Washington a dépêché un haut responsable du FBI à Abidjan pour presser les autorités ivoiriennes d’accélérer des enquêtes sensibles sur de présumés réseaux de financement du Hezbollah.
Révélée par Africa Intelligence et confirmée à Linfodrome par une source au sein de l’appareil sécuritaire ivoirien, la visite n’est pas passée inaperçue : mi-janvier, un haut responsable du FBI a discrètement foulé le sol abidjanais. En toile de fond, des enquêtes jugées trop lentes par Washington sur de présumés circuits de financement du Hezbollah depuis la capitale économique ivoirienne. Un dossier sensible, suivi de près par l’administration américaine, désormais dirigée par Donald Trump.
Selon plusieurs sources concordantes, Colin McGuire, directeur Afrique de l’Ouest du FBI, basé à Dakar, a été dépêché à Abidjan avec une mission claire : faire avancer un dossier que les États-Unis estiment enlisé. Le message aurait été transmis au plus haut niveau de l’État ivoirien.
Washington hausse le ton
Pour l’administration Trump, le sujet est prioritaire. Les autorités américaines soupçonnent l’existence de réseaux financiers transnationaux, opérant depuis l’Afrique de l’Ouest, et dont certaines ramifications passeraient par Abidjan. « Les Américains veulent des résultats concrets, pas seulement des intentions », confie un diplomate occidental en poste dans la sous-région.
Les investigations ivoiriennes, ouvertes au printemps 2025, portent sur des flux financiers suspects impliquant des entreprises et des individus liés à des secteurs économiques en plein essor. Aux yeux de Washington, le tempo est insuffisant. D’où l’envoi sur le terrain de l’un des principaux responsables régionaux du FBI.
« Il faut comprendre que ce sont des dossiers complexes,… »

Côté ivoirien, le discours officiel reste ferme. Le président Alassane Ouattara a réaffirmé à ses partenaires américains la politique de « tolérance zéro » de la Côte d’Ivoire en matière de financement du terrorisme. « Aucun territoire ivoirien ne doit servir de base arrière à des activités illicites, d’où qu’elles viennent », insiste un proche du dossier.
Dans ce cadre, le procureur de la République près le tribunal d’Abidjan-Plateau, Oumar Braman Koné, également chef du parquet antiterroriste, a été directement mobilisé, selon Africa Intelligence. La CENTIF, la Cellule de traitement de l’information financière, ainsi que plusieurs services de renseignement et de sécurité, sont également mis à contribution.
« Les enquêtes suivent leur cours, dans le respect de la loi et de la souveraineté nationale, assure un magistrat ivoirien, sous couvert d’anonymat. Mais il faut comprendre que ce sont des dossiers complexes, avec des montages financiers sophistiqués. »
Immobilier, voyages, luxe : des secteurs scrutés
Les investigations se concentrent sur plusieurs secteurs clés de l’économie abidjanaise. L’immobilier, d’abord, soupçonné d’avoir servi à réinjecter des fonds d’origine douteuse via des projets de construction. Les agences de voyages, ensuite : en 2025, plusieurs comptes bancaires ont été gelés à titre conservatoire par la justice ivoirienne.
Le commerce de luxe figure aussi dans le viseur. « Diamants, véhicules haut de gamme, sociétés d’import-export… ce sont des secteurs classiques pour le blanchiment », explique un expert régional en criminalité financière.
Le dossier est d’autant plus délicat qu’il touche une partie de la communauté libanaise d’Afrique de l’Ouest, historiquement bien implantée dans le commerce en Côte d’Ivoire. Des rapports évoquent des contributions financières collectées auprès de certains commerçants, parfois présentées comme des “taxes communautaires”. Une affirmation vigoureusement rejetée par plusieurs responsables communautaires.
« Nous sommes des commerçants, des citoyens respectueux des lois ivoiriennes. Il ne faut pas faire d’amalgames », tranche un notable libanais d’Abidjan. Même prudence autour de certains lieux de culte, cités dans des rapports internationaux mais dont les fidèles locaux récusent toute implication politique.
Une présence américaine renforcée
La mission de Colin McGuire s’inscrit dans un dispositif américain plus large. Depuis 2024, un attaché du Trésor américain est en poste à Abidjan, chargé de surveiller les flux financiers suspects liés au blanchiment d’argent et au financement du terrorisme. Pour Washington, l’Afrique de l’Ouest est devenue une zone de transit stratégique dans des circuits financiers mondiaux complexes, parfois alimentés par des trafics de drogue ou d’or.
Ce n’est pas la première fois que le responsable du FBI se rend à Abidjan. Habitué des dossiers de criminalité transnationale, Colin McGuire effectue régulièrement des missions dans la région. Sa dernière visite en Côte d’Ivoire remontait au printemps 2025.
Cette fois, le signal politique est clair : sous Donald Trump, les États-Unis entendent maintenir une pression constante sur leurs partenaires, au nom de la lutte globale contre le financement du terrorisme. À Abidjan, l’enjeu est désormais de concilier coopération internationale, efficacité judiciaire et préservation de la cohésion sociale. Un équilibre délicat, scruté bien au-delà des frontières ivoiriennes.
















































