Analyse Leurs relations se sont considérablement détériorées depuis le coup d’État du 26 juillet. Alors que la junte nigérienne cible Paris, l’Élysée soutient l’option militaire pour rétablir l’ordre constitutionnel. Une position de plus en plus isolée sur la scène internationale.

Rien ne va plus entre la France et le Niger. Tous les partenariats construits ces dernières années volent en éclats depuis que des militaires ont renversé le président Bazoum, le 26 juillet. La demande faite par la junte du renvoi de l’ambassadeur de France Sylvain Itté le 25 août en est la dernière manifestation. Désormais, les 1 500 militaires français déployés au Niger vivent retranchés dans leur base, encerclés par l’hostilité du nouveau régime et par le ressentiment antifrançais d’une partie de la population.

« France dégage »

«Du temps de ma jeunesse dans les années 1970, nous criions en Afrique “US go home”. Aujourd’hui, la rue crie “France go home”», constate le philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne. «Face à Paris, nous ne baisserons plus les yeux. Nous sommes des patriotes, des Nigériens, et nous disons à la France : “Dégage” », explique en écho Ousmane, l’un de ces jeunes qui soutiennent les militaires nigériens au pouvoir.

Une hostilité qui épargne les autres puissances occidentales présentes au Niger comme les États-Unis, l’Union européenne, l’Italie et l’Allemagne. Aucun de leurs ambassadeurs n’a été déclaré persona non grata par la junte. «Le fait que Mohamed Bazoum est perçu comme soutenu par la France a joué contre lui et en faveur de la junte qui l’a renversé », ajoute Serge Michailof, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

La France à l’offensive

Face à cette détérioration de la situation, l’Élysée rend coup pour coup. Après avoir condamné le putsch et demandé la libération du président Bazoum, évacué les Français du Niger, suspendu son aide au développement et sa coopération militaire, Emmanuel Macron a renouvelé ses critiques vis-à-vis de la junte devant les ambassadeurs français réunis à Paris, lundi 28 août.

Il a contesté la légitimité de cette junte, rappelé qu’elle tenait prisonnier le président Mohamed Bazoum, un « homme intègre, démocratiquement élu et courageux » et refusé d’obtempérer à ses demandes comme le renvoi de son ambassadeur. Mais surtout, il a affirmé que la France soutenait « l’action diplomatique, et quand elle le décidera militaire, de la Cedeao ».

Pour une action militaire

Soutenir une action militaire de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest pour renverser la junte, c’est ce à quoi pense Paris depuis le 26 juillet. « Le temps où l’on y allait seuls est révolu », confiait une source diplomatique quelques jours après le putsch, « nous sommes favorables à ce que la Cedeao intervienne militairement, nous ne serons pas en première ligne, mais nous l’appuierons».

Quelques jours plus tard, le 10 août, la Cedeao ordonnait « l’activation immédiate » de sa force d’intervention en vue de « restaurer l’ordre constitutionnel » au Niger. Et le 18 août, elle indiquait que « le jour de l’intervention » était fixé, tout comme « les objectifs stratégiques, l’équipement nécessaire et l’engagement des États membres ».

Une intervention qui ne fait pas l’unanimité

Si ces manœuvres correspondent aux attentes exprimées par Paris, elles ne font pas l’unanimité sur le continent. Au sein même de la Cedeao, des États comme le Ghana s’y opposent. Dans la sous-région, au côté du Mali et du Burkina Faso, l’Algérie a pris position contre une intervention militaire. Une position partagée par les responsables religieux de la sous-région. C’est aussi celle de l’Union africaine. Même certains partenaires de la France en Afrique, comme le Tchad, n’y sont pas favorables.

La fermeté de Paris contre la junte nigérienne n’a pas rencontré tant de soutien sur la scène internationale. Si l’Allemagne a fini par dire qu’elle voyait « naturellement avec inquiétude l’attitude antifrançaise de la junte » et si l’Union européenne a dénoncé le renvoi de l’ambassadeur de France, la plupart des grandes puissances occidentales présentes au Niger sont beaucoup plus accommodantes, comme les États-Unis et l’Italie.

Face à cette situation si dégradée pour l’Élysée, «de nombreux chefs militaires français ne souhaitent qu’une chose, partir du Niger», confie l’un d’entre eux. «Mon choix serait de dire “on s’en va !” », déclarait à son tour le général Yakovleff, sur LCI, au début de la semaine.

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