, a récemment défendu une nouvelle norme scolaire qui oblige les écoles locales à enseigner que les esclaves ont bénéficié de leur asservissement car il leur a permis d’acquérir des « compétences ».

« J’aimerais beaucoup que les républicains m’invitent à parler de l’héritage de Martin », confie Clarence Jones. À 92 ans, il fut l’avocat et la plume des discours de l’icône des droits civiques – il a notamment signé le début de « Je fais un rêve ». « On doit arrêter de se plaindre des difficultés que nous rencontrons. Il faut s’inscrire sur les listes électorales et voter ! Être dans l’action ! »

Samedi 26 août, il participera à un rassemblement à Washington en présence de la famille du pasteur pour marquer les 60 ans du rendez-vous historique. Plusieurs milliers de personnes sont attendues à cet événement. Avec un mot d’ordre : « La marche continue. »

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L’« affirmative action » sur la sellette

Mise en place dans les années 1960, la politique d’« affirmative action » vise à favoriser l’insertion d’étudiants afro-américains ou latinos dans les universités, en prenant en compte l’origine raciale ou ethnique dans les admissions.

Il s’agit de favoriser les minorités et la diversité ainsi que de «corriger une tradition nationale de discrimination »,selon la juge Ketanji Brown Jackson, première femme noire à la Cour suprême, nommée en 2022 par le président Joe Biden.

Cette politique a des résultats plutôt décevants. En 2017, indique le New York Timesla proportion d’étudiants noirs en première année dans les établissements d’élite n’est que de 6 %.

Le 29 juin 2023, à six voix contre trois, la Cour suprême américaine révoque cette disposition, jugeant inconstitutionnelle l’utilisation du critère de la race.

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