Face au bras de fer qui oppose la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO)  et la junte nigérienne, la diplomatie s’active en vue de la libération du président déchu, Mohamed Bazoum, et d’un retour à l’ordre constitutionnel au Niger. En effet, en plus des tractations souterraines conduites par certaines personnalités dont le président togolais, Faure Gnassingbé, des leaders religieux nigérians ont décidé d’apporter leur contribution afin que soit trouvée une issue pacifique à la crise. Ces derniers, après avoir rencontré le président Bola Ahmed Tinubu à qui ils ont demandé la levée des sanctions prises par la CEDEAO contre le Niger, ont décidé de faire le déplacement de Niamey où ils ont, tour à tour, rencontré le Premier ministre, Ali Mahaman Lamine Zeine et le putschiste en chef qu’est le général Abdourahamane Tchiani. Vont-ils  réussir là où d’autres, en l’occurrence l’ex-président Abdulsalami Abubakar et le sultan de Sokoto, ont échoué ? La paix au Niger viendra-t-elle des religieux ? C’est tout le mal qu’on leur souhaite.

Car,  il faut le dire, face à la situation pour le moins difficile et complexe que vit  le Niger, un compromis vaut mieux qu’une intervention militaire de la CEDEAO qui, en plus d’en rajouter, pourrait déstabiliser toute la sous-region déjà en proie à l’insécurité liée au terrorisme.

 

L’usage de la force présente des limites objectives

 

C’est pourquoi il faudra que les uns et les autres acceptent de faire des concessions en évitant toute prise de position maximaliste ou jusqu’au-boutiste. En tout cas, toute initiative tendant à éviter l’usage de la force au Niger, est la bienvenue. Car, il ne faut pas l’oublier. Une intervention militaire dans le contexte actuel, pourrait mettre en péril la vie de Mohamed Bazoum et celle des membres de sa famille que les putschistes, face aux menaces de la CEDEAO,  utilisent comme des boucliers humains. C’est dire à quel point l’usage de la force présente des limites objectives. Cela dit, on espère que les négociations tous azimuts en cours, permettront d’aller vers un dénouement heureux de la situation, qui satisfasse aussi bien les militaires que les dirigeants de la CEDEAO qui n’entendent pas perdre la face, décidés qu’ils sont à faire du coup de force de Tchiani, le dernier dans la sous-region ouest-africaine. De toute évidence, s’il est vrai qu’aussi bien les putschistes que la CEDEAO prétendent défendre l’intérêt supérieur du peuple nigérien, il n’y a pas de raison qu’ils ne parviennent pas à trouver un terrain d’entente. C’est du moins ce que pense aussi la diaspora nigérienne qui, visiblement très préoccupée par la situation, se dit opposée à tout recours à la force. Toutefois, même si elle reconnaît que le Niger «  ne peut pas se développer en dehors de la démocratie », elle se garde de condamner avec fermeté le coup d’Etat contre le président Bazoum dont les prises de position, on le sait, avaient fini par exaspérer aussi bien ses compatriotes que certains de ses voisins. Rejetant toute forme d’intrusion, la diaspora nigérienne estime que le Niger dispose de mécanismes endogènes et de ressorts sociaux à même de pouvoir résoudre la crise née de l’irruption de la soldatesque dans l’arène politique.

 

Gageons que Paris ne jouera pas les trouble-fêtes aux fins de rendre inévitable le recours à la force

 

En le disant, beaucoup moins que la CEDEAO, c’est la France qui s’en trouve ainsi visée ; elle qui n’a eu de cesse de manifester son hostilité vis-à-vis des putschistes. Et comme si elle apportait de l’eau au moulin de ceux qui l’accusent de tirer les ficelles, Paris s’est dit ouvertement disposée à soutenir la CEDEAO  en cas d’intervention militaire au Niger. Quelle maladresse ! Quoi de plus normal que cette réaction ait suscité davantage le courroux des populations qui n’ont pas hésité à prendre d’assaut la base militaire française à Niamey. Pourquoi la France, depuis la chute, pour ainsi dire, de Mohamed Bazoum, fait-elle montre de tant d’activisme au Niger ? Voit-elle ses intérêts menacés avec l’arrivée des militaires au pouvoir à Niamey ? Tout porte à le croire, surtout quand on sait que les putschistes se sont davantage rapprochés des juntes malienne et burkinabè qui sont en rupture de ban avec l’ex-puissance coloniale. En tout cas, si elle n’y prend garde, la France, obnubilée par ses intérêts, risque de tout perdre en Afrique et cela, à cause du paternalisme et de la condescendance dont elle fait montre. Elle oublie volontiers que les temps ont changé si bien qu’elle ne peut plus se permettre de prendre des libertés au sein de son pré-carré comme elle le faisait, dans le temps. Cela dit, gageons que pour le cas du Niger, Paris ne jouera pas les trouble-fêtes au point de faire capoter la médiation des religieux en cours aux fins de rendre inévitable le recours à la force pour déloger les putschistes du palais présidentiel de Niamey ; tant elle donne l’impression de vouloir qu’on en découse avec Tchiani et ses frères d’armes.

 

« Le Pays »    

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