Après le Mali, par deux fois, la Guinée Conakry, également le Burkina Faso par deux fois c’est au tour du Niger de vivre le cinquième coup d’État de son histoire. Ce dernier intervient au moment où le président sortant de l’institution, le Bissau guinéen Umar Umballo annonçait la création d’une force anti coup d’État et surtout quelques jours après une déclaration va-t’en guerre du tout nouveau président de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), Bola Tinubu, président du Nigeria, quand il disait “Nous n’accepterons plus de coup d’État dans notre espace“.

Ce cinquième coup d’État nigérien vient mettre en dure épreuve les capacités de l’organisation sous régionale à s’affirmer comme une véritable force pouvant imposer les décisions qui sont les siennes. La question que nous nous posons aujourd’hui est de savoir qu’est-ce qui reste comme option pour la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ? On ne jette pas toute sa force en un coup dans une bataille, disons-nous. Malheureusement, cet adage semble   avoir échappé à nos dirigeants de la sous-région. L’expérience malienne devrait servir d’école pour ces responsables de la CEDEAO, mais hélas ! Avec le coup d’État au Niger, nous avons l’impression que ces dirigeants ont totalement perdu le sens de la raison et surtout de la mesure.

En infligeant au Niger une sanction sans précédent, ils pensent pouvoir en finir plus rapidement et une fois pour toute avec ces histoires de coup d’État qui deviennent une véritable épidémie dans le Sahel surtout en menaçant les nouvelles autorités d’une intervention militaire pour restaurer selon eux l’ordre constitutionnel, ces dirigeants n’ont reçu que l’effet contraire. En ce sens que si l’objectif recherché à travers ces sanctions est de créer la famine au sein de la population pour les inciter à se soulever contre les militaires, nous assistons plus que jamais un soutien de plus en plus renforcé de ces populations à ses nouveaux dirigeants. Et il est clair que la menace d’une intervention militaire n’a pas acquis le consentement de tous les pays membres à commencer d’abord par le Mali et le Burkina Faso qui, à travers un communiqué conjoint, ont non seulement menacé de quitter l’organisation mais aussi et surtout de s’engager militairement auprès de leur voisin nigérien en cas d’agression de la part de l’organisation.

Également la Guinée Conakry qui hypothèque l’avenir de la CEDEAO en cas d’intervention militaire et nous n’oublions pas également des États voisins tels que l’Algérie, la Mauritanie, le Tchad qui se sont tous exprimés contre une éventuelle intervention militaire de la CEDEAO au Niger, également le Sénat nigérian qui n’a pas donné de feu vert à Tunudu sans compter les mises en gardes de la Russie. Tous ceux-ci nous amènent à penser qu’une intervention militaire de la CEDEAO n’est pas pour demain.

Alors, il est clair qu’en prenant cette décision, les chefs d’État de la CEDEAO n’ont pas mûrement réfléchi. Ils se sont laissé emporter par l’orgueil et manipuler par les puissances impérialistes au lieu d’analyser les conséquences et tous les contours d’une telle décision avant de s’y engager. Maintenant que la décision est prise, il va de soi que la crédibilité de l’organisation sous régionale est en jeu. Elle s’est engouffrée dans un gros dilemme: il est clair que la menace d’intervenir militairement a amenuisé les chances de la négociation, alors que son intervention militaire annoncée, s’il devrait avoir, poserait plus de problèmes qu’elle n’en résolve et si cette intervention promise n’était qu’une menace en l’air, cela fragiliserait plus encore la crédibilité de l’organisation. Face à ce dilemme, que va-t-elle retenir la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ? Seul le temps nous le dira.

Daouda DOUMBIA

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