À l’occasion du sommet pour un nouveau pacte financier mondial, organisé ces 22 et 23 juin à Paris, le président français Emmanuel Macron a accordé un entretien exclusif à RFI, France 24 et Franceinfo.

Un sommet pour changer de trajectoire. Depuis jeudi, une quarantaine de chefs d’État et de gouvernement et autant de grandes institutions financières publiques sont réunis à Paris pour un sommet informel dédié à la lutte contre la pauvreté et le changement climatique. « Aucun pays ne doit avoir à choisir entre la réduction de la pauvreté et la protection de la planète » : ces défis doivent être affrontés « en même temps », a déclaré hier le président français. Pour y parvenir, une réforme des institutions financières internationales, devenue obsolètes, est indispensable.

En toile de fond, il s’agit de retrouver la confiance malmenée entre quelques États du Nord et un « Sud global » étouffé par la pauvreté historique et les calamités climatiques, deux fléaux qui alimentent la spirale insoutenable de l’endettement. Pour cela, des flux financiers massifs doivent être injectés dans l’économie réelle. Jeudi, devant un parterre d’homologues essentiellement venus d’Afrique et des pays en développement, le chef de l’État a appelé à « un choc de financement public » mais aussi le secteur privé à s’impliquer davantage, car, a-t-il déclaré, « il y a beaucoup d’argent dans le monde ».

Le sommet suscite autant de scepticisme que d’espoir et les conclusions qui doivent être présentées ce vendredi midi par Emmanuel Macron sont très attendues. Avant cela, le chef de l’État a répondu aux questions de Mounia Daoudi (RFI), Stéphane Ballong (France 24) et Marc Fauvelle (Franceinfo).

■ Un sommet de plus ?

L’objectif, « ce n’est pas de faire un sommet de plus », a affirmé Emmanuel Macron. Il s’agit d’« essayer de réconcilier » la lutte contre la pauvreté, la lutte pour la biodiversité et la lutte contre les dérèglements climatiques. Or, « sauver la planète, c’est essayer de réconcilier » un monde dans la « division ». « On vit un moment de fracture et de risques », a posé le chef de l’État. Pour ce faire, « la planète est là », à Paris : « Le Premier ministre chinois, le président brésilien, le président sud-africain et beaucoup d’autres dirigeants, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Vietnam, les États-Unis, l’Europe. »

Pour Emmanuel Macron, le sommet n’est pas non plus l’occasion de racheter une politique climatique française qui serait insuffisante, alors que la France a été condamnée pour inaction climatique en 2020 et 2021. « L’inaction climatique valait pour la France sur la période 2015-2018 », a rétorqué le chef de l’État. « Depuis, nous n’avons pas été condamnés ». Au contraire, a-t-il appuyé, « nous avons, sur la période 2017-2022, doublé nos réductions d’émissions et nous continuons. »

■ Concilier développement et lutte contre le changement climatique

« La France a un effet d’entraînement sur toute la planète et nous tenons nos engagements », « parce que nous avons augmenté notre aide publique au développement de 50% ». Toutefois, l’APD française, de 0,5% de son revenu national brut en 2022, reste aujourd’hui en deçà des 0,7% à atteindre pour respecter les objectifs de développement durable (ODD) imposés par l’ONU aux pays prospères.

Sur le développement, il ne faut « mettre personne en situation de choisir entre la pauvreté, le climat et la biodiversité », a-t-il répété, refusant de se poser en donneur de leçons qui dirait « vous n’avez pas le droit de développer tel projet parce qu’il n’est pas bon pour la planète », « alors même qu’en Europe, vous avez des pays qui rouvrent des centrales à charbon. C’est totalement aberrant ».

Poursuivant sur l’exemple du Sénégal, qui a reçu hier une aide de 2,5 milliards pour développer ses énergies renouvelables, l’utilisation de son gaz comme « énergie de transition » n’est pas incompatible avec les réductions des émissions, a-t-il asséné. « Mais 40% de renouvelable en 2030, sachant qu’ils vont en plus faire du gaz, c’est très exigeant pour le Sénégal et donc ça justifie qu’on ait cet engagement » qui « va permettre au Sénégal de se développer. »

■ Restructurer la dette

« Si vous annulez la dette du jour au lendemain, le jour d’après, plus personne ne prête », a prévenu Emmanuel Macron pour qui « il faut avoir des modèles de financement durables ». La dette doit donc passer par la restructuration. « On l’a fait pour le Tchad » et « nous l’avons conclue hier pour la Zambie ».

