La vie n’a pas été un long fleuve tranquille pour Fanta Condé qui doit sa réussite à un travail acharné, doublé d’une résilience à toute épreuve. La Guinéo-américaine pilote aujourd’hui les activités de la société financière américaine CrossBoundary en Afrique de l’Ouest. Retour sur le parcours iconoclaste de la jeune femme, nommée Young leader 2023 de la French African Foundation

Fanta Condé est née en 1990 à Kamsar, une cité minière située au nord de Conakry, la capitale de la Guinée. Elle est la troisième d’une fratrie de quatre enfants. La petite fille évolue dans un environnement privilégié et fréquente l’école française de la mission laïque. En 1996, Fanta a six ans quand sa vie bascule. Son père, alors médecin-chef de l’hôpital de Kamsar, est accusé de soigner les leaders de l’opposition (Alpha Condé qui deviendra président de la Guinée en 2010). « Mon père était apolitique. Accusé à tort, il a dû quitter précipitamment le pays pour les États-Unis », explique-t-elle. S’ensuivront de longues années de recherche d’une stabilité qu’il ne retrouvera jamais vraiment, faute de reconnaissance d’un diplôme obtenu outre-Atlantique.

Fanta Condé

Pendant ce temps, la fratrie déménage et change de train de vie. Ils occupent une maison plus modeste dans laquelle la mère de famille, médecin, peine à gérer les aînés qui entrent dans l’adolescence. En 2001, les aînés de Fanta rejoignent leur père aux États-Unis. Elle ne les reverra que six ans plus tard, après la difficile obtention d’un visa.

À l’issue de son brevet des collèges, Fanta rejoint Conakry pour poursuivre sa scolarité dans le Lycée français Albert Camus. Concentrée sur ses études, elle excelle et recrée autour d’elle, une communauté d’amis avec lesquels elle conserve des liens ténus. « Le lycée était une bouffée d’air frais dans ma vie », explique-t-elle rétrospectivement.

Baccalauréat scientifique en poche, elle part rejoindre une partie de sa famille à New York. « Dès mon arrivée, il m’a fallu contribuer à payer les factures donc j’ai commencé les petits boulots : de serveuse dans un restaurant africain à Harlem, à répétitrice dans les écoles, en passant par le baby-sitting. C’était la fin de l’enfance. Pendant ma première année aux États-Unis, j’étais en période de transition pour obtenir l’équivalence américaine de mon Bac. C’était une période compliquée », admet-elle aujourd’hui.

Fraîchement diplômée, elle intègre BlackRock

« Je suis arrivée aux États-Unis en 2008, pendant la crise financière. J’ai réalisé que l’économie de la nation la plus puissante au monde reposait sur son écosystème financier. Je me suis dit que si la Guinée disposait d’un système financier plus structuré, nous pourrions nous aussi, accomplir de grandes choses. C’est ainsi que j’ai décidé de m’orienter vers la finance », explique Fanta Condé.

Pendant ses études au sein du Baruch College, elle obtient une bourse d’études qui lui permet de se départir des tâches les plus pénibles. Dès sa seconde année, elle suit les stages pratiques au sein de JP Morgan. Entre petits boulots, stages, études et basket à l’Université, Fanta remplit son agenda et cherche à embrasser l’American Way of Life.

Fanta Condé

Diplômée d’un Bachelor en finances (sortie Major de sa promotion), elle choisit de rejoindre BlackRock (le plus important gestionnaire d’actifs au monde, avec près de 8 487 milliards de dollars d’encours en juillet 2022). Elle est recrutée à l’âge de 23 ans comme Business Analyst. Elle y fait ses premières armes, mais nourrit toujours l’ambition de rentrer en Guinée. Quatre ans plus tard, devenue Relationship Manager, elle démissionne pour reprendre ses études. Après deux ans passés à l’Université Wharton de Philadelphie, elle obtient son MBA en Finance.

« Dès mon arrivée à New York, j’avais l’intention d’acquérir un maximum de connaissances avant de rentrer en Guinée et d’y appliquer les méthodes apprises aux États-Unis. Malheureusement, les opportunités pour travailler sur des questions de finances en Afrique, étaient encore rares », explique-t-elle.

Présidente du club des étudiants africains, Fanta s’implique aussi bénévolement dans l’association Wharton Africa Growth Partners, qui travaille avec les fonds d’investissement actifs sur le continent africain. Finalement, c’est grâce à un stage réalisé pendant son MBA qu’elle découvre l’entreprise CrossBoundary, une société financière américaine qui opère dans les pays émergents et pré-émergents…

CrossBoundary : un visa pour l’Afrique !

En 2019, Fanta Condé intègre CrossBoundary en qualité de Senior Associate. C’est en Guinée qu’elle réalisera sa première opération sur une mission de facilitation d’investissement dans le secteur de l’agro-industrie. Aujourd’hui, elle supervise toutes les activités d’Afrique de l’Ouest (hors Nigeria) depuis Conakry, en tant que Managing Director. Elle conseille au quotidien, les entrepreneurs et les investisseurs qui opèrent sur le continent africain, dans des secteurs aussi variés que l’industrie, l’énergie, les infrastructures, l’agro-industrie, la santé ou la logistique. Elle s’attèle actuellement à un projet d’accès aux financements de 120 millions de dollars, dans l’agriculture au Ghana.

Véritable globe-trotteuse, Fanta supervise une équipe d’une dizaine de personnes répartie entre Dakar et Accra, et cherche à transmettre ses acquis. Dès 2014, elle lança l’initiative « Mentor for Change », une association guinéenne dédiée au mentoring des lycéens. « Tout au long de mon parcours, de JP Morgan à CrossBoundary en passant par BlackRock, j’ai eu la chance de bénéficier de mentoring. Aujourd’hui, je souhaite m’engager auprès des plus jeunes pour transmettre ce que j’ai appris aux États-Unis », explique-t-elle.

Fanta n’a pas d’idées très précises sur son avenir professionnel, mais ce dont elle est sûre, c’est de poursuivre sa mission pour accompagner le développement du financement de projets sur le continent africain. « Pourquoi pas avec mon propre fonds un jour ? », avance-t-elle. La jeune femme guinéo-américaine, envisage sa récente nomination de Young Leader comme une chance de sortir de son pré-carré et d’élargir son réseau à la France, mais aussi à l’Afrique francophone.

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2 Commentaires

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