Véritable phénomène panafricain, les fintech poursuivent leur ascension. Les créations se multiplient, les activités et les levées de fonds aussi, selon une nouvelle étude. Au cours des huit dernières années, elles ont levé trois fois plus de fonds que toute autre entité au sein de l’univers startup en Afrique. Les détails.

Ces deux dernières années, le secteur des fintech n’a cessé de prendre du terrain. Le continent compte au moins 678 sociétés de technologies financières basées dans 25 pays, soit une hausse de 17,7% comparé à 2021, révèle le cabinet Disrupt Africa dans la quatrième édition de son rapport biannuel Finnovating for Africa: Reimagining the African Financial Services Landscape, une sorte de plongée dans l’écosystème des fintech africaines dont les résultats sont fraichement publiés. C’est un boom continue que connait le secteur depuis plusieurs années, avec de nombreuses créations, mais aussi le développement de ces entités devenues clés dans la sphère Tech. « La fintech africaine est à son apogée, faisant progresser le l’inclusion financière et alimenter la révolution commerciale en cours sur le continent », estiment Tom Jackson et Gabriella Mulligan, cofondateur de Disrupt Africa qui ont conduisent cette étude depuis 2017.

Le Nigeria, au sommet de la pyramide

Longtemps restée la référence sur le segment des fintech, l’Afrique du Sud s’est faite détrônée. Avec ses 270 entités, le Nigeria est désormais le marché qui abrite le plus de fintech en Afrique, suivi du pays de Nelson Mandela (140 entreprises) et du Kenya (102 entreprises). A eux seuls, ce trio de tête abrite 67,7% des startups de technologies financières africaines. En termes d’évolution, l’Egypte (+66,7%) et le Nigeria (+50%) sont les deux pays africains qui ont connu le plus de création de fintechs au cours de ces deux dernières années. Les experts ont identifié, en outre, l’émergence de trois nouveaux marchés : le Burkina Faso, le Lesotho et la Namibie.

2,7 milliards de dollars levés en deux ans

Les levées de fonds sont tout aussi éloquentes. Les fintech africaines ont levé plus 2,7 milliards de dollars au cours des 24 derniers mois, soit presque le double des fonds de levés sur la période 2019-2021. En étendant la période d’analyse, les auteurs du rapport se sont rendus compte que 540 fintech de 25 pays ont levé près de 3,64 milliards de dollars depuis 2015« C’est trois fois plus que tout autre secteur [de l’écosystème numérique, NDLR]», soulignent-ils. Là encore, le Nigeria se distingue, car 41,6% de ces fonds ont été levés par des fintech basées au pays d’Aliko Dangote.

« La fintech africaine a atteint la maturité »

Dans l’univers africain des startups technologiques, les fintech sont les entités qui se font le plus incubées. Sur 678 sociétés répertoriées, 315 -soit 46,5%- ont bénéficié de divers programmes d’accélération. « Aucun autre secteur vertical de l’écosystème technologique passionnant de l’Afrique n’est soumis à plus d’accélération ou d’incubation que la fintech », commentent les auteurs du rapport. De plus, elles sont également prisées pour les fusion-acquisitions, lesquelles ont grimpé de 270% au cours des deux dernières années. Outre l’Afrique du Sud et le Nigeria, de telles opérations ont été menées sur la période au Maroc, en Côte d’Ivoire, en Egypte, au Kenya, au Rwanda, en Zambie et en Tunisie.

« Lorsque nous avons publié la version inaugurale de Finnovating for Africa il y a six ans, la fintech émergeait tout juste comme un secteur leader au sein de l’écosystème plus large des startups technologiques africaines. Au cours des années 2019 et 2021, il y a eu une évolution sérieuse, et depuis 2021, en termes d’activité, de financement, d’activité de fusions et acquisitions, elle a véritablement atteint sa maturité », expliquent Tom Jackson et Gabriella Mulligan. Pour eux, le succès des fintech africaines émane de leur capacité à fournir « une grande variété de solutions qui concurrencent les opérateurs historiques établis ou aident ces derniers à devenir plus agiles et efficaces ». Mais en plus, soulignent-ils, la singularité des fintechs africaines comparées à celles des marchés développés -consistant à fournir souvent un accès aux services financiers aux nombreuses personnes non bancarisées- constitue un atout majeur de leur succès auprès des consommateurs et des investisseurs.

Du point de vue de leurs activités, les fintechs se diversifient de plus en plus. Les paiements et les transferts de fonds restent l’activité « reine », avec un taux de 29,4% entre 2021 et 2023. Mais ce taux -qui était de 41,5% en 2017 et de 35,8% en 2021- diminue avec le temps, en raison de l’émergence d’autres activités au sein des fintechs telles que les prêts et le financement, les solutions d’administration des affaires, l’investissement technologique, l’insurtech, la finance personnelle, la Blockchain ou encore la sécurité et identification.

20% des fintech à la durée de vie limitée, le défi

En fonction des marchés cependant, certaines fintechs ne réussissent pas à s’inscrire dans la durée. Ainsi, 20% des fintechs répertoriées entre 2019 et 2021 ont fermé boutique au cours des deux dernières années, selon le rapport. Un taux qui a tendance à légèrement baisser, mais qui reste « non négligeable » selon les experts qui pointent notamment un environnement parfois difficile pour le développement des startups de technologies financières. Ces derniers estiment cependant que ces réalités n’altèrent en rien « l’énorme potentiel » des fintechs pour le développement de la finance et de la technologie sur le continent, mais qu’elles requièrent une attention particulière sur certains marchés au vue des solutions dont ces fintechs sont porteuses.

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