« Ces quinze dernières années, quand on restructurait la dette », les pays se tournaient vers la Chine, « c’est ce qui s’est passé à peu près partout sur le continent » africain. Pour éviter ce phénomène, il faut inclure la Chine « dans un cadre global », celui de l’OCDE, « c’est-à-dire qui définit ce qu’est une dette qui est soutenable ». « La dette n’est pas une mauvaise chose quand elle vous permet de démarrer », a précisé le chef de l’État. « Nous, Européens, on a financé notre modèle par la dette après la Deuxième Guerre mondiale. Et vous avez raison, cette dette, il faut savoir l’abandonner […] Ça s’appelle une restructuration. Simplement, il faut que tous les pays les plus riches, la Chine incluse, soient autour de la table », a-t-il affirmé, assurant en avoir parlé avec le président Xi Jinping ainsi que le Premier ministre chinois, actuellement à Paris. « Notre approche du financement des économies en Afrique n’est plus le bon », a-t-il conclu.

■ L’importance des financements publics et privés

S’agissant du financement global, « nous devons accepter de dépenser plus ». « La Banque mondiale et le FMI changent complètement de logique et vont mettre beaucoup plus de financements » publics, a-t-il promis.

Mais pour Emmanuel Macron, l’aide aux pays du Sud doit passer par une mobilisation des acteurs du secteur privé. « Pour un euro d’argent public, il faut mobiliser un euro d’argent privé. » Un objectif qu’il estime atteignable pour les pays en développement, les pays à revenu intermédiaire et les émergents. Mais pour le chef de l’État, cette augmentation du financement privé doit nécessairement passer par une diminution des risques économiques et politiques qui freinent les investissements dans les pays émergents, afin de garantir des investissements viables.

■ Un impôt sur la fortune pour le climat ?

Dans une lettre ouverte rédigée en amont du sommet, 140 experts de l’économie et de l’environnement avaient appelé les dirigeants réunis à Paris à une taxe sur les grandes fortunes pour financer les dommages liés au climat subis par les pays les plus pauvres. Interrogé sur la possibilité d’établir un « impôt sur la fortune pour le climat » à l’échelle mondiale, Emmanuel Macron a préféré mettre en avant d’autres solutions, telles qu’une taxe sur les transactions financières ou une taxe sur les billets d’avion. Des mesures déjà instaurées en France, mais qui, pour être efficaces, doivent être généralisées. « La taxation internationale dans un seul pays, ça ne marche pas. Parce que ce n’est pas une taxation internationale et que ça pénalise le pays en question », a insisté le président français.

Autre piste envisagée, une taxe sur le transport maritime, qui émet 3% des émissions mondiales. Selon les calculs du FMI, une telle taxe pourrait dégager entre 30 et 140 milliards de dollars par an. Le sujet doit être abordé en juillet à l’occasion du sommet de l’Organisation maritime internationale. Là encore, Emmanuel Macron appelle à la mobilisation pour obtenir un accord avec la Chine.

■ La Russie, « puissance coloniale du XXIe siècle »

Membre des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) et grand producteur d’hydrocarbures, la Russie est la grande absente de ce sommet. Mais pour Emmanuel Macron, cette absence est surtout la preuve de son isolement sur la scène internationale, un an et quatre mois après le déclenchement de son offensive en Ukraine. Et si le président français ne ferme pas la porte à une reprise du dialogue avec Moscou, il prévient : cela ne sera possible que si le droit international est respecté. « La Russie s’est mise de son propre chef dans une situation qui est de ne plus respecter le droit international, de redevenir l’une des seules puissances coloniales du XXIe siècle en menant une guerre d’empire auprès de son voisin, l’Ukraine », a dénoncé Emmanuel Macron.

Interrogé sur l’action de la Russie en Afrique, le chef de l’État a qualifié Moscou de « puissance déstabilisatrice, à travers des milices privées qui viennent faire de la prédation, des exactions sur les populations civiles ». « Par les choix aujourd’hui qui sont les siens, la Russie ne joue pas un rôle bénéfique pour la communauté internationale », a asséné le président français.

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